[DRAFT] Survivre à une économie post-emploi et la création de la richesse

Malgré une décennie marquée par des rendements réels négatifs sur les actions, des marchés d’actions baissiers et l’éclatement de bulles immobilières, le Wealth Report 2013[3] du Credit Suisse constate que la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 billions de dollars US. La croissance économique soutenue et l’évolution démographique dans les nations émergentes sont d’importants moteurs de cette tendance. La richesse moyenne par adulte atteint également un nouveau pic: 51 600 dollars US.

Malgré les difficultés persistantes posées par l’environnement économique, les facteurs sous-jacents se sont révélés largement positifs cette année pour la richesse des ménages à l’échelle mondiale. Selon nos estimations, la richesse personnelle a progressé de 4,9% dans le monde entre mi-2012 et mi-2013 pour s’établir aujourd’hui à 241 billions de dollars US. Depuis son pic d’avant la crise en 2010, la richesse totale a battu chaque année de nouveaux records. A 51 600 dollars US, la richesse moyenne par adulte atteint également un nouveau sommet. C’est la première fois depuis 2007 qu’elle franchit le seuil des 50 000 dollars US.

Selon les estimations du rapport à mi-2013, une fois les dettes soustraites, un adulte ne doit posséder que 4000 dollars US d’actifs pour faire partie des 50% de personnes les plus riches du monde. Il doit toutefois détenir au moins 75 000 dollars US pour appartenir aux 10% de personnes les plus fortunées, et 753 000 dollars US pour compter parmi les 1% les plus riches de la planète. Dans la catégorie la plus basse, la moitié de la population mondiale possède moins de 1% de la richesse totale. Dans la plus haute, les 10% les plus riches détiennent 86% des richesses mondiales, et les 1% les plus fortunés représentent à eux seuls 46% des actifs mondiaux.

— –

Un avocat, un informaticien, un militaire, un professeur. Qu’ont ces gens en communs? Ce sont des professionnels qui ont suivi des études universitaires et qui ont de la difficulté à occuper un emploi à temps plein. Depuis 2008, ils occupent des emplois précaires — ils travaillent aux contrats annuels, ils font de la consultation, ils se débrouillent pour survivre face à des plans de carrières difficiles à mettre en oeuvre, reléguant ainsi la personne à improviser sont parcours professionnel. Ils ont pourtant dépensé des milliers de dollars en frais de scolarités pour le premier cycle et pour des études supérieures dans le but, justement, d’assurer son avenir et de ne pas subir la précarité, l’instabilité et l’incertitude. Ils s’émancipent à l’aune de leurs rêves et de leurs espoirs et tentent alors de prendre le chemin et le pari plus sûrs pour assurer leurs avenirs, seulement pour découvrir que ce pari supposément plus sûr s’avère alors en fait un cauchemar où le travail sera subordonné (sous les ordres d’une autre et dont le travail ne dépend pas beaucoup de sa propre volonté), superflu, jetable — qui peut être sacrifié.

On explique aux chômeurs diplômés que leur situation est de leur faute ou relève de leur propre turpitude. Ils auraient donc dû choisir une formation plus « pratique », comme la science ou l’ingénierie, la comptabilité ou les finances, et surtout rester à l’écart des sciences humaines, domaine considéré comme plutôt inutile et inconsistant pour la société. La réalité s’avère que dans la « reprise sans emploi » (phénomène économique dans lequel une macroéconomie connaît une croissance tout en maintenant ou en diminuant son niveau taux d’emploi — jobless recovery), presque tous les secteurs de l’économie ont été décimés. Les entreprises se sont tournées vers le travail de contingence (aussi parfois appelé le travail occasionnel — casual work —, est un néologisme qui décrit un type de relation de travail entre un employeur et l’employé — Contingent work), et les positions au bas de l’échelle (entry-level positions) et des stages non rémunérés (unpaid internships).

Or, changer de programme d’études ne changera pas une économie « brisée » (broken economy).

Aux États-Unis, 9 % des diplômés en sciences informatiques sont au chômage, et 14,7 % de ceux qui détiennent des diplômes en systèmes d’information n’ont pas de travail. Les diplômés provenant programmes STEM — sciences, technologie, ingénierie et médecine — sont confrontés à des taux de chômage sans précédent, notamment avec un taux deux fois plus élevé que les niveaux d’avant la récession. Le marché du travail pour les titulaires de diplômes de droit continu de s’effriter, avec seulement 55 % des 2 011 diplômés en droit qui occupe un emploi à temps plein. Même dans l’armée, que géant du budget national, les positions sont éliminées ou devenir contingent en raison de la séquestration

En fait, semble-t-il, ce ne sont pas les compétences ou les diploés qui sont dévalués; ce sont les personnes elles-mêmes.

Les Universitaires sont dès lors confrontés notamment à la dérision de leur choix de carrière. « Vous avez un doctorat — qu’est-ce que vous vous attendez », on leur explique lorsqu’ils notent, que 76 pour cent des professeurs travaillent sans sécurité de l’emploi, en général pour des salaires de misère.

Il est vrai que le marché du travail académique (academic job market) s’est grandement détérioré au cours des dernières décennies. Mais jusqu’en 2008, les PhDs auraient pu s’attendre à plus. Depuis 2009, la plupart des disciplines ont perdu environ 40 pour cent de leurs ????, tandis que le carnet de candidats qualifiés ne cesse de croître. La plupart des PhDs travaillent comme professeur adjoint ou dans les nouveaux secteurs de l’appauvrissement à croissance élevé, dit-on avec euphémisme : compagnons non rémunéré (non-stipendiary fello), assistant professeur spécial (special assistant professor) ou volontaire de développement opportunité (voluntary development opportunity).

Malgré les conditions de travail désastreuses de l’éducation supérieur, les jeunes continuent à s’inscrire dans les écoles d’enseignement supérieures. Les détracteurs lèvent leurs yeux et demande: Pour quelle raison un jeune devrait-il s’astreindre à des années d’études pour finalement obtenir un diplôme d’une valeur douteuse, une sorte de permis de travail? Pourquoi n’allez-vous pas chercher un emploi? Les jeunes de la vingtaine répondent en riant, qu’après avoir obtenu leur diplôme universitaire dans une économie où leurs pairs passent des années en vain à la recherche d’un emploi ne trouvant que des stages non rémunérés ou du travail de contingence à bas salaire souvent tout en vivant à la maison chez ses parents. Un programme de troisième cycle bien financé, avec une assurance maladie, semble une évasion bienvenue.

Or, il n’est pas seulement question du revenus actuels, mais bien du salaires que l’on perd alors que vous dans le programme. A qui les de la trentaires, après avoir passé leur vie adulte dans une économie en stagnation avec des salaires et les opportunités ont été sérieusement érodé, prennent les jeunes de la vingtaine de côté, et leurs explique que c’est en fait une maxime, à qui eux aussi ont été abreuvé, mais dont ils n’ont jamais pu bénéficié. Ils racontent donc aux jeunes de la vingtaines ce qu’ils savent déjà: Il est très difficile de prévoir, ce qui est déjà disparu. La société change à un rythme effréné et la formation de l’étudiant deviens obselète avant même qu’il obtienne son diplome.

Si vous avez 35 ans ou moins — et bien souvent, les personnes plus âgées également —, les conseils convenant à l’ancienne économie ne s’appliquent plus désormais. Nous vivons dans une économie post-emploi (post-employment economy), où les entreprises ont carrément décidé de ne pas payer les gens. Totefois, les bénéfices demeurent encore élevés. L’argent est toujours là. Mais pas pour vous. Vous travaillerez sans augmentation de salaire, sans avantages sociaux, ou sans sécurité d’emploi. La survie, l’état de nature, est maintenant devenue une aspiration louable.

L’éducation supérieure est simplement un symptôme d’une maladie économique plus vaste. Alors que les universités se pavanes de dotations records et dépensent des millions en somptueuses infrastructures, les administrateurs justifient les mauvais entretiens des facultés ou des conférenciers, en notant qu’ils : 1) « choisissent » de travailler pour des salaires de misère, et 2) entreprennent une spécialisation qui leur apportent une la valeur limitée sur le marché — ignorant, bien sûr, que presque personne n’a vraiment de valeurs dans ce marché, sauf ceux qui récoltent ses plus grands bénéfices.

Qu’elle est donc le débat sur le diplôme universitaire – dans lequel la « compétence » est de plus en plus redéfinie comme une contribution spécifique aux entreprises – étendant cette inniquité au niveau du premier cycle, en la définissant comme sans valeur, tant sur le terrain de l’étudiant de l’étude et de l’enseignant. Mais quand l’inutilité est déterminé par les personnes distribuant – ou retenant – la valeur monétaire, nous avons certaines raisons de vouloir réévaluer la situation.

Il est facile de dénoncer un système cassé. Il est toutefois difficile de savoir comment s’adapter à cette situation.

Ce qui doit être clair, c’est que ce n’est pas une crise de choix individuels. C’est un échec systémique — de l’enseignement supérieur et au-delà. C’est une crise de la gestion du maniement des attentes – attentes quant au type de travail « normal », le type de traitement qui doit être toléré, et le niveau raisonnable de sacrifice. Lorsque la survie est présentée comme une aspiration, le sacrifice devient une vertu. Mais un héros n’est pas une personne qui souffre. Une personne en souffrance est une personne qui souffre.

Toutefois, si vous souffrez de la bonne manière — en silence ou avec une fidélité proclamée à des organisations — alors vous êtes un travailleur acharné qui paie sa juste part d’impôts et qui contribue donc à la société. Si vous souffrez de manière à dévoiler votre souffrance, manière qui montre votre douleur, cela brise le « silence », et vous êtes dès lors un chialeux – et on vous explique que c’est par votre propre turpitude que vous en être arrivé là.

Mais aucun travailleur ne mérite de souffrir. Pour aggraver les souffrances des privations matérielles, ont les saoules de rationalisations justificatives, ce qui s’avère non seulement cruel pour l’individu, mais donne aux exploiteurs [et donc aux pervers] une licence morale à la prédation.

Les individus intériorisent ainsi l’échec de l’économie, alors même que les médias fustigent contre eux et sur ce qu’ils auraient du faire différemment. Ils expriment ainsi leur gratitude pour leurs propres iniquités : le travail non rémunéré, la dette de dévotion, et l’investissement dans un avenir qui n’arrive jamais.

Et quand il n’arrive pas, et ils se demandent pourquoi, et on leur dit qu’ils étaient assez stupides d’entretenir de telles attentes. Ils s’arrêtent donc de parler, parce que l’humiliation n’est pas une monnaie d’échange. L’humiliation est un prix qui se paie en silence — et avec silence.

Les gens peuvent toujours faire des choix. Mais les choix des travailleurs d’aujourd’hui s’avèrent de plus en plus limités. La survie n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de mentalité – à ne pas confondre la malchance sociale pour un mauvais caractère, et ne pas confondre les occasions perdues pour les possibilités qui n’ont jamais été vraiment là.

Vous n’êtes pas au travail. Mais vous devenez la manière dont on traite les gens.

Alors, que pouvez-vous faire ? Vous pouvez placer le plus d’efforts possible dans votre travail et faire de votre mieux. Vous pouvez organiser et promouvoir le changement collectif. Vous pouvez survivre, grappiller et prennent des chances.

Mais lorsque vous tombez, sachez que des millions tombent avec, et en même temps que, vous. Sachez que cela s’avère, dans une large mesure, en dehors de vos mains. Et quand vous voyez quelqu’un d’autre chuter, étendez vos bras et mains pour les attraper.

— –

L’engouement pour les marchés émergents est susceptible aux phénomènes de mode. Ils ont été maltraités lors des crises asiatique et russe vers la fin des années 1990, mais ont ensuite récupéré pour ainsi offrir des rendements annuels à deux chiffres lors de la première décennie du 21e siècle. Depuis 2010, cependant, ils sont revenus à un rendement inférieur de leurs rivaux des pays développés.

Les arguments en faveur d’investissement dans les marchés émergents ont toujours été essentiellement les mêmes — ces pays offrent une croissance plus rapide, en moyenne, que celui du monde riche et ont un poids plus faible au sein des indices boursiers mondiaux (global equity indices) que les produit intérieur brut (PIB ; Gross domestic product – GDP) mondial.

Or, il n’y a pas de lien automatique entre la croissance économique par personne (economic growth per person) et retours boursiers (stockmarket returns)[10,11,12,13]. Ainsi, la corrélation entre les rendements boursiers et la croissance économique par habitant depuis 1900 a été négative, mais entre les rendements boursiers et la croissance globale du PIB est en fait positif. Une population en croissance, en d’autres termes, s’avère mieux pour indices boursiers, qu’une population riche.

Cette relation s’avère, hélas, pas très utile pour les investisseurs. Supposons qu’ils fassent des prévisions de croissance économique par extrapolation à partir des données des cinq années précédentes, et mettent de l’argent dans les marchés boursiers des pays qui ont connu la croissance la plus rapide. Depuis 1972, cette approche aurait généré un rendement de 14,5 % par an en termes de dollars. Mais s’ils avaient investi dans les économies des économies à plus faible croissance, les investisseurs ont gagné un rendement de 24,6 %.

Cela peut être en partie dû à un effet de « valeur » (value effect), similaire à celle observée avec les actions individuelles. Les pays ayant de bons dossiers de croissance sont ainsi favorisés par les investisseurs qui ont en conséquence misé sur les cours des actions (share prices); les futurs rendements des actions sont donc inférieurs. Mais les pays ayant des antécédents de croissance pauvres voient leurs marchés boursiers évités; le prix de leurs actions est donc peu onéreux et offre des rendements ultérieurs plus élevés. Un autre problème s’avère que l’extrapolation de la croissance économique passée ne fonctionne désormais tout simplement pas. Il n’y aurait aucune corrélation depuis 1900 entre la croissance du PIB par personne dans un pays donné en un an et une croissance deux ans plus tard.

De plus, un marché boursier n’est pas une représentation fidèle de l’économie nationale; les entreprises qui réussissent peuvent être de propriété privée et ne figurent pas sur le marché tandis que de nombreuses grandes entreprises (comme en Chine) peuvent être la propriété de l’État. À mesure qu’ils croissent, les entreprises émettent plus d’actions; en conséquence, les actionnaires existants ne bénéficie pas de tous les avantages d’un profits plus élevés.

Sur le long terme, ces effets de dilution signifient que les investisseurs ne reçoivent pas tous les avantages de la croissance du PIB, en ce sens que les dividendes croissent plus lentement que l’économie. Entre 1900 et 2013, les dividendes réels ont légèrement diminué (0,1 % par an) au sein des 21 pays analysés, tandis que la croissance du PIB a été de 2,8 % par an. Même en Amérique, pour l’économie qui a le plus réussi lors de cette période, les dividendes réels ont augmenté de 1,6 % tandis que la croissance du PIB a été de 3,4 %.

Or, on croit pourtant qu’une connaissance préalable de la croissance du PIB serait vraiment utile. Si les investisseurs avaient eu de parfaites prévisions quant aux économies qui afficheraient les croissances les plus rapides au cours des cinq années suivantes, et avaient investi en conséquence, ils auraient pu gagner 28,8 % par an. Là encore, si le destin avait accordé aux investisseurs une parfaite prévision, il serait plus simple pour eux d’être de connaitre qu’elles sont les économies les plus performantes, et non pas les meilleures économies.

En l’absence de ces pouvoirs de prédiction, les marchés émergents affichent encore un certain attrait. Les universitaires reconstruire un univers des marchés émergents remontant à 1900 en utilisant une définition basée sur le PIB par tête; en commençant par un groupe de sept (Chine, la Finlande, le Japon, le Portugal, la Russie, l’Afrique du Sud et l’Espagne). Au cours de la période, les marchés émergents ont sous-performé, revenant de 7,4 % contre 8,3 % pour les pays développés.

À l’aide d’un modèle économique, l’on a reconstruit l’univers des marchés émergents, et ce, à partir de 1900, en utilisant le PIB par personne, et ce, pour un groupe de 7 pays (Chine, Finlande, Japon, Portugal, Russie, l’Afrique du Sud, et l’Espagne). Au cours de cette même période étendue, les marchés émergents ont sous-performé, revenant à des taux de 7,4 % contre 8,3 % pour les pays développés.

Cependant, la plus grande période de sous-performance était lors des années 1940, lorsque les actions japonaises ont perdu 98 % de leur valeur en dollars et lorsque le marché chinois avait été englouti dans la révolution. Depuis 1950, les marchés émergents affichent un retour de 12,5 % par an contre 10,8 % pour les marchés développés. Ces résultats s’avèrent corrects, en théorie: les marchés émergents sont plus risqués (dans le sens d’être plus volatile) et les investisseurs devraient exiger un rendement plus élevé.

La bonne nouvelle relève que la volatilité a diminuée au fil du temps, à la fois en termes absolus et par rapport aux marchés développés. La mauvaise nouvelle est que, au cours des cinq ans avant 2013, la corrélation entre les marchés émergents et leurs frères développés était deux fois plus forte qu’elle l’était au début des années 1990. La mondialisation a intégré le développement des marchés boursiers en développement ainsi que leurs économies.

Après le ralentissement de l’année dernière – qui n’a en rien fait qui puisse enrayer l’évolution structurelle haussière des économies émergentes, les marchés émergents repartent de l’avant. Lors d’une table ronde organisée par la Credit Suisse Research Institute lors du Forum économique mondial, les décideurs économiques du Forum économique mondial étaient d’accord sur le fait que les économies émergentes offrent un grand potentiel alors que la richesse et la consommation sont en hausse, et qu’ils ne pouvaient qu’évoluer que dans une direction à long terme: vers le haut. Oubliez ce qui s’est passé l’année dernière, constatent-ils, une perspective à plus long terme est selon eux essentielle pour qui envisage d’investir ou de faire des affaires dans les pays émergents. La part de la fortune mondiale que représentent les marchés émergents est partie pour doubler d’ici à 2018, constituant ainsi une base d’épargne et une plate-forme de consommation de belle envergure.

Les investisseurs privés et les entreprises peuvent cueillir les fruits de la fortune en forte croissance des consommateurs émergents. On souligne également que la compréhension des différents niveaux de revenus et d’âge ainsi que de la localisation des consommateurs était cruciale pour les investisseurs désireux de profiter de cette opportunité – non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi au sein de ces marchés. Certains prévisionnistes estiment que la croissance de la classe moyenne mondiale pourrait atteindre 2 milliards de personnes entre 2010 et 2030.

Les nouveaux venus au sein d’une classe moyenne en croissance demanderont d’accéder à des biens et à des services, transformant ainsi les opportunités qui émergent et générant de la demande pour les entreprises, car on ne peut avoir de classe moyenne sans les fonctions essentielles de base telles que l’électricité, la santé et les transports. Ainsi, la pression pesant sur ces gouvernements est aujourd’hui plus forte que jamais – et entièrement liée au cycle électoral. Par conséquent, leur capacité à réaliser des investissements intelligents à long terme est quelque peu problématique.

Toutefois, on avertit qu’appliquer le modèle occidental aux pays émergents ne fonctionnait pas forcément, et que de nombreuses entreprises devaient sérieusement repenser leur modèle commercial face à la transformation du monde émergent, et obtenir une meilleure compréhension des consommateurs locaux.

— –

Mon commentaire, c’est que les étudiants, mais dans un monde mondialisé, ont non seulement besoin d’apprendre l’anglais, mais également les cultures des consommateurs des marchés émergents. Cela nécessite donc une certaine éducation, et une certaine culture, afin d’être capable de transiger dans un contexte multiculturelle et interculturelle.

Advertisements

Du pouvoir d’achat!

En économie, le pouvoir d’achat d’un revenu (salaire ou rente) est la capacité d’achat en termes de biens et services que permet ce revenu. Or, semble-t-il, il y a une solution pour augmenter le pouvoir d’achat : créer plus d’occasions d’affaires, dynamiser l’économie, susciter plus d’investissements privés et créer plus d’emplois payants[a]. La question de l’évolution du pouvoir d’achat est centrale dans l’analyse des changements sur le marché du travail puisqu’elle renseigne notamment sur la qualité des emplois détenus. Et en ce qui concerne les prix, c’est l’indice des prix à la consommation (IPC), calculé par Statistique Canada, qui est utilisé. «Pour l’établir, ils comparent au fil du temps le coût des 600 à 650 biens et services les plus consommés par les Canadiens (logement, transport, alimentation, etc.). L’évolution du prix de ce “panier de consommation” correspond à l’IPC.

Plus des trois quarts de la population québécoise disposent d’un pouvoir d’achat inférieur au reste du Canada. Les Québécois travaillent aussi moins que dans les autres provinces[1]. Aussi, l’inflation gruge le pouvoir d’achat des Québécois[2]. Aussi, chaque Québécois disposait de l’équivalent de 4740 $ de pouvoir d’achat de moins qu’un Ontarien en 2009[3].

Vis-à-vis des provinces les plus riches, il subsiste donc un important retard de pouvoir d’achat qui pénalise les Québécois. Par rapport à l’Ontario, cet écart a atteint, pour la moyenne des années 2007 à 2009, plus de 7000 dollars par année par personne (selon la normalisation de Statistique Canada)[4] . Aussi, le pouvoir d’achat des futurs retraités risque d’être affecté par la hausse du coût de la vie au fil des années[5].

Ainsi, même si le revenu augmente de 3 $ et que l’augmentation des prix à la consommation augmente de 7 $, le revenu est considéré comme avoir augmenté, mais le pouvoir d’achat aura diminué.

— –

Fait très intéressant, durant la dernière décennie, le pouvoir d’achat des travailleurs non syndiqués a crû de façon plus notable que celui des travailleurs syndiqués [6,7,8,11]. Cette donnée surprenante ressort de l’Annuaire québécois des statistiques du travail, qui vient d’être rendu public par l’Institut de la statistique du Québec. Habituellement, le salaire horaire des employés syndiqués est plus élevé que celui des employés non syndiqués. C’est encore le cas, puisqu’en 2013, les employés syndiqués recevaient une rémunération de 25,23 $ l’heure, comparativement à 20,75 $ pour les non syndiqués. Toutefois, quand l’Institut de la statistique a analysé la hausse de la rémunération horaire de ces deux types d’employés sur une décennie, soit de 2003 à 2013, il a remarqué que cette rémunération des syndiqués avait crû de 6,4 pour cent, alors qu’elle avait crû de 11,9 pour cent pour les non-syndiqués. Par ailleurs, durant la même décennie, le ratio de la rémunération des femmes par rapport à celle des hommes a augmenté, passant de 84,7 à 87,8 pour cent.

Au Québec [9], le seuil 1% les plus riches, selon des données de Statistique Canada (2010), est de 178 000$ avant impôt, qui englobent les revenus de travail et les gains en capital. Tous les particuliers qui gagnent plus que cette somme font partie des 1% plus riches. Or, ce seuil est significativement plus bas que la moyenne canadienne. Au Canada, le seuil des 1% plus riches est de 213 600$, soit 20% de plus qu’au Québec. Les provinces des Prairies dominent le palmarès, avec un seuil de 254 700$, tandis que les provinces atlantiques finissent en queue de peloton, à 155 200$. On peut conclure que les riches au Québec sont moins riches que la moyenne canadienne, mais on peut aussi dire qu’il y a moins de riches au Québec, toutes proportions gardées. Conséquemment, l’écart de revenus entre les deux groupes s’est fortement accru depuis le début des années 90 au Canada. Le fossé s’est toutefois moins creusé au Québec. 

On a comparé la croissance réelle des revenus du groupe de 1% à celle des autres contribuables (les 99%), mais après impôts et après transferts gouvernementaux (assurance emploi, bien-être social, etc.). Au Canada, le groupe de 1% a vu ses revenus croître de 61% entre 1992 et 2010, comparativement à 18% pour le groupe de 99%. Dit autrement, la croissance des revenus totaux du groupe de 1% a été 3,4 fois plus importante que celle du groupe de 99% au Canada. Ce rapport de croissance entre les deux groupes est encore plus fort en Ontario (4,1) et dans les Prairies (3,9). Pendant ce temps, au Québec, le groupe de 1% a vu ses revenus après impôts progresser de 54%, soit 2,4 fois plus vite que ceux des autres contribuables du Québec. En somme, la croissance des inégalités s’est accrue aussi au Québec, mais de façon moins prononcée.

Le Québec est « pauvre en riches » dans le contexte nord-américain, mais il compte beaucoup plus de riches que des pays développés comme la Suède, le Danemark, le Japon ou l’Italie. 

Enfin, si l’on tient compte du pouvoir d’achat, il fallait gagner au Québec l’équivalent de 137 000$US avant impôt pour faire partie des 1% les plus riches en 2009. Ce seuil n’est que de 84 200$US en Suède et de 114 500$US au Japon. Autrement dit, les riches du Québec sont plus riches ou encore, le Québec compte proportionnellement plus de contribuables qui font 137 000$US que dans ces pays, donc plus de riches.

Les inégalités sont beaucoup plus grandes aux États-Unis que dans les autres pays industrialisés.

Des études qui émanent de l’Université de Sherbrooke et de HEC-Montréal font le portrait d’une économie fragilisée par l’endettement public et le vieillissement de la population plus rapide au Québec qu’ailleurs. Revenus plus faibles, consommation moins grande, épargne insuffisante : la situation financière des Québécois ne semble pas s’améliorer. L’étude de la Banque Nationale affirme que le taux des défaillances (faillites personnelles et proposition aux créanciers) est en hausse au Québec, fait qui n’est constaté que dans deux autres provinces, soit l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse [10].

— –

Le Québec devra miser davantage sur l’innovation et ses exportations s’il veut combler son retard par rapport au reste du Canada et aux autres pays de l’OCDE. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par le Centre sur la productivité et la prospérité du Québec (CPP) de HEC Montréal, sur les performances économiques du Québec. À parité de pouvoir d’achat, le produit intérieur brut (PIB) par habitant des Québécois était estimé à environ 44 400 $ en 2012. Bien en dessous de la moyenne canadienne de 52 100 $ ou de celle de l’Ontario à 49 940$. La parité de pouvoir d’achat est une méthode que les économistes utilisent pour comparer la capacité de différentes populations à se procurer des biens. Le Québec se trouve ainsi dans le peloton de queue de l’échantillon des 20 pays de l’OCDE considérés par les chercheurs du CPP. Au Canada, les Québécois ne dépassent en richesse que les provinces Maritimes, excluant Terre-Neuve. Sans surprise, les Albertains sont les plus riches au pays avec un PIB qui frôle les 80 500$ par tête [12].

Les chercheurs démontrent que l’écart entre le niveau de vie du Québec et de la moyenne du pays s’est légèrement élargi durant les trente dernières années. Ils précisent cependant, qu’en termes relatifs, le niveau de vie des Canadiens est supérieur de 17% à celui des Québécois, qui équivaut à celui de 1981. Maigre consolation, le PIB du Québec est en train de rattraper celui de l’Ontario, mais très lentement. En 1981, le niveau de vie des Ontariens dépassait celui des Québécois d’environ 17%, comparativement à 12% actuellement. Les chercheurs de HEC Montréal ont pointé les faiblesses de l’innovation et des exportations au Québec parmi les responsables de ses résultats économiques moyens.

Le gouvernement québécois doit définir une politique claire à court et long terme pour redynamiser son économie. « Le Québec doit soutenir ses champions, comme dans l’aéronautique, sans toutefois oublier les autres secteurs de l’économie. Les politiques doivent aussi favoriser l’innovation dans ces autres secteurs pour espérer voir naître à long terme de nouveaux champions », conclut Thierry Warin, professeur au département des affaires internationales de HEC Montréal et vice-président stratégie et économie internationales au CIRANO.

De plus, les autorités ne sont pas insensibles à la question de l’innovation. « De nombreux défis de société sont à nos portes, que ce soit sur le plan démographique, économique, environnemental ou identitaire. Notre capacité à les relever dépendra de notre aptitude à innover, à nous rassembler et à mettre en commun les forces vives de la recherche, quelle que soit l’institution ou l’entreprise dans laquelle elle se réalise », annonçait la première ministre, Pauline Marois, en octobre 2013.

— –

Ainsi, au Québec, le revenu disponible moyen par habitant, c’est-à-dire l’argent net qui vous reste dans vos poches, augmente. Même qu’il croît en moyenne de 1,1 % par année et a grimpé de 4,3 % entre 2007 et 2011, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique (ISQ). Mais la bonne nouvelle s’arrête là, puisqu’à l’échelle du pays, ce revenu moyen fait piètre figure: il arrive en avant-dernière position des 10 provinces.  La classe moyenne se porterait bien et serait même plus riche qu’avant. Au Québec, la classe moyenne s’en sort bien, vit mieux que la classe moyenne américaine grâce aux politiques fiscales, à la redistribution de la richesse et à la protection des salaires des emplois syndiqués. Or, la classe moyenne, gagne suffisamment pour bien vivre, mais pas assez pour combler tous ses désirs. C’est ce décalage qui cause une frustration.  Résultat: elle s’endette pour se satisfaire. Cependant, d’autres croiten plutôt que la classe moyenne s’appauvrit et que si elle s’endette, ce n’est pas pour consommer à outrance, mais pour maintenir son niveau de vie [13].

— –

Sources

[1] http://bit.ly/Nhfsl9

[2] http://bit.ly/NIZBKA

[3] http://bit.ly/NIZWwY

[4] http://bit.ly/NJ0jr8

[5] http://bit.ly/NJ0xyE

[6] http://bit.ly/QpONsa

[7] http://bit.ly/1i7q6pX

[8] http://huff.to/1eSluJE

[9] http://bit.ly/1fa1lLt

[10] http://bit.ly/1joyrfi

[11] http://bit.ly/1lsBu8m

[12] http://bit.ly/1lr716f

[13] http://bit.ly/1gMqydZ

Références

[a] Duhamel, P. (2013). “La crise du pouvoir d’achat”, 4 Avril 2013, L’Actualité, http://bit.ly/1lsxKDR

 

#DRAFT# Excellence et démocratisation universitaire : de l’industrie et de l’économie du savoir!

INTRODUCTION

Intéressant papier (http://bit.ly/N6TGTB). Je retiens ceci :

1) les universités gratuites ne se retrouvent pas dans le top des classements;

2) pas de concours d’admission dans les universités gratuites (sauf en Finlande, elle aurait des concours pour entrer à l’université, comme la France pour entrer dans les Grandes Écoles; au Québec, refus de la compétition). En France, le diplôme universitaire est dévalorisé;

3.1) Quel est le pourcentage des étudiants des cégeps admis à l’université? Plus du tiers?;

3.2) En France, comme dans d’autres pays où les études universitaires sont gratuites, l’Argentine par exemple, le tiers des étudiants, voire moins, finissent leurs études universitaires;

4) À l’UQAM, comme les cours ne coûtent et ne coûtaient presque rien, seulement la moitié des étudiants inscrits à un cours, finissaient le cours;

[1] PALMARÈS UNIVERSITAIRE, UNIVERSITÉ SANS DROITS DE SCOLARITÉS ET GRATUITÉ

Au cours de la Révolution tranquille, la modernisation du système universitaire a facilité l’accès à l’enseignement supérieur (démocratisation). Les faibles droits de scolarité actuels font maintenant partie intégrante de l’identité nationale québécoise. La progression des jeunes adultes ayant achevé des études universitaires a été considérable au cours des 25 dernières années. Il y a une cinquantaine d’années à peine, seuls les membres d’une élite pouvaient envisager de poursuivre des études universitaires.

Est-ce que toutes nos universités québécoises peuvent devenir de classe mondiale seulement parce qu’elles sont bien financées? On parlera alors d’avantage compétitif et du « pouvoir » d’attirer les plus grands esprits de la planète à venir enseigner et faire de la recherche dans nos universités??? Et si toutes les universités du monde étaient bien financées, comment se distinguerait-elle? L’argent seul peut-il faire la différence???

[1.1] Les classements des palmarès : Comparer des pommes avec des pommes

— La démocratisation des universités et modèles universitaires

Les universités, et plus globalement l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur, sont de nos jours considérées par les économistes comme pouvant être des vecteurs de croissance économique. L’économie de l’éducation (http://bit.ly/N6RFHa) est une branche de l’économie qui traite de l’influence de l’éducation sur le développement économique des pays. Ainsi, le modèle dominant de la demande pour l’éducation est fondé sur la théorie du capital humain (http://bit.ly/N6RtHShttp://bit.ly/N6RoUL). Or, qui dit capital, dit investissements (http://bit.ly/KO7C46), et endettement? Depuis la fin du XXe siècle, les universités sont identifiées comme un élément clef de la croissance des États. Sur l’impulsion du modèle américain, la plupart des pays du monde investissent maintenant dans le développement et la valorisation de ses universités (http://bit.ly/N6RPyb). L’Éducation est de plus en plus gérée comme une entreprise.

Or, l’Université est une institution qui permet aux citoyens d’être instruits et profite au bien-être de la population et au renforcement de la cohésion sociale. Ce qui en fait une institution tout à fait différente d’une entreprise privée ou publique, en particulier d’un ministère, d’un service ou d’une société d’État. Une université est un établissement qui fédère en son sein la production (recherche), la conservation (publications et bibliothèques) et la transmission (formation-études supérieures) de différents domaines de la connaissance. Elle se distingue en cela des écoles et des grandes écoles, qui sont centrées sur la seule transmission d’un domaine bien défini de la connaissance. On distingue, grosso modo, des universités privées (http://bit.ly/N6SDDn), à but lucratif et à but non lucratif — comme Harvard et Columbia) et des universités publiques (http://bit.ly/N6SH64).

On trouve dans les dix premières du classement de Shanghai des universités ayant un nombre très différent d’étudiants, de quelques 2200 étudiants (Caltech) à plus de 35 000 (Berkeley). Certaines universités comptent davantage « d’undergraduate », que de « graduate » et « post-graduate ». Enfin, même en terme de champs disciplinaires, les universités ne sont pas nécessairement comparables.

La démocratisation des Universités est-elle incompatible avec l’excellence? Les institutions d’excellence disposent de très grands moyens financiers, elles sont sélectives et elles affichent les meilleurs ratios de nombre de professeurs par étudiant. Or, la qualité de chaque établissement se nourrirait de sa capacité à cultiver sa différence. Aux États-Unis, sur 4 314 établissements d’enseignement supérieur (chiffre 2007), on admet que 100 à 120 d’entre eux sont des « research universities » et parmi celles-ci, 96 sont considérées être des établissements ayant une « very high research activity », au sein desquelles on trouve les 8 universités de la « Ivy League » (Brown, Cornell, Harvard, Yale…) (http://bit.ly/NqxhLy). Il conviendrait même de renverser le raisonnement et de considérer que la biodiversité des institutions universitaires est un gage de l’excellence.

Quant à la question de la démo­cra­ti­sation dans l’enseignement supé­rieur, on doit faire la distinction entre « production quan­ti­tative » (dicté par des impératifs économiques; nivellement par le bas; dévalorisation des diplômes) et « production qua­li­tative » (dicté par des impératifs de co-construction d’une société). Certains préfèrent parler de diffusion de l’accès à l’enseignement.

— Palmarès

On distingue, grosso modo, deux types de palmarès (http://bit.ly/M2eGpJhttp://bit.ly/M2eK94) : (1) les classements de réputation fondée par exemple sur les taux de satisfaction des employeurs de diplômés ou celle des étudiants; (2) les classements de performance où l’on compte les résultats scientifiques obtenus par les universités : nombre de publications et leur impact, doctorats, brevets, etc.

Ainsi, ces palmarès comparent souvent des institutions difficilement comparables, et agrègent des indicateurs tout aussi difficilement comparables; on observe même une biodiversité des modèles universitaires. Or, rare sont les palmarès qui évaluent les effets des universités sur le tissu social et l’innovation sociale, la promotion socioculturelle et le développement de l’environnement qui sont tous aussi importants que la recherche, le nombre de prix académiques et nobels obtenus et les publications (http://bit.ly/MLjK4i). De plus, ces classements reposent sur des critères qui favorisent les « sciences dures » par rapport aux sciences humaines. L’objectif d’une politique universitaire ne doit pas être de tirer quelques établissements d’enseignement supérieur du lot, mais d’emmener l’ensemble des établissements québécois vers l’excellence.

[1.2] Université(s) riche(s) et Privatisation de l’Éducation

On remarquera donc que les premiers des palmarès cités dans le papier (http://bit.ly/N6TGTB) sont des universités majoritairement anglo-saxonnes. Comment donc expliquer la domination anglo-saxonne dans les palmarès? En effet, les universités européennes généralistes de service public ne cadreraient pas forcément avec les critères utilisés pour ces palmarès. On déduit donc que deux modèles modèles universitaires s’affrontent, l’un anglo-saxon et l’autre européen.

— le modèle universitaire européen

La question posée dans ce papier (http://bit.ly/N6TGTB) s’avère légitime, car selon le palmarès THE 2011-2012, pour l’Amérique du Nord, les 15 premières universités sont américaines; McGill, université québécoise, figure au 28iem rang au monde, au 3iem rand des universités canadiennes. Et, à l’échelle de la planète, 90 % des universités sont anglo-saxonnes.

Au sommet des palmarès, ce sont toutes des universités qui exigent droits de scolarités, la fréquentation de ces établissements d’enseignement supérieur n’étant pas gratuits. Or, les droits de scolarité demeurent modérés ou quasi inexistants dans la très grande majorité des pays européens. Y a-t-il donc une corrélation entre, gratuité scolaire et médiocrité, entre, démocratisation et excellence?

Un rapport de la fondation européenne Robert Schumann publié en 2011 montre que le modèle européen se distingue toujours nettement de celui des pays anglo-saxons. Il classe les universités européennes en trois catégories. (1) Celle où l’université est entièrement gratuite inclut les pays scandinaves, y compris la Finlande dont le système scolaire a été régulièrement vanté par toutes les études de l’OCDE. (2) La catégorie des pays où les droits de scolarité sont modérés ou quasi inexistants comprend la France, l’Allemagne et la République tchèque, l’Espagne. C’est le modèle européen dominant. (3) Seuls le Royaume-Uni et les Pays-Bas se sont alignés sur le modèle anglo-américain avec des droits de scolarité élevés. Mais, contrairement à la Grande-Bretagne, où ceux-ci atteindront bientôt 14 000 $ par année, aux Pays-Bas, ce montant ne dépasse pas 2500 $ par année. Le pays jouit par ailleurs d’un généreux système de bourses, alors que le Royaume-Uni privilégie les prêts (http://bit.ly/LhtVt7).

— concurrence et désinvestissement : changement paradigmatique négatif?

Au Canada, ces trente dernières années, la dégradation rapide de l’aide financière publique a amené les universités à rechercher énergiquement d’autres sources de revenus. Devant le recul marqué du financement public, les universités se tournent vers les sources de revenus privées (http://bit.ly/MLLsvy). Ainsi, l’université canadienne devient de moins en moins un établissement public et de plus en plus un établissement privé. Elle est moins tenue de rendre compte au public et plus redevable aux intérêts privés (http://bit.ly/LjBDbD). Or, l’autonomie des universités est attaquée. La privatisation des universités, donc de l’éducation, n’est pas qu’un phénomène canadien, mais il est également mondial, de par du désengagement des États sur le financement public des établissements d’études supérieures partout sur le globe. La libéralisation provoque inexorablement une explosion des prix, car pour les meilleures universités, la concurrence se fait sur le campus et des professeurs.

Le « désinvestissement » de l’État et le sous-financement chronique, l’augmentation des frais de scolarités, la mise en concurrence des universités remettraient en cause le fonctionnement et l’avenir des Universités (http://bit.ly/MTOvAj). Ainsi, les universités européennes, elles, se sentent contraintes de diversifier leurs revenus pour survivre; plus d’étudiants, moins d’aides publiques… Parmi les autres pistes : imiter les écoles de commerce, en mettant en place des équipes administratives dédiées aux levées des fonds et à la communication. Résultat : la viabilité financière de l’enseignement supérieur en Europe est menacée, alerte l’Association européenne de l’Université, qui recommande que l’État investisse au moins 3 % du produit intérieur brut dans l’enseignement supérieur (http://bit.ly/Ljobof).

Or, le Québec, avant même d’avoir procédé à la prochaine hausse des frais, a des frais plus élevés que la moyenne des pays de l’OCDE (http://bit.ly/Opn2K3). Le modèle québécois n’a rien d’une anomalie (http://bit.ly/OppqAf). Notons également que le Canada, par rapport à la Finlande, a une plus grande part de dépenses de personnelle dans les dépenses de fonctionnement de l’enseignement; le personnel coute donc plus cher (http://bit.ly/OpmoMD)!

Depuis des décennies, les établissements scolaires se livrent donc une guerre pour attirer et retenir les élèves les plus prometteurs. Et la tendance ne cesse de s’accentuer, en contexte de mondialisation, rendant l’offre scolaire de plus en plus inégale et hiérarchisée. Pour attirer de nouveaux élèves, plusieurs écoles publiques ont développé des programmes spécialisés en éducation internationale, en sports-études ou en arts-études, et il y aurait un « écrémage » des élèves doués vers ces programmes dits particuliers. L’enseignement public est également en concurrence avec l’enseignement privé, qui est également en partie financé par les deniers publics. Aussi, le secteur public souffre d’un « écrémage » des élèves les plus doués vers le secteur privé, car les classes ordinaires du public, personne n’en veut. L’école publique serait victimes de la concurrence de l’école privée.

Non seulement la concurrence nuit à une répartition équilibrée des effectifs et contribue ainsi à la ségrégation, mais l’âpre lutte que les établissements se livrent entre eux contribue à les fragiliser. « Ce qu’on observe, c’est que les établissements qui se livrent à la concurrence ne sont plus vraiment concentrés sur les savoirs scolaires en tant que tels, mais plutôt sur les tactiques à mettre en oeuvre pour, par exemple, se débarrasser des mauvais élèves. Les familles elles-mêmes et les élèves ne sont plus obsédés que par les questions du placement et de l’excellence et se préoccupent de moins en moins de la connaissance en tant que telle » — Claude Lessard (http://bit.ly/LaTf5E).

[1.3] Étudiants et endettement

Des droits de scolarité élevés ou en croissance ne posent pas, en soi, une barrière significative aux étudiants aux revenus bas ou modestes s’ils sont compensés adéquatement par une assistance financière??? En raison des coûts de plus en plus grandissants des études postsecondaires, davantage d’étudiants dépendent de prêts étudiants pour les aider à financer leurs études.

L’endettement est donc maintenant devenu le moyen d’acquérir une éducation. Aussi, on semble celer le fait que les grandes universités prestigieuses de classes mondiales attirent les étudiants les plus riches de la planète; ceux qui bien sûr, peuvent payer ou bien s’endetter. Le coût des études universitaires atteint des sommets prohibitifs aux États-Unis, permettant uniquement aux étudiants les plus riches ou les plus brillants d’accéder à l’enseignement supérieur. Or donc, quand est-il de tous ceux qui doivent s’endetter? Quel type d’université attire quel type d’étudiants?

En effet, un véritable mur d’argent sépare les classes aisées des classes populaires, mais aussi moyennes. Dans un contexte de libéralisation (la collectivisation des pertes et la privatisation des profits), de spirale « inflationniste » des couts (devenant prohibitifs; voir Higher Education Price Index — http://bit.ly/OjwhPwhttp://bit.ly/Mv1g8v) des études universitaires des établissements privés, de l’endettement estudiantin croissant, seuls les plus riches et les surdoués peuvent faire des études. C’est donc le modèle universitaire que l’on cherche à imiter!!! Or, ce sont les élèves vivant dans des conditions socio-économiques défavorables qui ont le plus de CHANCE de s’endetter ou de décrocher. Au Québec, les ménages à faible revenu sont sous-représentés à travers le réseau universitaire (Berger et coll. 2009, Frenette 2007). Or, tout comme le coût des études, l’endettement peut conditionner les étudiantes et étudiants à prendre certaines décisions sous-optimales pour eux-mêmes et pour la société. Par exemple, une étudiante ou un étudiant ayant une dette élevée à la fin de ses études de premier cycle sera plus enclin à aller sur le marché du travail plutôt que de continuer à la maîtrise (FCBEM, 2007). . Cette décision est d’autant plus contraignante qu’une fois sur le marché du travail, les probabilités d’un retour aux études sont grandement restreintes (Dubois, 2006) (http://bit.ly/OjpJ3e).

Notons qu’Harvard disposerait d’un budget annuel de 3 milliards de dollars pour vingt mille étudiants, soit 150 000 par étudiants. Même si cette université obtient un financement juteux, les étudiants continuent à s’endetter malgré tout.

Ainsi, aux États-Unis en 2011, la dette combinée des diplômés américains a dépassé la somme des soldes impayés de cartes de crédit, une première. Le montant total de la dette contractée par les étudiants américains, soit 870 milliards de dollars, dépasse désormais celui des cartes de crédit du pays (693 milliards) et des achats de voitures (730 milliards) (http://bit.ly/LjkNtnhttp://bit.ly/LjkS0e). Harvard en tient compte. Elle fournit de l’aide financière à six familles sur 10 et les 20 % dont le revenu ne dépasse pas 65 000$ ne paieront presque rien (http://bit.ly/Nxfvuw). C’est donc le modèle que l’on chercherait à imiter!!!

Or donc, la dette étudiante américaine « vient de franchir le seuil de 1 000 milliards de dollars (un trillion de dollars) et constitue la première cause d’endettement des Américains » (http://bit.ly/NxjxTG). Plus du tiers des dettes d’étudiants sont « titrisées » (http://bit.ly/Nz4yIa). Il y a pour 400 milliards de dollars de SLABS en circulation chez nos voisins du Sud : il s’agit de papiers commerciaux appuyés sur des actifs (PCAA), en l’occurrence des prêts étudiants. L’endettement s’est emballé, quintuplant en douze ans. Les universités d’État, qui offraient presque gratuitement une éducation supérieure de qualité il y a trente ans, exigent aujourd’hui des droits qui s’approchent de ceux des universités privées. Au Sénat, un autre projet de loi vise à redonner à ceux qui se sont endettés pour étudier le droit de déclarer faillite, comme les autres emprunteurs (http://bit.ly/Nz4OXx).

Toujours aux É.-U., le chômage toucherait aujourd’hui 13,2 % de la classe d’âge 20-24 ans, alors même que l’endettement moyen d’un jeune diplômé débarquant sur le marché de travail était de 27.500 dollars en 2011, soit une augmentation spectaculaire de 5 % par rapport à l’année 2010, lorsque cette moyenne n’était encore que de 24.000 dollars. Le chômage met en péril le remboursement des dettes des étudiants, dont le montant dépasse 1000 milliards de dollars. Le sujet est désormais politique et envenime le débat électoral entre démocrates et républicains. 85 % de ce stock de dettes est garanti par l’État fédéral. Les étudiants sont de plus en plus nombreux à vouloir faire des études supérieures, car le taux de chômage est pratiquement deux fois plus faible pour ceux-ci. Les Américains débutent leur vie professionnelle handicapée par un endettement sans précédent. Les emprunteurs deviennent de moins en moins solvables.

Au Canada, plus de la moitié (57 %) de la promotion de 2005 avait un prêt étudiant, en hausse par rapport aux 49 % observés 10 ans plus tôt. La dette moyenne d’études au moment de l’obtention du diplôme s’est accrue, passant de 15 200 $ à 18 800 $ au cours de la même décennie. De plus, la proportion d’emprunteurs qui devaient au moins 25 000 $ au moment de l’obtention de leur diplôme est passée de 17 % en 1995 à 27 % en 2005 (http://bit.ly/NGfLqi). Statistique Canada révélait en juillet 2012 que le taux d’emploi des étudiants de 20 à 24 ans s’établit à 63,2 pour cent, le plus bas taux enregistré depuis 1977 (http://bit.ly/Mb98sC).

Toujours au Canada, l’augmentation de la dette d’études totale moyenne au moment de l’obtention du diplôme entre 1995 et 2005 a été beaucoup plus faible que l’augmentation des frais de scolarité au cours de cette période. En 2005, le Canada comptait non seulement plus de titulaires de diplôme qui avaient une dette d’études, mais aussi une proportion accrue de diplômés ayant un niveau d’endettement plus important que par le passé. Aussi, les taux de défaillance n’ont pas augmenté parallèlement aux niveaux croissants d’endettement. Même si le montant moyen des prêts étudiants constitue une indication du niveau d’endettement des diplômés, les étudiants emprunteurs avec étude postsecondaire (EPS) sont moins susceptibles de détenir de l’épargne et des placements. Entre 2002 et 2007, les étudiants non-emprunteurs avec EPS comptaient la plus forte proportion de personnes détenant de l’épargne et des placements (47 %). Suivaient les emprunteurs avec EPS (39 %). Les emprunteurs avec EPS, ont de manière significative, une probabilité plus faible de détenir des placements comparativement aux non-emprunteurs sont moins susceptibles d’économiser de l’argent et de détenir des placements. D’autre part, dans l’ensemble, les résultats montrent que les emprunteurs ayant fait des EPS sont moins susceptibles d’être propriétaires de leur logement et, lorsqu’ils le sont, sont légèrement plus susceptibles d’avoir une hypothèque comparativement aux non-emprunteurs avec EPS. Ainsi, la richesse des étudiants emprunteurs est nettement moindre que celle de leurs homologues sans emprunt (http://bit.ly/LyxbGKhttp://bit.ly/MORV9j).

[2] DÉVALORISATION DES DIPLÔMES

On comprend dans le discours du gouvernement actuel que l’un des motifs principaux de la hausse du financement des établissements d’enseignement supérieur est la concurrence et la globalisation pour demeurer compétitifs. Ainsi, la concurrence des universités est une réalité quotidienne. Avant même de parler de la concurrence internationale, extrêmement vive pour attirer les meilleurs cerveaux chez soi, nos universités sont en concurrence nationale avec les grandes écoles et avec les organismes de recherche. Cette concurrence dans un contexte de sous financement chronique et puisque la subvention de fonctionnement de chaque université dépend du nombre d’étudiants recrutés, puisque le recrutement sur le marché local est saturé, les universités se lancent en ordre dispersé à la conquête des marchés intérieurs (marché local) et extérieurs (marchés internationaux).

[2.1] Le nivellement par le bas (http://bit.ly/NwypBK)

Ainsi, en 1997, la ministre de l’Éducation, Pauline Marois, avait annoncé son plan d’action pour la réforme de l’éducation visant à passer de « l’accès du plus grand nombre au succès du plus grand nombre ». Elle avait même fixé des cibles pour le taux de diplomation. Puis, en 2000, son successeur François Legault voulait instaurer « les contrats de performance », ou l’État obligeait les universités à se fixer des cibles de performance imposées par le ministère de l’Éducation et, en contrepartie, il s’engageait à augmenter le financement des institutions qui atteignent leurs objectifs. Ainsi, en 2001, les universités ont signé des « contrats de performance » avec le gouvernement du Québec, pour « renforcer l’encadrement et le soutien des étudiants en vue d’améliorer leur persévérance et leur réussite » (Marcotte, 2001), et atteindre un taux de diplomation minimal de 80 % (chez les
étudiants à temps plein du baccalauréat, six ans après leur première inscription). Pendant ce temps, les commissions scolaires et écoles des commissions scolaires ainsi que les collèges devaient se doter de « plans de réussite ». Or, la hausse du taux de diplomation serait l’un des critères de performance ce qui aurait amené certaines institutions à s’astreindre à certaines stratégies menant au nivellement par le bas. Or, pour certains, les initiatives de démocratiser l’éducation se sont soldées par la dévalorisation des diplômes. Le nivellement par le bas est le moyen le plus simple et le plus rapide d’augmenter les taux de réussite!

Le nivellement par le bas est d’ailleurs confirmé par ce qu’il est convenu d’appeler « l’inflation des notes », un phénomène amplement documenté. Deux chercheurs canadiens, James Côté et Anton Allahar, ont d’ailleurs montré que la note moyenne qui était de C il y a 30 ans oscille aujourd’hui entre B+ et A-. Or, les employeurs ne sont pas dupes, ils auraient ajusté les salaires en conséquence.

[2.2] Marchandisation : Le clientélisme estudiantin

Toujours à la recherche de financement, et donc d’attirer des étudiants potentiels, on sait que les universités « consultent », à l’aide de sondages et questionnaires, les étudiants avant de mettre en oeuvre un programme d’études, et ce, afin de jauger leurs intérêts!!! La logique du « clientélisme estudiantin » à l’université (ou clientélisme universitaire; à ne par confondre avec clientélisme politique ou clientélisme universitaire), et celle, comptable, du financement par points d’activité ont eu pour effet la multiplication des programmes, non plus pour la formation, mais pour la satisfaction des clientèles. On sait également au Québec que les universités se font la compétition pour l’obtention d’un nombre maximum d’étudiants obtenant ainsi en contrepartie le plus de deniers possible à l’état. Et l’augmentation des frais de scolarités accentue ce phénomène de « clientélisme estudiantin » — c’est-à-dire de clients « vache à lait » qui payent leurs cours et qui s’attendent, en contrepartie, à ce qu’on leur « livre la marchandise », le diplôme; certains cours et programmes étant donc devenus accessoires.

Certaines universités seraient devenues des usines à diplômer, et auraient donc réduit les conditions d’admissions et élaborer certains programmes en fonction de la clientèle facilitant d’autant plus l’acquisition de diplômes. L’université cesse donc alors d’être une institution qui définit le savoir et la manière de le transmettre et devient une usine à diplômer, au profit du clientélisme estudiantin, ou le cursus scolaire est défini par les entreprises et les étudiants. Puisque beaucoup de ces programmes à la pièce n’offrent pas de formation solide, on veut les améliorer en les « inter-disciplinant ». Les diplômes de certains programmes ne mènent tout simplement pas à l’employabilité de par cette même logique de dilution des contenus de formation qui nous conduit à multiplier les formations à la pièce du premier cycle devrait nous conduire à diversifier les formes de maîtrise et à les diluer.

La qualité des études de baccalauréat continuerait donc de décliner. Les classes grossissent au détriment de l’encadrement et au soutien individuel, les charges de cours se multiplient, les exigences pédagogiques des cours chutent, réduisant le temps nécessaire pour obtenir des crédits. Pour acheter la paix, on compenserait l’étudiant par l’inflation des notes.

Or, si l’on consulte les étudiants, l’on étudie également la compétition.

[2.3] Satellisation universitaire et délocalisation universitaire : des succursales

Dans un avis publié en février 2012, préoccupé depuis 2008, le Conseil supérieur de l’éducation est inquiet de la (sur)multiplication des antennes universitaires qui s’opère dans le plus grand désordre; il a souligné que les « antennes ne sont soumises à aucune évaluation ». Le mode de financement pousse donc les universités à s’arracher les étudiants, et l’état verse de deniers aux universités pour chaque étudiant recruté. Sous-financées pendant des années, elles se sont lancées tête baissée dans la construction d’antennes. Or, le phénomène n’est pas unique au Québec. La France, l’Italie, les États-Unis et l’Ontario airaient créé des campus régionaux. Avec un financement par étudiant, les universités recherchent de nouveaux étudiants. Elles développent donc des niches hors campus » (http://bit.ly/Nxkyvd).

Or, la satellisation, s’agit-il d’un réel moyen de démocratisation des études supérieures, ou d’une relégation de certains étudiants dans des programmes de second ordre? On dit que ces institutions sont incapables d’atteindre une masse critique en terme de recherche, qu’elles sont dépourvues d’appuis logistiques essentiels, qu’il y a absence de laboratoires, une faible implantation des effectifs enseignants sur les sites, et un recrutement d’étudiants scolairement plus faibles et socialement les plus éloignés des normes universitaires. On parle alors de voie de garage, comme une manière de favoriser l’inscription de « nouveaux étudiants » dans l’enseignement supérieur, soit au contraire, comme une manière de les mettre à l’écart. Il semble donc que le contexte d’étude n’est pas vraiment favorable aux étudiants.

[2.4] Internationalisation : étudier à l’étranger

L’internationalisation est un sujet d’intérêt croissant dans les systèmes universitaires à travers le globe (globalisation). Au Québec, on observe une saturation du marché intérieur estudiantin, car la courbe démographique québécoise stagne, le nombre de naissance réduit et le phénomène de vieillissement de la population étant jugés responsables. Ainsi donc, les universités se tournent vers les marchés extérieurs. Plus elles attireront d’étudiants étrangers, plus elles augmenteront leur enveloppe budgétaire. Mais n’y a-t-il donc pas une menace de voir ces étudiants fraichement formés faire compétition à partir de leurs pays d’origine, et donc miner l’avantage compétitif tant recherché par les universités? Par exemple, 70 % des ingénieurs avec un PhD qui gradue des universités américaines sont des étudiants étrangés. De plus, en plus de ces diplômés ne reste pas aux États-Unis pour y travailler, quittant ainsi pour leurs pays d’origine, là où ils y trouvent plus d’opportunités.

L’enjeu des palmarès universitaire tiendrait à l’explosion de nombre d’étudiants allant étudier à l’étranger; globalisation oblige. Les universités se découvrent donc un nouveau « marché », celui des étudiants étranges. Au Québec, certaines universités se réjouissent d’être au sommet des palmarès universitaires (http://bit.ly/LETfvT), souvent un argument de vente pour attirer des étudiants internationaux. Les universités québécoises sont donc, non seulement en rivalité entre elles pour les étudiants sur le marché local (Québec) et nationale (provinces), mais également en rivalité les unes avec les autres pour attirer le plus grand nombre d’étudiants étrangers (globalisation). On voit d’ailleurs se multiplier les antennes universitaires internationales, l’UQAM et l’UdeM ayant ouvert des bureaux à Paris. On prévoit que d’autres universités québécoises joindront le pas et y enverront bientôt leurs émissaires.

Aussi, ce sont les frais de scolarité plus élevés dans le pays d’origine qui peut motiver des étudiants à se tourner vers les universités outre-mer et donc d’étudier à l’étranger. Le Québec ne doit pas s’engager dans une concurrence internationale qui lui serait structurellement défavorable. Ainsi on doit se demander si le gouvernement ne prépare pas les institutions universitaires à la mondialisation de par ses orientations actuelles. Les universités se comportent maintenant comme des entreprises. Ainsi donc, s’il y a recrutement d’étudiants étrangers par les universités québécoises et il y a la mobilité des étudiants québécois à l’étranger.

Or, sur dix candidats étrangers, cinq sont admis et seulement deux s’inscrivent dans une université québécoise.

[2.5] Inscritions & admissions

Dans la logique de la concurrence, du nivellement par le bas, et du clientélisme estudiantin, les universités, pour maintenir leurs financements le plus élevés possible, ont besoin d’étudiants, et de surtout de diplômés, « pour faire rouler la machine ». Pas d’admission, pas de diplômés, pas de financement!

[2.6] Surqualification des travailleurs diplômés

Et qui sont les acheteurs de diplômés; les entreprises. Et ces dernières ne sont pas dupes. Notons qu’au Québec, près du tiers de tous les travailleurs québécois sont surdiplômés par rapport à l’emploi qu’ils occupent. Parmi les diplômés du cégep et de l’université, ce taux grimpe à plus de 40 % (http://bit.ly/Nxf97b). La surqualification touche quatre diplômés sur 10 et touche surtout ceux qui ont fait des études collégiales (44 %) ou qui ont un diplôme universitaire en poche (42 %). De plus, le nombre de diplômés augmente de plus en plus, et le marché du travail les absorbe de moins en moins. Résultat : on assiste à un véritable « gaspillage de ressources humaines ». La surqualification entraîne aussi une dévalorisation des diplômes.

Il y aurait donc une « surabondance des diplômes » (http://bit.ly/PvgWe0); le diplôme de droit ou de sciences sociales, par exemple, ne génère souvent plus qu’un haussement d’épaules chez le recruteur. On compte trop de candidats de même formation incapables de percer dans leur domaine. La dévalorisation de leur diplôme est inévitable. Il y a un décalage entre le nombre de diplômés et le nombre de postes qualifiés disponibles sur le marché du travail; il y a une inadéquation entre les qualifications offertes et les besoins du marché du travail. Le déclin du baccalauréat et la surqualification frappent aussi les États-Unis. Un diplômé sur trois n’occupe pas l’emploi pour lequel il a étudié (http://bit.ly/Nxfvuw).

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) révèle dans le rapport intitulé « Regards sur l’Éducation 2011 », qui recense de multiples indicateurs en éducation pour comparer notamment la totalité ou quelques-uns des 34 pays de l’OCDE, mais aussi ceux du G20, démontrent que le Canada possède la plus grande proportion de diplômés, se destinant à la recherche ou à l’exercice de professions exigeant un haut niveau de compétences comme la médecine, qui gagnent moins que le salaire médian (25 500 $ pour une personne seule en 2009, selon Statistique Canada). Voilà qui indique que les qualifications acquises et les besoins sur le marché du travail ne sont pas toujours bien arrimés, laisse entendre le rapport. Les diplômés universitaires ont aussi tendance à travailler moins d’heures puisque 60 % d’entre eux sont employés à temps plein, contre 75 % en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. Qu’en est-il au Québec? (http://bit.ly/NFULzVhttp://bit.ly/Lcb30n; taux d’emploi d’un diplôme universitaire 2009 — http://bit.ly/LyA3U9).

[2.7] Sous-qualification des travailleurs diplômés

A contrario, alors que 70 % des emplois à être créés d’ici 2020 demanderont une formation professionnelle, collégiale ou universitaire, le nombre de diplômés ne suffit toujours pas à répondre à la demande dans au moins une quarantaine de programmes au Québec, selon les données du dernier Bilan des perspectives du marché du travail de Jobboom (http://bit.ly/LJLByt).

[2.7] Conclusion

On pourra toujours déduire que le mode de financement actuel de l’enseignement supérieur, voir même de l’Éducation, combiner à un sous-financement chronique, entraîne les universités, et l’État, à mettre en oeuvre diverses stratégies (nivellement par le bas dans un contexte de sous financement, clientélisme estudiantin, satellisation) qui ont pour effets d’entrainer une dévalorisation des diplômes, mais comment expliquer le phénomène la (sur)qualification des travailleurs diplômés et le décalage entre les qualifications offertes et les besoins du marché du travail (Emploi-Québec).

Or, l’étude sur la compétitivité de la CCMM montre que Montréal souffre d’un retard au chapitre de la scolarité de sa main-d’oeuvre par rapport aux grandes villes nord-américaines. En fait, son capital humain est le plus faible de toutes les grandes villes d’Amérique du Nord. Aucun revirement n’est en vue, selon la Communauté métropolitaine de Montréal. En 2009, la part des diplômes universitaires dans la population active de 25 à 64 ans s’élève à 37,8 % dans les 26 principales régions métropolitaines américaines, à 35,9 % dans les grandes villes canadiennes, mais à 31,0 % seulement à Montréal. Le taux de fréquentation scolaire des jeunes de 15 à 19 ans est aussi plus bas à Montréal de près de cinq points de pourcentage par rapport à la moyenne de 26 grandes villes américaines (http://bit.ly/KQENQ9).

On ne peut s’empêcher de penser qu’une certaine homogénéisation de la connaissance pour ces clients-étudiants servit par une université-entreprise (machine à diplôme).

[3.0] ENCADREMENT, DÉCROCHAGE ET PERSÉVÉRANCE SCOLAIRES

Le choix où la fréquentation d’un établissement d’enseignement, ou la façon d’obtenir ses diplômes ou de remplir les conditions d’obtention constituent des décisions extraordinairement complexes auxquelles sont confrontés des millions de jeunes au cours de leurs cheminements scolastiques, qui doivent être complétés par un cheminement professionnel.

La lutte contre l’abandon en premier cycle universitaire est devenue un combat de plusieurs pays de l’OCDE. Or au Québec, le cursus scolaire de notre progéniture estudiantine devrait inclure le nécessaire pour que l’étudiant puisse produire une démarche de cheminement scolaire et professionnelle dans un contexte d’un environnement complexe que sont devenues la société et l’économie (et donc le marché du travail).

— motivation et encadrement scolaire et professionnel

Le phénomène d’errance estudiantin présumément parce que l’éducation est gratuite ou à peu de frais, est bien connu au CÉGEP depuis des décennies maintenant et il n’est pas dit que des mesures peuvent être mis en oeuvre pour la contrer. D’ailleurs, cette négligence n’est pas nécessairement attribuable à la gratuité scolaire, mais bien à facteurs environnementaux tels qu’une déficience de l’encadrement. De plus, peut-on vraiment inférer une corrélation entre la gratuité scolaire, la motivation, le décrochage et la persévérance scolaire (surtout associé à des conditions socioéconomiques défavorables)? Ainsi, les théories sociocognitives de la motivation nous la font voir comme un phénomène fluide et multidimensionnel, variant dans différents contextes et évoluant dans le temps. La motivation n’est plus considérée comme une caractéristique interne des apprenants, plutôt stable et unidimensionnelle. Plusieurs facteurs interviennent dans le processus menant à l’abandon. Il semble que les dispositions motivationnelles des apprenants évoluent en fonction des différents événements qui ponctuent leur vécu selon les environnements et contextes sociaux dans lesquels ils évoluent. La motivation comme un phénomène multifactoriel.

Ainsi, dans ce papier (http://bit.ly/N6TGTB), on semble conclure que l’endettement est une motivation assez puissante pour forcer l’étudiant à persévérer dans leurs études et ainsi favoriser la lutte contre le décrochage scolaire et les dérives d’orientations et d’encadrement de cheminement scolastique. Car dit-on, les jeunes Québécois ne souffrent pas principalement d’un problème d’accès aux études universitaires, mais bien plutôt d’un problème de persévérance jusqu’au diplôme (http://bit.ly/LjA0uF), ou à terminer un ou des cours/formations. Notons qu’au secondaire, c’est surtout le décrochage (persévérance) qui est un sujet de préoccupation, tandis qu’au collégial, ce sont les taux d’obtention de diplôme.

Mais, l’éducation gratuite n’implique donc pas nécessairement de laisser les étudiants universitaires errer dans un environnement éducatif « surabondant », ni celle de ne pas leur fournir un encadrement et un soutien répondant aux besoins spécifiques des apprenants dans un contexte d’une démarche d’apprentissage tout au long de la vie. Québec devrait donc forcer les universités à investir dans l’encadrement et le soutien pédagogique, qui sont déficients. Beaucoup d’établissements se contentent de prendre les subventions du ministère de l’Éducation et d’en allouer une part trop grande à la recherche tout en négligeant l’aide aux étudiants (http://bit.ly/Nz33cO). On ne peut pas lutter contre l’échec sans améliorer l’encadrement.

Rappelons au passage que nos sociétés se sont considérablement complexifiées depuis la Révolution tranquille. On distingue donc d’embler ces problèmes : 1) choix et encadrement de l’orientation scolaire de l’étudiant (diplomation), 2) choix et encadrement du cheminement scolaire de l’étudiant (rétention et persévérance), 3) le soutien pédagogique de l’étudiant.

Alternativement, d’une part on sait que les conditions socio-économiques défavorables sont des facteurs de risques importants à la persévérance scolaire, et donc sur la motivation. Ce n’est donc pas uniquement une question de motivation personnelle, mais également celle d’un environnement socio-économiquement sain (non-psychopathologique). Par exemple, l’adversité familiale et les difficultés familiales jouent un rôle de premier plan dans le décrochage scolaire des filles, révèle une étude rendue publique mardi par la Fédération autonome de l’enseignement (http://huff.to/Pvg49f). Pourtant ce sont elles qui réussissent le mieux par rapport aux mâles. D’autre part, c’est également une question de politique de l’Éducation. Ainsi, le psychologue et chercheur à l’Université Laval, Égide Royer croit que le fait que la fréquentation scolaire soit obligatoire jusqu’à 18 ans en Ontario, comparativement à 16 ans au Québec, aide à améliorer la persévérance scolaire (http://bit.ly/Op5LAv)!!!.

Aussi, la majorité des étudiants qui détiennent un DEC technique donnant accès au marché du travail se sont inscrits à l’université pour bénéficier de meilleures conditions de travail et parfaire leurs connaissances dans leur spécialité. Par contre, les étudiants détenant un DEC préuniversitaire au moment de leur inscription ont moins souvent de l’expérience de travail dans leur domaine d’études et méconnaissent leur programme. Ainsi, une majorité effectue un changement de régime d’études à la suite d’une désillusion, d’un désintérêt ou d’une remise en question face au domaine d’études. Ils sont aussi plus sujets à investir leur temps et énergie dans leurs autres activités de vie, ce qui peut nuire à leur implication dans les études (http://bit.ly/Pveqoa).

On ne peut donc pas corréler la nécessité de financer des études comme motivation avec la persévérance scolaire. En effet, un ensemble de facteurs sont considéré lorsqu’il est question de choix d’entreprendre et de persévéré dans la poursuite d’un programme d’étude d’enseignement supérieur. Les facteurs financiers ne sont donc que l’une de plusieurs considérations d’un phénomène multidimensionnelles et multifactorielles. Autrement dit, la persévérance demeure un objet mouvant, difficile à saisir, dans lequel intervient un grand nombre de facteurs et de variables.

Quant à la motivation, notons qu’en matière de productivité, selon une récente étude du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal, le Québec est à la remorque des pays industrialisés. En une heure de travail, un Québécois produit moins d’unités de PIB (de biens ou de services) qu’un Canadien moyen, un Américain ou un Norvégien. Comment expliquer que la productivité du Québec traîne la patte depuis 30 ans (http://bit.ly/Nz278o).

— persévérance scolaire

La persévérance scolaire est l’affaire de tous et constitue un défi collectif. Et, curieusement, la corrélation entre la richesse d’une société et son taux de diplomation n’est plus à démontrer. Or, comment donc expliquer le faible taux de diplomation universitaire au Québec par rapport à la moyenne canadienne? Ainsi, en 2009, sur les 45 % des jeunes Québécois qui amorcent un baccalauréat, seulement les deux tiers obtiennent leur diplôme, le tiers décroche (33 %), comparativement à 20 % en moyenne au Canada. C’est plus qu’au secondaire, où le taux d’abandon scolaire est de 26 % (http://bit.ly/Nz33cO). Outre un retard en matière de scolarisation universitaire, en 2006, le taux de diplomation, tous cycles confondus, était de 21,4 % au Québec, contre 22,6 % au Canada et 24,7 % en Ontario. En 2009, le taux de rétention de l’ensemble des collèges privés était d’à peine 71 % (http://bit.ly/LKgWTj). Le taux de diplomation est donc plus faible au Québec par rapport aux certaines provinces, dont l’Ontario, là où les droits de scolarités sont le plus élevés qu’au Québec et les dépenses par étudiants inférieurs à celle du Québec.

Précision importante, le taux d’abandon des programmes doit être pondéré par le fait que certains étudiants quittent (abandonne) un programme pour en intégrer un autre. Ce qui pourrait apparaitre comme « errance » des trajectoires qui ont pour seul tort « de ne pas être linéaires » (http://bit.ly/LGRY4H).

Toutefois, dès 2001, on s’inquiétait déjà que 40 % des étudiants Québécois inscrits au doctorat qui abandonnait. On proposait alors une meilleure stratégie en plaçant l’encadrement des étudiants au coeur du débat. Selon une étude publiée en 2004 par le ministère de l’Éducation du Québec, 70,4 % des étudiants sortants d’un programme de maîtrise en 2001-2002 avaient en main leur diplôme, contre 53 % au doctorat. Or, une recherche du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) démontrait que le professeur est, en effet, la figure centrale et essentielle du cheminement des étudiants aux cycles supérieurs. Le problème persisterait encore aujourd’hui (http://bit.ly/Pv8NpO), ainsi, le taux d’abandon au doctorat est de 47 % pour l’ensemble du Canada et oscille entre 40 et 70 % aux États-Unis (Gardner, 2007). Selon Statistique Canada, l’âge moyen d’un diplômé au doctorat est de 36 ans et la durée moyenne des études menant au diplôme est de cinq ans et neuf ans. Ainsi, on explique l’influence du directeur de recherche ainsi : « C’est pas compliqué, ils ont droit de vie ou de mort sur toi » (http://bit.ly/Pv5tek). Cependant, on trouve le moyen d’offrir des « passages accélérés » au doctorat (http://bit.ly/PvaMdU). Or, la pédagogie universitaire ne s’arrête heureusement pas au premier cycle, elle aborde aussi des questions spécifiques aux deuxième et troisième cycles, dont l’accompagnement de mémoire et de thèse (http://bit.ly/PvccoK).

Les Finlandais, cités en exemple, ont un système d’éducation fort particulier (http://read.bi/N6PHGH) qui semble très efficace (http://bbc.in/N6Qh7s). Ainsi, selon l’OCDE (http://bit.ly/N6MCGH), en 2008, la Finlande possède le plus haut taux de diplomation sanctionnant une formation de niveau supérieur (http://bit.ly/N6M3N9). Or, c’est aux États-Unis que se retrouve la proportion la plus forte d’étudiants accédant à l’enseignement supérieur sans obtenir par la suite au moins un diplôme (http://bit.ly/N6MW8e); pourtant, c’est aux États-Unis que les estudiants s’endettent le plus! Être motivé n’est pas le fin mot de l’histoire de la persévérance scolaire. Notons que pour 2009-2010, près de 95 % des élèves allemands du secondaire obtiennent leur diplôme. Pourtant, l’Allemagne dépense moins par élève que le Québec qui a beaucoup moins de succès dans sa lutte à la persévérance scolaire. Au Québec, 72 % obtiennent leur diplôme d’études secondaires (http://bit.ly/MmyZ4Q).

Notons enfin qu’un haut taux de diplomation n’est pas nécessairement synonyme de la qualité de l’enseignement ou de l’apprentissage!!!

— une question de culture

En Ontario, 39 % des enfants de famille pauvre (5000-25000$) vont à l’université, alors que c’est 62 % des enfants de famille riche (100 000$ et plus) qui y vont. Au Québec, c’est 18 % des enfants de famille pauvre contre 55 % pour les enfants de famille riche. La différence est de 33 % à 54 % pour les provinces de l’ouest et de 28 % à 82 % pour les provinces de l’Atlantique (michel.seymour@umontreal.ca; http://bit.ly/MJZZvq).

— de la conciliation

On passe également sous silence la nécessité de la conciliation études-travail (http://bit.ly/Nz9qglhttp://bit.ly/Nz9IE3) des jeunes étudiants comme source de facteur de risque (ou de protection) à la persévérance scolaire; éviter que l’emploi ne prenne le dessus sur les études? Or la main d’oeuvre estudiantine est une ressource recherchée et il semble que 80 % des étudiants possède un emploi. En effet, à l’endettement relatif au cout global de la formation universitaire, s’ajoute aussi un ensemble possible de frais (loyer, perte de revenu, transport, nourriture…).

— persévérance scolaire : Élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA)

La rétention des étudiants et le fait qu’ils persévèrent jusqu’au diplôme sont des enjeux qui gagnent en importance dans le secteur de l’enseignement tertiaire en raison de la proportion croissante d’étudiants désavantagés (Santiago et coll., 2008, p. 50). Or, un taux élevé d’abandon peut porter à croire que le système éducatif ne répond pas bien aux besoins des étudiants (OCDE, 2008, p. 92). Un faible taux de persévérance est problématique pour les étudiants, les établissements et la société.

Étonnamment, pour le réseau public entre 2002-2010, la proportion des élèves HDAA passait de 13.5 % à 18.4 % alors que l’ensemble des effectifs estudiantin baissait de 6 %, et ce, pour les élèves du préscolaire, primaire et secondaire. Notons que les élèves HDAA représentent près de 3 % de l’effectif total du réseau privé. En 2009-2010, 82 % des élèves HDAA ont uniquement des difficultés seulement, alors que 18 % ont un handicap seulement, dont leurs nombres sont en croissance plus rapide, pour les élèves du préscolaire, primaire et secondaire. On observe généralement une répartition 60/40 entre les garçons et les filles EHDAA. En 2009-2010, environ 65 % de ces élèves sont dits en classe ordinaire (40 % des élèves handicapés seulement sont dits intégrés, +3.7 % pour 2002-2010; et 70 % des élèves en difficultés seulement sont dit intégrés, +7 % pour 2002-2010), 30 % en classe spécialisée. Le taux de diplomation au secondaire des élèves EHDAA est plutôt faible (25 %) et varie selon que l’élève est handicapé, en difficulté ou qu’il présente des troubles graves du comportement. Le ministère de l’Éducation dépensait 1,8 milliard de dollars pour leur dispenser des services (http://bit.ly/LMONJS).

Or, la réforme aurait dix ans maintenant et il semble que sa mise en oeuvre s’est traduite dans les faits par une intégration massive et désordonnée des élèves HDAA en classe ordinaire. L’approche dogmatique des « technocrates » du MELS et des commissions scolaires (CS) imposés par la réforme aurait littéralement mis à sac le secteur de l’adaptation scolaire. Pour soutenir ce processus d’intégration des élèves HDAA en classe ordinaire, le MELS et les CS s’appuient sur le plan d’intervention adaptée (PIA). L’utilisation du PIA (http://bit.ly/KLcp5Bhttp://bit.ly/KLcI07) en contexte de « réussite pour tous à tout prix » impose la « différenciation pédagogique ». L’enseignante ou enseignant se doit alors de multiplier les approches pédagogiques tout en tenant compte des besoins individuels des élèves, et ce, en l’absence quasi complète de soutien et de ressources. LE PIA serait « perverti » de sa destinée de telle sorte qu’elle serait également utilisée pour « contrôler » et minerait ainsi l’autonomie professionnelle de l’enseignant (http://bit.ly/KLerCu).

Avec la globalisation des universités, il devient important de rejoindre les gens des différentes cultures et disciplines. Ainsi, varier ses approches permet de respecter les différentes caractéristiques des étudiants et de solliciter le développement de leurs différents potentiels.

[4] UQAM ET SOUS FINANCEMENT

Dans ce papier (http://bit.ly/N6TGTB), on montre bien la nécessité d’améliorer la gestion des universités. En effet, on y apprend que 50 % des ressources de l’UQAM serait utilisé inutilement, et on comprendra que tout accroissement du financement de L’UQAM s’avérera une pure perte… à 50 %!!!

Dans un contexte d’endettement estudiantin, et de l’augmentation du financement des universités, une compilation obtenue par Radio-Canada montre que certains recteurs d’établissements québécois reçoivent plus d’un demi-million de dollars par année, en incluant le remboursement de frais comme les repas d’affaires ou les déplacements (http://bit.ly/Ljw1OD).

CONCLUSION : GRATUITÉ SCOLAIRE — UN BIEN SOCIAL?

— l’utopie?

Le respecté sociologue Guy Rocher, qui a été membre de la commission Parent, confiait journal « Le Devoir » que la gratuité n’a rien d’une utopie. « Il s’agit d’un choix de société qui coûterait 1 % du budget du Québec », a-t-il rappelé. Or, selon la commission Parent, la gratuité était « souhaitable à long terme »! Le rôle et la mission des universités ont été carrément perdus de vue et on ne s’est pas demandé à quoi devait servir le système d’éducation universitaire. La gratuité scolaire, l’éducation, d’abord comme vue comme un bien de société, semble être devenue une commodité. C’est, semble-t-il au cours des années 1980-2000 que ce changement philosophique de l’éducation a graduellement et progressivement changé, par l’influence de mesures de politiques publiques et économiques. C’est une vision marchande du système d’éducation qui apparaît, celle qui dit que c’est à l’individu d’assumer son investissement. C’est de la marchandisation de l’Éducation (http://bit.ly/Mha5nahttp://bit.ly/vu1ul2).

Pourtant, l’OCDE serait contre le gel des frais de scolarités au Québec, et donnerait totalement raison à tous ceux qui estiment que les hausses des droits sont raisonnables, socialement justes, et sans effet sur l’accessibilité (http://bit.ly/PVhvvq). L’accessibilité n’est pas menacée dans la mesure ou il est facile de s’endetter. Ainsi, le gouvernement du Québec met en oeuvre un ensemble de mesures pour favoriser l’accessibilité — l’endettement (http://bit.ly/RBzCY5). Force donc est de constater que plusieurs indices suggèrent que l’accessibilité à l’éducation supérieure n’est pas nécessairenebt menacée par la hausse des droits de scolarités, tant et aussi longtemps qu’il est possible pour l’étudiant de s’endetter et/ou de payer la facture globale pour s’éduquer.

Des droits de scolarité élevés ne sont pas synonymes d’inaccessibilité, en principe. Les effets de telles mesures dépassent largement la cadre scolastique pour s’étendre tant sur le tissu social que sur la participation citoyenne à la vie démocratique et publique. Ainsi, on s’éduque pour travailler, et non pour la (co)construction d’une société.

Toutefois, la relation entre la pauvreté et l’échec scolaire n’est plus à faire. Les personnes issues d’environnement socioéconomique défavorable auront internalisé les inégalités qui commencent dès la petite enfance, et que perpétuent les universités, où les expériences s’accumulent pour constituer un « habitus » qui guide de façon inconsciente les choix concernant les études. Ainsi, déjà au primaire, au secondaire et au cégep, plutôt que de « décisions rationnelles » liées aux facteurs financiers, ce sont des facteurs inconscients qui jouent. Aussi, c’est sûrement dès la petite enfance qu’il faut travailler à changer la perception qu’ont les enfants de classes défavorisées des possibilités qui s’offrent à eux (http://bit.ly/NzbRiR). En effet, certains de ces enfants auront développé une illusion d’incompétence personnelle (http://bit.ly/MhdbYu).

Ainsi, dans la tranche des revenus familiaux entre 5000 $ et 25 000 $, 39 % des jeunes en Ontario vont à l’université contre 18 % au Québec. Entre 25 000 $ et 50 000 $, 34 % des jeunes en Ontario fréquentent l’université contre 20 % au Québec. De 50 000 $ à 75 000 $, les étudiants universitaires sont 43 % en Ontario et 28 % au Québec. Et même au-dessus de 100 000 $ de revenu parental, l’Ontario domine avec 62 % d’étudiants contre 55 % au Québec (http://bit.ly/RDHMix). Mais pourquoi donc les jeunes Québécois fréquentent-ils moins l’université que les jeunes du Canada anglais même lorsqu’ils sont issus de milieux favorisés? Or, une montagne de preuves empiriques donne à conclure que les obstacles financiers empêchent rarement les jeunes les Canadiens de poursuivre une éducation postsecondaire. En fait, selon ces preuves, quel que soit le niveau de revenu, un enfant est considérablement plus susceptible de fréquenter l’université si leurs parents l’ont fait. En bref se sont des facteurs « culturels » semblent dominer les facteurs financiers lors de détermination de poursuivre des études postsecondaires, en particulier l’Université (http://bit.ly/RDKTHl).

Il y a donc un écrémage des enfants issues de conditions socio-économiques défavorables et peu se rendent jusqu’à l’Université. D’ailleurs, le maintien de frais de scolarité bas ne s’est certainement pas traduit par une augmentation de diplômés universitaires.

En 2006, 55 % des Canadiens de 25 à 34 ans avaient terminé un programme d’études postsecondaires par rapport à une moyenne de 33 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Cependant, certains groupes démographiques au pays affichent toujours une participation postsecondaire faible, y compris les étudiants autochtones, de familles à faible revenu, et de familles sans antécédents d’études supérieures. Les taux de participation universitaire sont également tributaires de l’éducation des parents. Les étudiants de familles sans antécédents d’études postsecondaires, aussi appelés « étudiants de première génération », sont moins portés que leurs pairs à poursuivre des études postsecondaires (http://bit.ly/Lcb30nhttp://bit.ly/LMm0oC).

— accessibilité et financement

Et qui paiera (et s’endettera) donc pour la hausse des droits de scolarité au Québec : la classe moyenne. On demande ainsi aux étudiants de payer leurs justes part. Or, tous les programmes ne se valent pas, mais ils coûtent tous le même prix; une hausse massive est relativement injuste selon le programme que l’étudiant a choisi. Mais quelle est donc la « juste part » en regard à la responsabilité sociale des citoyens corporatifs envers le financement de l’éducation? Pour certains, les universités sont devenues, à toutes fins utiles, des usines à diplômes destinés au marché du travail. L’acquisition, le développement, le partage de connaissances sont relégués à une considération de voie de garage. L’université trouve donc sa finalité à servir le marché du travail et l’économie de marché.

En fait, les universités du Québec reçoivent beaucoup d’argent, elles souffrent plutôt d’un « malfinancement », c’est-à-dire d’une mauvaise répartition des ressources. En fait, la hausse des frais de scolarité et la reconversion commerciale des universités réduisent l’éducation pour en faire une marchandise à viser essentiellement pragmatique, de plus en plus coûteuse, mais de moins en moins riche en contenu. La hausse des frais de scolarité sert à changer la façon dont on finance l’éducation, en priorisant un modèle de financement privé fondé sur l’endettement personnel face au principe du financement public. à l’université, ce sont les dépenses de gestion qui explosent, et elles risquent d’augmenter plus encore dans les années à venir. La masse estudiantine de la classe moyenne n’ayant pas accès aux mesures de compensation (bourses) se retrouvera tôt ou tard avec une dette de plusieurs dizaines de milliers de dollars. S’il y avait volonté politique, la gratuité scolaire pourrait être instaurée sans trop de difficultés à tous les niveaux d’enseignement (http://bit.ly/vu1ul2).

Or, le secteur privé de l’éducation au Québec joui t-il d’un avantage déloyal parce qu’il est subventionné par les deniers de l’état. Pourtant, l’OCDE suggère aux gouvernements d’éviter de subventionner le privé et de mettre en oeuvre des mesures incitatives financières pourraient encourager les meilleures écoles à prendre les élèves en difficulté. En outre, les experts croient que le décrochage scolaire pourrait être évité si on visait à mieux intégrer les immigrants et les minorités. Ils recommandent que soient renforcés les liens entre l’école et la famille pour aider les parents des milieux défavorisés à aider leurs enfants à apprendre (http://bit.ly/LMlLtQ).

— démocratisation de l’enseignement supérieur

La démocratisation de l’éducation supérieure, la recherche fondamentale et la recherche appliquée ont tous leurs propres besoins et nécessités. Ces trois domaines peuvent tous aspirer à l’excellence. De la recherche un transfert de connaissance à la masse (démocratisation). Ainsi donc, le problème du financement de l’éducation supérieur comporte une sorte de dualité, d’une part, les nécessités de la recherche (surtout appliqué puisque l’on délaisse la recherche fondamentale) et du transfert de connaissance, et d’autre part, les nécessités de la démocratisation de l’enseignement supérieur. La recherche à besoins d’argents alors que la démocratisation à besoins de la multitude d’approches pédagogiques (http://bit.ly/PvhoZS), d’approches métacognitives, ainsi que d’encadrements pédagogiques (étudiants universitaires recrutés mal préparés, « manquants de repères et désorienté » et souvent sans projet professionnel précis et des services aux étudiants plutôt rudimentaires), etc.

On dit que les universités sont en concurrence et c’est là peut-être négliger la nécessité de la diversité et c’est là une vision réductrice de l’enseignement supérieur.

NOTES

1. Les interactions, la coopération, la collaboration entre pairs ne se limitent pas strictement aux formules d’apprentissage coopératif ou collaboratif. Or, dans un contexte ou le phénomène, de la violence psychologique et morale prend de plus en plus d’ampleurs, on pourra se demander si la dégradation des interactions sociales n’entrave pas certains processus d’apprentissages essentiels.

2. On sait que les entreprises paient déjà des impôts, mais devraient-elles payer pour les travailleurs qualifiés une redevance spécifique à cet effet à la société qui l’héberge. Or, malgré la mise en place de mesures fiscales préférentielles, le poids global de l’imposition des sociétés a considérablement augmenté au cours des dernières décennies au Québec. Les sociétés québécoises, en somme, contribuent plus que jamais aux finances publiques (http://bit.ly/Pv0eLN, p. 39). Il semblerait donc qu’il se pourrait que taxer lourdement le capital humain mine la compétitivité des entreprises de l’économie du savoir. Or, puisque cette économie est fondée sur le savoir, ne devrait-elle pas financer sa juste part? On sait d’ailleurs que les meilleurs candidats, et les plus attrayants sont ceux qui ont développé certaines cultures personnelles. Des taux de réussite élevés à l’université illustrent la capacité d’un pays de se doter d’une main-d’oeuvre hautement qualifiée. Il faut, pour accroître les taux d’admission et de réussite, mettre en place un système d’enseignement supérieur efficient et souple. Le coût et la durée des études, ainsi que l’absence de passerelles entre l’université et le monde du travail, peuvent inciter les étudiants à abandonner leurs études avant d’avoir obtenu leur diplôme pour entrer sur le marché du travail.

3. Pour faire peur, on aime d’ailleurs souvent faire l’association entre gratuités scolaires et l’enrôlement obligatoire dans l’armée lorsqu’il est question du système d’éducation des Finlandais. Or, à priori, rien n’oblige à de telles nécessités pour la gratuité scolaire.

4. On dit que la « liberté académique » pour les professeurs et l’« autonomie de gestion » pour les directions sont universellement reconnues comme conditions nécessaires à la réalisation optimale de sa mission (http://bit.ly/LjBkJd).

RÉFÉRENCES

— papier

— web

Regards sur l’éducation : Panorama [OCDE] — http://bit.ly/LjC9Si

Delâge, Denys (1997). « Une université victime du clientélisme? », Université Laval, http://bit.ly/LI7pi2, consulté le 13 juin 2012.

Finnie, Ross et Qiu, Hanqing (Theresa). 2008. Résultats des données de l’EJET-B sur les tendances de la persévérance au niveau postsecondaire au Canada. Document de travail du projet MEAFE (www.mesaproject.org).

Finnie, Ross et Qiu, Hanqing (Theresa). 2009. Moving Through, Moving On: Persistence in Postsecondary Education in Atlantic Canada – Evidence from the PSIS. Ottawa : Statistique Canada. Center for Education Statistics.

Finnie, R., Childs, S., et Wismer, A. 2011. Access to Postsecondary Education: How Ontario Compares. Toronto : Higher Education Quality Council of Ontario.

Martin, Eric et Tremblay-Pepin (Simon). 2012. Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité? (http://bit.ly/l77D56), Institut de recherche et d’informations socio-économiques.

Gagné (Gilles). 2012. Les revenus des universités selon la Conférence des recteurs (http://bit.ly/M5iAOC), Institut de recherche et d’informations socio-économiques

— –

université|university, enseignement supérieur|higher education; démocratisation de l’enseignement supérieur, démocratisation des universités; critique des palmarès; caractéristiques des universités; financement/Revenus des universités; orientation/cheminement scolaire; taux admission/diplomation/fréquentation (CÉGEP, UNIVERSITÉS); taux de persévérance à un cours; taux de persévérance à une session; taux de persévérance pour un diplôme; pluralité des profils d’apprentissages et des méthodes d’apprentissages;social impact of higher education;universities income;