Les gens plus intelligents font plus confiance

Tant le vocabulaire que la compréhension des questions ont été positivement corrélés à la confiance en général ou à la “confiance généralisée” (generalized trust). Ainsi, ceux qui ont obtenu les scores de vocabulaire les plus élevés étaient 34 % plus susceptibles de faire confiance à d’autres que ceux qui ont obtenu les scores les plus faibles, et une personne qui avait une bonne « compréhension perçue » (perceived understanding) des questions de l’enquête était 11 % plus susceptible de faire confiance aux autres que quelqu’un avec une compréhension perçue pauvre. La corrélation est restée forte, même lorsque les chercheurs ont effectué un contrôle en fonction de classe socio-économique.

Cette étude, aussi, a montré une corrélation entre la confiance, la santé et le bonheur auto-déclarée. Les personnes confiantes étaient 6 pour cent plus susceptibles de dire qu’ils étaient « très heureux », et 7 pour cent plus susceptibles de se déclarer en bonne ou en excellente santé.

La confiance généralisée réfère à la confiance qu’entretient une personne avec les autres membres de sa société; notamment, il peut être distingué de la confiance particularisée (particularized trust), qui correspond essentiellement à la confiance que l’on entretient avec la famille et les amis proches. Une vaste littérature empirique a établi que la confiance généralisée est un aspect important de la culture civique. La confiance généralisée a été liée à une variété d’aboutissements positifs chez l’individu, tel que l’entrepreneuriat, le bénévolat, la santé auto-évalué, et le bonheur. Cependant, deux récentes études ont montré qu’elle est fortement corrélée à l’intelligence, ce qui soulève la possibilité que les autres relations dans lesquelles la confiance généralisée a été impliquée s’avèrent être fausses.

L’étude reproduit l’association entre l’intelligence et la confiance généralisée au sein d’un grand échantillon représentatif à l’échelle nationale des adultes américains. Nous montrons aussi que, après l’ajustement en fonction de l’intelligence, la confiance généralisée continue d’être fortement associée, à la fois, à l’auto-évaluation de la santé et au bonheur. Dans le contexte de variation importante entre les pays, ces résultats renforcent l’idée que la confiance généralisée est une ressource sociale précieuse, non seulement pour l’individu, mais pour la société en général ainsi.

Certaines recherches ont montré, par exemple, que les pays, dont les citoyens, se font le plus confiance les uns les autres, ainsi qu’aux institutions publiques, sont plus efficaces et affichent des taux plus élevés de croissance économique. En outre, des recherches ont révélé que les personnes qui mettent une plus grande confiance en leurs concitoyens sont plus susceptibles de démarrer une entreprise, d’effectuer plus fréquemment un travail bénévole, d’être en meilleure santé physique et de prétendant être plus heureuses dans l’ensemble de leurs vies. Les études sur la confiance généralisée ont donc des implications plus profondes pour la politique publique, et s’avèrent d’un intérêt scientifique intrinsèque.

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Étude complète : http://bit.ly/1gFNw9K

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Comment l’enseignement de la gratitude, à l’école, rend les enfants plus heureux!

Avec les compressions budgétaires et l’intensification des exigences de performance sur les enseignants, et autres membres du personnel de l’école, comment les écoles peuvent-elles renforcer les connexions entre les élèves et leurs enseignants, les écoles et les communautés?

Ainsi, à l’approche de l’Action de grâces, les enfants, à l’école, sont souvent amenés au contact de, et a pensé à, la notion de gratitude. Or, la gratitude relève du lien de reconnaissance envers quelqu’un dont on est l’obligé à l’occasion d’un bienfait reçu ou d’un service rendu. Il relève également du sentiment de reconnaissance et d’affection envers quelqu’un. La reconnaissance montre comment établir des relations positives et un sentiment d’attachement avec l’école pouvant ainsi aider à transformer les jeunes, les professeurs, l’école, et le système de l’éducation.

Ainsi, peut-être qu’à cette occasion, les enfants feront un papier en forme de dinde (turkey handprint) et écriront-ils un remerciement pour chaque plume, ou une quelconque activité du genre. Bien sûr, c’est un exercice relativement agréable pour la progéniture, mais le fait de faire preuve de gratitude peut-il vraiment faire une différence pour les enfants?

Froh et Bono (2012) constatent que certaines recherches antérieures montrent clairement que c’est le cas. La pratique de la gratitude augmente les émotions positives et améliore l’optimisme des élèves, et diminue ainsi leurs émotions négatives et certains symptômes physiques, et les fait se sentir plus connecté et plus satisfait de l’école et de la vie en général. Or, la plupart de ces études ont été réalisées avec des étudiants de la classe moyenne supérieure qui fréquentent le lycée (primaire) ou le collège.

Les résultats permettent de soulever une question: est-ce que ces résultats demeurent vrais pour d’autres types d’étudiants, en particulier les enfants plus jeunes et les enfants en situations à haut risque? Deux nouvelles études montrent que la gratitude est associée à de réels effets positifs, et ce, dans la vie de ce types d’enfants — et suffisamment pour suggérer qu’elle devrait être une priorité pour les étudiants, et ce, tout au long de l’année.

Jeffrey Froh est un pionnier de la recherche de la gratitude chez les jeunes enfants. Froh et ses collègues ont donc testé un nouveau type de programme (ou curriculum) de gratitude pour les enfants du primaire (âgés de 8 à 11), le plus jeune étudié jusqu’à présent. Premièrement, les enfants ont appris les trois types d’évaluation qui nous font sentir reconnaissants : que quelqu’un a intentionnellement fait quelque chose de bénéfique pour nous; que de fournir un bénéfice comporte un cout pour eux; que le bénéfice à de la valeur pour nous.

Après une semaine de leçons quotidiennes d’une demi-heure, les étudiants ont montré une augmentation significative de la pensée de la gratitude et de l’humeur de la gratitude (grateful thinking and grateful mood) ce qui signifie que les leçons ont produit un effet significatif. Aussi, lorsque tous les enfants ont eu la chance d’écrire une note de remerciements à la ??? (PTA) après une présentation, les élèves ont écrit 80 pour cent plus de notes que les enfants qui n’ont pas reçu de leçons, montrant ainsi que leur l’accroissement de la gratitude se traduit effectivement dans des comportements de gratitudes (grateful behavior).

Dans la seconde partie de l’étude, les chercheurs ont étalonné le programme sur cinq semaines, une leçon par semaine. Les résultats des élèves ont été testés juste après la fin du programme, puis ensuite plusieurs fois, et ce jusqu’à cinq mois plus tard. Par rapport aux enfants qui n’ont pas eu les leçons de gratitude, les enfants ont montré une augmentation constante au fil du temps de la pensée de gratitudes, de la gratitude elle-même, ainsi que des émotions positives. En fait, les différences entre les deux groupes étaient la plus élevées cinq mois après la fin du programme, ce qui indique que les leçons de gratitude ont eu des effets positifs durables.

Dans l’ensemble, cette étude suggère que même les jeunes élèves peuvent apprendre à regarder le monde à travers les yeux de la gratitude et qu’ils peuvent devenir non seulement plus reconnaissants, mais également plus heureux.

Dans une autre étude récente, Mindy Ma et ses collègues ont étudié la gratitude d’un genre de population très différent que celles utilisées dans les études précédentes sur la gratitude chez les jeunes : les adolescents afro-américains (12 -14 ans) à faible revenu, des écoles urbaines sous-performantes.

Les scientifiques cherchaient savoir si, dans ce genre d’environnement à haut risque, la gratitude pourrait aider à protéger les enfants contre les contraintes auxquels ils sont confrontés, et ce, à la maison comme à l’école. Les chercheurs ont donc interrogé près de 400 élèves de trois collèges différents pour savoir s’ils se ressentaient de la gratitude en réponse aux choses que d’autres font et qui leur bénéficie (les chercheurs l’appellent la gratitude « morale-affect »; « moral-affect » gratitude) ou s’ils ont tendance à se concentrer sur les aspects positifs dans nos vies et le monde (appelés « orientation de la vie » de la gratitude; « life-orientation » gratitude).

Les chercheurs ont constaté que ceux qui étaient plus susceptibles de sentir de la gratitude pour les autres ont également montré un plus grand intérêt académique, obtenu de meilleures notes, et ont une plus grande implication parascolaire; ceux qui ont apprécié en général les aspects positifs ont obtenu des scores plus faibles sur les comportements à risque comme la toxicomanie et l’usage de drogues, ainsi que les attitudes et les activités sexuelles. Un facteur, les relations familiales positives, a été associée aux deux types de gratitude. En d’autres termes, au moins pour ce groupe d’étudiants, la gratitude morale-affect (morale-affect gratitude) semblait améliorer les conditions positives de leur vie, alors que l’orientation de la vie de la gratitude (life-orientation gratitude) semblait tampon contre certains pièges communs de haut risque.

On peut noter, cependant, que cette étude n’a pas pu déterminer si la gratitude a effectivement causé ces aboutissements positifs (ou vice versa). Mais cette étude montre une avenue prometteuse que la gratitude peut jouer un rôle essentiel dans la protection des adolescents à risque des difficultés dans leur vie, peut-être en favorisant une plus grande ouverture d’esprit et en constituant un certain renforcement de leurs ressources personnelles et de leurs habiletés et capacités d’adaptation.

D’autres études à l’avenir devraient inclure des expériences avec ce type de programmes — comme peut-être le nouveau programme de Froh pour ainsi évaluer les effets de l’enseignement de la gratitude chez les populations à risque. Ce qui pourrait nous donner à tous quelque chose de plus à célébrer le jour de l’Action de grâces!

Bien que le domaine de l’étude de la gratitude demeure encore jeune et relativement nouveau, nous sommes déjà en train d’apprendre [et de comprendre] que la gratitude fait plus que simplement produire des enfants qui se sentent bien; il améliore également l’humeur, la santé mentale, et la satisfaction de la vie, et il peut relancer un engagement plus volontariste dans la vie à un moment critique de leur développement, lorsque leur identité prend forme.

Par exemple, une étude de Froh et Bono montre que les adolescents qui avaient des niveaux élevés de gratitude lorsqu’ils entraient au secondaire avaient moins d’émotions négatives, moins de dépression et plus d’émotions positives, une meilleure satisfaction de la vie, plus de bonheur, et ce, quatre ans plus tard quand lorsqu’ils terminent leurs études secondaires. Ils ont également plus d’espoir et un sentiment de sens dans leur vie. Une autre étude, qui a fait le suivi d’étudiants pendant plus de six mois, montre que sentiment de gratitudes motive les adolescents à aider les autres (altruisme) et à utiliser leurs forces pour contribuer à la société.

Aussi, une étude de Froh et Bono sur la visite de gratitude (gratitude visit) nous avons constaté que les élèves qui ont commencé l’étude avec un bas niveau d’émotions positives ont rapporté plus de gratitudes et plus d’émotions positives immédiatement après l’étude, et plus d’émotions positives deux mois plus tard, par rapport aux étudiants qui n’ont pas reçu de visite de gratitude. La visite de gratitude (gratitude visit), dans lesquels l’élève écrit une lettre à quelqu’un qui les avait aidés, mais qu’ils n’avaient jamais bien remercier; les élèves ont fait lecture de leur lettre à cette personne qui les avaient aidés, puis plus tard, ils ont discuté de leur expérience avec d’autres pairs qui avaient également terminé une visite de gratitude.

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Sources

Froh, J., Bono, G. (2012). “How to foster gratitude in Schools”, Greater School, 19 november 2012, The Greater Good Science CenterUniversity of California, Berkeley, http://bit.ly/1kgBJTf.

Ma, M., Kibler, J. L., & Sly, K. (2013). Gratitude is associated with greater levels of protective factors and lower levels of risks in African American adolescents. Journal of adolescence, 36(5), 983-991, http://bit.ly/1kAOns6.

Froh, J. « Gratitude Lesson Plans », http://bit.ly/OotcyB.

Campbell, E. (2013). “How Teaching Gratitude In School Makes Kids Happier“, TheHuffingtonPost.com, 11 december 2013, http://huff.to/1e3Edl9.

APA (2012). “Growing Up Grateful Gives Teens Multiple Mental Health Benefits, New Research Shows”, American Psychological Association, 5 august 2012, http://bit.ly/PCzFXY, presentation “Searching for the Developmental Role of Gratitude: A 4-year Longitudinal Analysis” at Orange County Convention Center on august 5 2012.

Froh, J. J., Bono, G., & Emmons, R. (2010). Being grateful is beyond good manners: Gratitude and motivation to contribute to society among early adolescents. Motivation and Emotion, 34(2), 144-157, http://bit.ly/1spQVP2.

American Psychological Association (APA). (2012, August 6). “Growing up grateful gives teens multiple mental health benefits“, ScienceDaily, http://bit.ly/1fZ3eJx.
Froh, J. J., Kashdan, T. B., Ozimkowski, K. M., & Miller, N. (2009). Who benefits the most from a gratitude intervention in children and adolescents? Examining positive affect as a moderator. The Journal of Positive Psychology, 4(5), 408-422.

Références

Froh, J., & Bono, G. (2014). “Making Grateful Kids: The Science of Building Character”, Templeton Foundation Press.

L’usage des antidépresseurs toujours en hausse dans les pays riches

Selon l’OCDE, le taux d’augmentation des prescriptions ne correspond pas à l’augmentation globale des diagnostics, entrainant ainsi des inquiétudes chez les professionnels de la santé quant à l’utilisation excessive ou la sur-utilisation de médicaments.

L’usage d’antidépresseurs a ainsi bondi à travers le pays riche au cours de la dernière décennie, selon l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OCDE), soulevant des inquiétudes chez les médecins selon laquelle il y aurait une sur-prescription de « pilules ».

Les chiffres montrent que dans certains pays les médecins sont en train d’écrire des ordonnances pour plus d’un adulte sur 10, avec l’Islande, l’Australie, le Canada et les autres pays nordiques européens en tête.

D’autres données, provenant des États-Unis celles-là, montrent que plus de 10 % des adultes américains utilisent le médicament contre la dépression. En Chine, le marché des antidépresseurs a augmenté d’environ 20 % pour chacune des trois dernières années, mais à partir d’une base plus faible.

Toutefois, le taux global de dépression n’a pas augmenté dans la même mesure, même si plus de gens sont diagnostiqués dans certains pays.

Dans son rapport « Health at a glace » (http://bit.ly/19KOcmN ; Panorama de la sante 2013 – http://bit.ly/LCogoJ), l’OCDE a déclaré que la hausse des niveaux de consommation pourrait s’expliquer par l’utilisation des antidépresseurs pour les cas légers de dépression. Toujours selon l’OCDE, la crise financière pourrait avoir été un facteur contribuant à la plus récente augmentation de l’usage, notamment pour l’Espagne et le Portugal, par exemple,ou les prescriptions d’antidépresseurs ont fait un bond de plus de 20 % au cours des cinq dernières années.

La plupart des psychiatres s’accordent à dire que les antidépresseurs fonctionnent mieux pour les personnes atteintes d’une maladie grave, mais ne sont pas censés être comme premier recours pour les personnes souffrant de dépression légère. Nous savons également que les antidépresseurs fonctionnent pour dépression modérée à sévère. La consultation et les thérapies par la parole, comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), sont reconnus comme tout aussi efficace sur le long terme. Mais les psychothérapies sont une « denrée » rare dans de nombreux pays. Ainsi, on pourrait supposer que l’explosion de l’usage d’antidépresseurs que l’on constate actuellement dans la plupart des pays reflète le fait que beaucoup de personnes souffrant de dépression modérée à sévère reçoivent un traitement — et que ce serait une bonne chose.

Cependant, le point négatif, c’est que beaucoup de personnes reçoivent des antidépresseurs alors qu’ils ne devraient pas en obtenir. Les médecins et les fournisseurs de soins de santé doivent être en mesure de reconnaître correctement la dépression afin que ceux qui ont réellement besoin d’antidépresseurs en reçoivent et que les cas bénins ne devraient pas se voir attribuer une prescription. Or, la plupart des experts s’entendent pour dire que les antidépresseurs sont sur-prescrits pour certaines personnes, mais sous-utilisés pour d’autres.

Les antidépresseurs sont largement sur-prescrits pour se débarrasser du chagrin et de la peine. Ces médicaments n’ont pas été conçus pour cet usage. Le chagrin et la peine font partie de la condition humaine. Mais la vraie dépression clinique, elle, répond aux antidépresseurs. Et ne pas prescrire dans ces cas relève à condamner inutilement l’individu à vivre la maladie beaucoup plus longtemps. Certains cliniciens croient que l’augmentation des prescriptions d’antidépresseur est le résultat d’une meilleure reconnaissance de la dépression, et ce, dans de nombreux pays. Or, il est toutefois beaucoup plus probable que cela relève d’un résultat de la commercialisation efficace de l’industrie pharmaceutique.

La flambée de l’utilisation des antidépresseurs relève de la pression croissante à la médicalisation du malheur (du chagrin et de la peine), qui se justifierait par le manque de ressources et de temps ainsi qu’à la faible disponibilité d’autres traitements thérapeutique entrainant ainsi les médecins à faire un sur-usage de prescriptions. Nous médicalisons les situations les plus courantes : conflit, séparation, vicissitudes de l’existence. Ils seraient prescrits trop facilement. Si vous prenez un antidépresseur et que cela ne fonctionne pas, vous ne pensez pas que c’est parce que vous pourriez ne pas être déprimé, mais que vous devez prendre un plus fort.

Dans une étude de la WHO en 2011 (Bromet, 2011), à l’échelle plantaire, les femmes étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir des périodes de dépression que les hommes. De plus, aux États-Unis et en Europe occidentale, le taux de dépression est plus élevé chez les personnes plus jeunes.

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La croissance des dépenses pharmaceutiques s’est ralentie dans de nombreux pays de l’OCDE ces dernières années. Pourtant, le Canada se hisse au troisième rang des pays où l’on consomme le plus d’antidépresseurs, selon les plus récentes statistiques de l’OCDE. Depuis le début du millénaire, parmi les 21 pays recensés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), seules l’Islande et l’Australie devancent le Canada au chapitre de la consommation de médicaments contre la dépression. On note également que la consommation d’antidépresseurs augmente tandis que le nombre de personnes atteintes de dépression reste stable.

L’augmentation de l’utilisation des antidépresseurs peut aussi être partiellement expliquée par le sentiment d’insécurité provoqué de la crise économique (Gili et al., 2012). La crise financière est considérée comme un facteur évident d’augmentation de la consommation d’antidépresseurs. Pourtant, par exemple en France – qui pointe au 13e rang mondial, loin derrière l’Islande, l’Australie et le Canada -, la crise économique persistante n’a toutefois pas d’impact sur l’accroissement de la consommation d’antidépresseurs.

Or, la consommation moyenne d’antidépresseurs dans les 23 pays membres de l’OCDE est ainsi de 56 cachets par… jour pour 1 000 habitants. Avec 86 “pilules du bonheur” –  l’Islande (106) et l’Australie (89) -, le Canada se hisse donc au troisième rang des consommateurs d’antidépresseurs. Mais l’un des bonds les plus importants a été enregistré en… Allemagne (+ 46 % entre 2007 et 2011), un pays pourtant montré en exemple pour sa bonne santé économique.

Toujours selon le rapport,  l’explosion du nombre de travailleurs pauvres, la proportion toujours plus importante de salariés cumulant plusieurs emplois pour boucler leurs fins de mois et la pression accrue sur les lieux de travail expliquent en partie cette “anormalie”. L’OCDE explique aussi la hausse de la consommation de psychotropes relève entre autre de l’accroissement de l’intensité et de la durée des traitements parmi les facteurs qui peuvent expliquer la hausse générale de la consommation d’antidépresseurs (or pourtant, une étude de l’ISQ constate que les québécois se conforme peu à leur traitement médicamenteux). En Angleterre, par exemple, la hausse de la consommation est liée à un allongement du traitement médicamenteux (Moore et al., 2009). La hausse de consommation peut aussi s’expliquer par l’extension des indications de certains antidépresseurs à des formes plus légères de dépression, à l’anxiété généralisée ou à la phobie sociale (Hollingworth et al., 2010 ; Mercier et al., 2011) ; Ces extensions ont fait l’objet de réserves quant à leur pertinence. On cite également à titre de cause possible, une plus grande prise de conscience du phénomène de la dépression, une évolution de l’acceptabilité sociale et la volonté d’obtenir un traitement lors des épisodes de dépression, jouent un rôle dans la hausse de la consommation.

Semble-t-il, les médecins n’hésitent plus en outre à prescrire des médicaments pour des patients souffrant de symptômes légers. Ces derniers, en nombre croissant, se rendent également chez les généralistes pour demander de l’aide quand leur moral retombe un peu, ce qui n’était pas forcément vrai il y a quelques années de cela [et serait également lié par l’extension des indications des médicaments].

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SOURCES

Boseley, S., Editor, H., Chalabi, M., & Rice-Oxley, M. (2013, November 20). “Antidepressant use on the rise in rich countries, OECD finds“, the Guardian. Retrieved November 25, 2013, from http://www.theguardian.com/society/2013/nov/20/antidepressant-use-rise-world-oecd

Rice-Oxley, M., & Fishwick, C. (2013, November 21). “Medicalisation of misery to blame for soaring use of antidepressants, say GPs“, the Guardian. Retrieved November 25, 2013, from http://www.theguardian.com/society/2013/nov/21/prescribing-culture-blame-rise-antidepressants

LePoint.fr (2013). “Les Français ne sont pas si accros que cela aux antidépresseurs“, 22 novembre 2013, http://bit.ly/LPqbHo

OCDE (2013), “Panorama de la santé 2013 : Les indicateurs de l’OCDE“, Éditions OCDE, http://dx.doi.org/10.1787/health_glance-2013-fr

Bromet, Evelyn, et al. “Cross-national epidemiology of DSM-IV major depressive episode.” BMC medicine 9.1 (2011): 90.