Le risque iatrogène est souvent sous-évalué et entraîne des couts indus au système de santé et des problèmes de santé indésirables chez les patients

Le terme « iatrogène » est relatif à un effet indésirable provoqué par un médecin ou un traitement médical. Ainsi, l’hospitalisation due à une maladie ou un dérangement iatrogène font-ils l’objet de sanctions envers le médecin prescripteur?

La « iatrogénèse » relève de l’ensemble des conséquences néfastes sur l’état de santé individuel ou collectif de tout acte ou mesure pratiquée ou prescrite par un professionnel de santé habilité et qui vise à préserver, améliorer ou rétablir la santé.

La notion est donc très générale, qualifiant un trouble ou un effet non souhaitable consécutif : à l’intervention d’un médecin ou autre professionnel de la santé qu’il y ait ou non erreur de traitement; ou à l’utilisation d’un médicament, qu’elle corresponde ou non à son indication habituelle.

Il y a donc surmultiplication de conséquences néfastes à partir d’une seule entrevue chez un professionnel de la santé visant originellement à résoudre une problématique de santé. Il y a également surmultiplication d’entrevues médicales comme suite aux conséquences néfastes et indésirables d’une médication. Cela entraîne une surcharge de système de santé et de couts afférents aux risques « iatrogène » inutiles qui pourraient être évités.

Rappelons qu’une maladie, un état, un effet secondaire, etc. sont iatrogènes lorsqu’ils sont occasionnés par un traitement médical. En grec, le mot signifie littéralement « provoquer par le médecin » (iatros : médecin; génès : qui est engendré), ou par d’autres professionnels de la santé, par exemple par un pharmacien, ou un dentiste.

Lorsque le patient est ignoré, cela engendre une crainte ou une anxiété et une perte de confiance aux professionnels de la santé. Il peut donc également ignorer les ordonnances.

La iatrogénèse (auparavant nommée iatrogénie) médicamenteuse s’avère particulièrement courante dans le domaine de la maladie mentale et de la santé mentale. Tout médicament a des effets bénéfiques, mais aussi des effets indésirables. Ils peuvent provenir du médicament lui-même, de son association avec un autre médicament, de son incompatibilité avec le malade ou d’une erreur de prise.

La réduction du risque iatrogène doit être définie comme une priorité dans la réduction des coûts du système de santé. Elle peut même entraîner le décès ou l’hospitalisation du patient. Les personnes vulnérables et les personnes agées seraient plus a risque d’une iatrogénie médicamenteuse.

Au niveau du particulier, il faut respecter l’ordonnance à la lettre (horaires de prise, dosage, durée du traitement) et informer tous les médecins consultés des médicaments que l’on prend. Mais cette approche est souvent insuffisante, car par exemple le médecin à l’origine de la prescription n’est pas toujours informé des autres médicaments pris par le patient, ni des nombreuses interactions entre les médicaments. Le pharmacien qui connaît son patient et ses habitudes en matière de médicaments, ou qui constate que des médicaments sur une ou plusieurs ordonnances sont incompatibles entre eux, peut jouer un rôle considérable pour éviter de telles interactions néfastes entre médicaments.

Or, une approche systémique s’avère nécessaire. En effet, il est nécessaire d’appréhender la question sous l’angle systémique, car on imputerait, à l’hôpital, plus de 80 % des causes profondes des événements indésirables à l’organisation hospitalière. Dans tous les cas, tous les professionnels de la santé qui prescrivent des médicaments se doivent d’être au courant de l’historique des ordonnances, puisque la prescription est un acte en lui même, qui entraîne des couts.

La iatrogénèse reste en grande partie évitable et la maîtrise du risque s’inscrit à la fois dans le domaine de la qualité des soins et dans celui de la sécurité des soins de santé.

Le secret de la créativité, de l’intelligence et de la pensée scientifique

La recherche montre que la créativité et l’intelligence sont liées aux connexions physiques au sein de notre cerveau. Voici comment relier les points.

Il y a une différence essentielle entre la connaissance et l’expérience et cela serait le mieux décrit ainsi :

knowledge.connection

L’image élaborer par le dessinateur Hugh MacLeod réussi de manière brillante à exprimer un concept qui ne s’avère pas souvent facile à saisir.

L’image établit clairement son point — que la connaissance seule n’est utile que si nous pouvons en faire des liens avec ce que nous savons. Que vous utilisiez ou non les termes « connaissances » et « expérience » pour expliquer la différence, le concept lui-même est solide. [Or, selon moi, il existe une troisième dimension, celle de l’intuition; une connaissance immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement ou une faculté qui permet de prévoir, de deviner. Ainsi a priori, il n’y a pas de connexion préétablie].

Beaucoup de grands écrivains, dartistes et de scientifiques ont discuté de l’importance de la collecte d’idées et de morceaux de connaissances (ici assimilé à des « points »)qui pullulent dans le monde qui nous entoure pour établir des liens entre ces « points » afin d’alimenter la pensée créatrice ainsi que les nouvelles idées.

Il s’agit d’un sujet d’inspiration vraiment amusant à lire, et donc voici quelques citations et conseils depenseurs créatifs concernant l’importance d’effectuer des connexions dans votre cerveau.

Mais avant de commencer, toutefois, analysons une recherche qui montre que l’intelligence est étroitement liée aux connexions physiques dans notre cerveau.

Intelligence et connexions: pourquoi votre cerveau a besoin de bien communiquer avec elle-même

Une recherche du « California Institute of Technology[2] » a montré que l’intelligence est quelque chose qui se retrouve dans tout le cerveau, plutôt que dans une région spécifique : les chercheurs ont découvert qu’au lieu de résider au sein d’une structure unique, l’intelligence générale est déterminée par un réseau de régions sur les deux côtés du cerveau.

L’un des chercheurs de cette recherche a expliqué que l’étude a montré que le cerveau travaille tel un système distribué. Ainsi, plusieurs régions du cerveau, et les liens entre eux (connexions)s’avèrent ce qui était le plus important pour l’intelligence générale.

L’étude soutient également une théorie existante concernant l’intelligence dictant que l’intelligence générale est fondée sur la capacité du cerveau à se rassembler et intégrer différents types de traitement, tels que la mémoire de travail.

À l’Université de Washington[3], une étude de recherche a constaté que la connectivité avec une zone particulière du cortex préfrontal est en corrélation avec l’intelligence générale d’une personne.

Cette étude a montré que l’intelligence est en partie appuyée sur certaines zones du cerveau à fonctionnement de haut niveau, et en partie sur leur capacité de communication avec d’autres zones dans le cerveau.

En dehors de la connectivité physique au sein du cerveau, la capacité à faire des liens entre les idées et les connaissances que nous détenons dans nos mémoires (car on pense qu’il existe plusieurs types de mémoire rependus dans plusieurs zones du cerveau) peut ainsi nous aider à penser de manière plus créative et à produire un travail de meilleure qualité.

Les connexions sont le carburant de la créativité : rien n’est vraiment original!

Steve Jobs est une personne toute désigner chaque fois qu’il est question de faire référence à la créativité ou à l’innovation, et il n’est donc pas surprenant de remarquer qu’il a déjà parlé de l’établissement de connexions. Cette grande citation est tirée d’une entrevue dans la revue Wired en 1996 : la créativité relève seulementde la connexion entre des éléments. Lorsque vous demandez aux gens créatifs comment ils ont réalisé une chose, ils se sentent un peu coupables, car ils ne l‘ont pas vraiment fait, ils ont seulement vu quelque chose.

Steve Jobsavait ensuite expliqué que l’expérience (comme nous l’avons vu dans l’illustration ci-haut) s’avère le secret pour être en mesure de faire des liens aussi facilement : c‘est parce qu’ils ont été en mesure de connecter les expériences qu’ils ont vécues et de synthétiser de nouvelles choses. Et la raison principale pour laquelle ils ont été en mesure de le faire, c’est qu’ils ont eu plus d’expériences, ou bien parce qu’ils ont effectué plus de réflexion sur leurs expériences, que les autres.

Maria Popova est sans doute l’un des meilleurs exemples (et promoteurs) de ce que nous appelons « créativité combinatoire » (combinatorial creativity)[4]. C’est-à-dire, la production des connexions entre les choses pour créer de nouvelles idées :… afin de vraiment pouvoir créer et de pouvoir contribuer au monde, nous devons être en mesure de « connecter » une multitude de points de connaissance, et d’effectuer une « pollinisation croisée » (cross-pollinate) d’idées d’une multitude de disciplines et de sujets, et de combiner et recombiner ces morceaux et ainsi construire de nouveaux châteaux (superstructure qui sied au-dessus d’un ensemble de choses. Selon Popova, être capable de faire lecture d’un large éventail de sujets s’avère souvent l’un des éléments les plus importants. Elle met beaucoup d’emphase sur la manière dont nos ego affectent notre volonté de construire sur ce que les autres ont élaboré avant nous :… c’est quelque chose que nous comprenons tous à un niveau intuitivement profond, mais que notre ego créatif (creative ego) ne veux plus ou moins pas vraiment à accepter : et c’est l’idée que la créativité s’avère combinatoire, et que rien n’est tout à fait original, et que tout repose sur ce qui est venu avant nous…

Popova fait usage d’une analogie avec les blocs Lego où elle compare les points de connaissances que nous détenons à des blocs de construction Lego : plus nous détenons ces blocs de construction (connaissances), plus diversifié leurs formes et leurs couleurs, plus intéressants de nos châteaux deviendra.

L’auteur Austin Kleon est quelqu’un qui vient immédiatement à l’esprit chaque fois qu’il est question de connectivité et de l’art de remixer. Kleon est l’auteur de l’ouvrage « Steal Like An Artist », un livre sur l’utilisation du travail des autres pour inspirer et informer ses propres travaux. Il débute son livre ainsi : chaque artiste se fait poser la question : « Mais où prenez-vous vos idées? ». L’artiste honnête répond, « Je les vole ».

Kleon s’avère une source d’inspiration importante, car il est tellement honnête au sujet de la manière dont le travail d’autrui est devenu une partie intégrante à son propre travail. Il est également désireux à mettre en exergue cette phrase de Maria Popova que « rien n’est vraiment original » : Chaques idées nouvelles n’est seulement qu’un « composite ou mélange » ou un remix d’une ou plusieurs autres idées précédentes.

Si vous êtes à la recherche de l’acquisition des conseils sur la création de plus de connexions entre les connaissances que vous détenez et entretenez (et ainsi recueillir encore plus de connaissances), une lecture du livre de Kleon est un excellent moyen pour débuter. Il propose certaines suggestions tel que :

  • transportez un cahier de notes ou un ordinateur portable (notebook) partout ou vous allez ;

  • lisez beaucoup ;

  • entretenez un fichier de travail (scratch file) ;

Comment la pensée scientifique relève de la capacité à produire des connexions

Lorsqu’il s’agit du domaine de la science, les connexions entre les points de connaissance semblent être tout aussi importantes. Dans l’art de l’investigation scientifique (The Art of Scientific Investigation), le professeur à l’Université de Cambridge W. I. B. Beveridge a écrit que les scientifiques qui réussissent « ont souvent été des personnes entretenant divers sujets d’intérêts », ce qui a généralement conduit à leur originalité : l’originalité consiste souvent à savoir relier des idées dont la connexion n’avait pas été soupçonnée auparavant.

Cet auteur a également suggéré que les scientifiques devraient élargir le champ de leur lecture, et ce, en dehors de leur domaine, afin d’ajouter à leurs connaissances (afin qu’ils aient plus de points de connaissances lorsque vient plus tard le temps de les connecter) : La plupart des scientifiques estiment que c’est un sévère handicap que d’enquêter sur un problème dans l’ignorance de ce qui est déjà connu sur le sujet d’enquête.

L’écrivain de science Dorian Sagan est en accord sur le fait que la science porte essentiellement sur la capacité à produire des connexions: la nature n’obéit désormais plus aux divisions « territoriales » de disciplines scientifiques académiques ou les continents apparaissent comme des espaces à être coloré afin de refléter les divisions nationales de leurs habitants humains. Pour l’auteur, les grands moments « satori », « d’épiphanies », « Eureka » ou « aha! » scientifiques s’avèrent essentiellement caractérisés par l’aptitude à savoir connecter les points de connaissances.

Ajouter à vos connaissances – le pouvoir de nouvel expériences

Commencez donc à faire plus de connexions entre les points de connaissance et faites preuve de créativité. Après tout, plus vous détenez de connaissances, plus vous serez en mesure de faire de connexions. Commencez par faire plus de lecture, élargissez vos domaines et sujets de lectures, et explorez de nouvelles possibilités pour la collecte de connaissances (par exemple, tentez de nouvelles expériences, allez à des rencontres ou entreprenez un nouveau passe-temps).

Comme le chercheur Dr Duezel l’explique si bien lorsqu’il s’agit de vivre de nouvelles expériences : « Seules les choses complètement nouvelles provoquent une forte activité dans la région mésencéphale du cerveau (midbrain area) ».

Donc, essayez quelque chose de nouveau et forcez-vous à une douce surcharge de votre cerveau pouvant ainsi apporter une spectaculaire amélioration de l’activité cervicale.

Gardez une trace de tout — en particulier dans la douche

Comme le suggère Austin Kleon, prendre un ordinateur portable (ou votre téléphone intelligent), ou un cahier de notes, partout avec vous allez et prenez des notes lorsque quelque chose vous viens à l’esprit. Ne vous attendez pas à ce que votre cerveau se souvienne de tout — donnez-lui un coup de main en notant les concepts ou idées importants que vous rencontrerez dans vos réflexions. Alors que vous faites cela, vous vous souviendrez de notes précédentes qui s’y rapportent (hey, vous faites déjà des connexions!) — et prenez également bien note de ces liens entre les points de connaissances.

Vous pouvez le faire même lorsque vous êtes sous la douche avec quelque chose comme « Acqua Notes ». La douche est un endroit particulièrement privilégié ou il a été prouvé qu’elle nous rend plus créatifs.

Révisez vos notes journalières, journalièrement — la méthode de Benjamin Franklin

La révision de vos notes peut souvent aider à vous permettre de plus facilement vous en rappeler lorsque vous en avez besoin. Lisez ce que vous avez pris en notes auparavant, et vous constaterez peut-être que depuis, vous avez ajouté plus de connaissances à votre répertoire, et que vous pouvez maintenant mieux vous connecter à vos anciennes notes!

En fait, cette habitude c’était l’un des secrets les mieux gardés de Benjamin Franklin. Chaque matin et chaque soir, il révisait sa journée en répondant à une simple question : « qu’est-je fais de bon aujourd’hui? ».

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sources

  1. http://www.fastcompany.com/3031994/the-future-of-work/the-secret-to-creativity-intelligence-and-scientific-thinking

références

  1. http://www.sciencedaily.com/releases/2010/02/100222161843.htm

  2. https://news.wustl.edu/news/Pages/24068.aspx

  3. http://en.wikipedia.org/wiki/Computational_creativity#Combinatorial_creativity

Une certaine distance face au conflit personnel peut favoriser un raisonnement sage et judicieux

Si l’on se trouve confronté à un dilemme (inter)personnel troublant, tel qu’un(e) conjoint(e) qui vous triche, vous pouvez réfléchir de manière plus judicieuse si vous le considérez comme le ferait un observateur extérieur, selon une étude.

Ces résultats sont les premiers à démontrer l’existence d’un nouveau type de biais cognitif que l’on entretient lorsqu’il s’agit du raisonnement sage et judicieux quant au dilemme concernant les relations interpersonnelles. Les chercheurs la nomment « biais du Paradox de Salomon », selon le célèbre roi qui était connu pour sa sagesse, mais qui échouait à prendre de « bonnes » décisions personnelles.

Les chercheurs de l’Université du Michigan ont demandé aux participants de l’étude, qui ont tous déclaré être dans une relation amoureuse monogame, de réfléchir sur un conflit relationnel. Ils ont été invités à vivement imaginer un scénario dans lequel leur partenaire ou le partenaire d’un ami avait été infidèle, et ont ensuite été invités à répondre à une série de questions sur ce scénario.

Les questions ont été conçues pour puiser dans les dimensions du raisonnement judicieux, comme la capacité à reconnaître les limites de ses propres connaissances, à la recherche d’un compromis, à prendre en compte les points de vue des autres, et à reconnaître les différentes manières dont le scénario pouvait se dérouler.

Les résultats des expériences indiquent que les participants qui ont été invités à raisonner sur le conflit relationnel d’un ami ont fourni des réponses plus judicieuses que ceux qui ont été invités à raisonner sur leur propre conflit relationnel.

Dans une seconde expérience, les scientifiques ont cherché à savoir si la distance personnelle (personal distance) peut faire une différence. La procédure est similaire à la première expérience, mais cette fois ils ont demandé explicitement aux participants de prendre soit une perspective à la première personne (« vous mettre dans cette situation ») ou une perspective à la troisième personne (« vous mettre dans les chaussures de votre ami ») lors du raisonnement sur le conflit.

Les résultats confirment ceux de la première expérience : les participants qui ont réfléchi à leur propre relation conflictuelle en fonction d’une perspective à la première personne ont montré un raisonnement sage moins judicieux que ceux qui ont réfléchi au conflit relationnel d’un ami.

Mais prendre le point de vue d’un étranger semblait éliminer cette distorsion : les participants qui ont pensé à leur propre relation de conflit à travers les yeux d’un ami étaient tout aussi sages que ceux qui pensaient au conflit d’un ami.

Fait intéressant; les résultats d’une troisième expérience où l’on a comparé, les données de jeunes adultes (20-40 ans) à celle d’adultes plus âgés (60-80 ans) ont indiqué que, contrairement à l’adage affirmant que la sagesse s’acquiert avec l’âge, les participants plus âgés étaient plus sages dans le raisonnement sur leur propre relation conflictuelle que leurs homologues plus jeunes.

Ensemble, ces résultats suggèrent que la distanciation face à un problème personnel en l’abordant comme un étranger peut être la clé de raisonnement sage et judicieux.

Ainsi, ces chercheurs sont les premiers à pouvoir démontrer qu’il existe un moyen simple d’éliminer ce biais dans le raisonnement en parlant de soi-même à la troisième personne et en utilisant notre nom lors de la réflexion sur un problème relationnel. Ainsi, lorsque nous employons cette stratégie, nous sommes plus susceptibles de réfléchir sagement et judicieusement sur une question, un problème ou un litige.

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source

La tablette fait son entrée à l’école … Une frénésie justifiée ?

Nous assistons actuellement à une frénésie mondiale autour de l’usage de la tablette à l’école. Selon le journal Le Monde, en matière d’équipement des écoles, les établissements américains ont déjà dépensé 5 milliards de dollars. La Grande-Bretagne, elle, a dépensé 194 millions de livres (226 millions d’euros) pour offrir 300 000 machines à ses élèves. De son côté, le District scolaire de Los Angeles, a signé un contrat de 30 millions de dollars avec Apple pour équiper 47 de ses écoles primaires d’iPad cet automne. Depuis cette rentrée scolaire, la Thaïlande a doté chaque élève d’un ordinateur à l’entrée du CP et un million d’enfants sont équipés d’une ardoise tactile qui est devenue l’instrument de base du cartable de l’écolier. Si 80 % des Français jugent l’utilisation des tablettes tactiles à l’école utile, selon le 7e baromètre trimestriel de l’économie numérique de la Chaire économique de l’université Paris-Dauphine, cette frénésie n’est-elle qu’un effet de mode ou bien la tablette doit-elle s’imposer à l’école pour devenir désormais un outil personnel d’apprentissage incontournable ? Apprend-on mieux avec une tablette ?

Des sciences cognitives à la salle de classe

Melhuish et Falloon (2010) identifient cinq affordances spécifiques ou des «avantages» liés à l’utilisation des tablettes : l’accessibilité, l’omniprésence, une pédagogie constructiviste en contexte, la connectivité, des expériences personnalisées. La tablette est un outil qui peut associer tous les médias. Pour Monique Linard, l’interactivité des multimédias favorise les médiations cognitives et offre un éventail très riche de fonctions techniques capables d’accompagner et de stimuler efficacement les nombreux aspects de l’interaction et de l’apprentissage humain, à condition de mieux comprendre cette interaction et de prendre en compte les conditions de sa réussite. De même, les professeurs Robert Brien, Jacqueline Bourdeau et Johanne Rocheleau insistent sur l’importance de l’interactivité lors de l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences et soulignent l’utilisation des systèmes multimédias interactifs comme support à l’apprentissage. Mais qu’en est-il concrètement dans les classes ? Dans le cadre du projet académique du développement des usages pédagogiques du numérique 2012-2013, les 6 départements de l’académie Orléans-Tours se sont mobilisés autour des tablettes à l’école primaire et ont essayé de répondre à la question.

L’objectif a été de développer des projets d’usages de la tablette à l’école primaire, de suivre les pratiques des enseignants impliqués, d’évaluer les usages des tablettes au service des apprentissages. Les IEN-TICE qui pilotent les groupes départements TICE se sont tous mobilisés et ont travaillé en interaction étroite avec les IEN maternelle, les formateurs TICE, les conseillers pédagogiques et les équipes enseignantes volontaires. Un rapport académique rend compte du protocole d’observation, des situations d’apprentissage mises en place et soutenues par des tablettes. Il interroge les effets de l’usage des tablettes tactiles en contexte scolaire sur les élèves mais aussi sur les enseignants. Il nous donne de premiers résultats dans différents contextes.

Quelles plus-values pour les apprentissages ?

Avec cet outil nomade, nous avons des potentialités multimédia à portée de main. La tablette peut être à la fois une banque d’images, un appareil photo, un laboratoire de langue et c’est un outil qui aide l’enseignant à médiatiser son enseignement. Les observations nous montrent que l’élève peut s’enregistrer, s’écouter, se corriger. et les applications transversales comme « book creator » permettent toutes sortes de projets de classe comme le cahier de vie en maternelle, ou la création de parcours en histoire de l’art. Si la tablette est avant tout une porte ouverte vers la création, c’est aussi un outil « boîte à mémoire » qui permet aux élèves de revoir à souhait les réalisations faites en classe. La construction progressive des notions en situation en est facilitée. C’est aussi un outil tactile à haute valeur cognitive qui permet à l’élève de s’exercer et de se corriger. L’enseignant interagit avec l’effort positif et la motivation des élèves, leur fournissant du temps d’apprentissage vraiment efficace et présentant des situations didactiques et pédagogiques pertinentes et stimulantes. Une façon d’engager les élèves dans leurs apprentissages !

Un impact positif sur les apprentissages peut être noté dans de nombreux champs disciplinaires comme en lecture. Dehaene dans son ouvrage « des sciences cognitives à la salle de classe » nous précise qu’il existe de nombreux outils numériques pour faciliter l’apprentissage de la lecture et parfois beaucoup trop de temps de l’enseignement est alloué dans les écoles à la présentation de concepts qui pourraient être acquis au moyen d’un matériel didactique de qualité et adapté. Encore faut-il connaître les potentialités des outils, les rendre accessibles et mettre en avant leurs apports pour les apprentissages. Pour mieux aborder la « chimie » du code alphabétique, l’usage de la tablette en est un exemple. Maria Montessori serait certainement heureuse de pouvoir découvrir le « Qbook », livre numérique développé aux USA qui combine le format ebook avec l’interactivité d’un smartphone en offrant une approche kinesthésique de la lecture et permettant aux élèves de mieux appréhender le code alphabétique. Elle nous inventerait une pédagogie Montessori 2.0 ! Comme je l’ai abordé lors de mon intervention au salon du futur du livre, les livres et albums interactifs avec toutes leurs fonctionnalités peuvent faciliter la compréhension des textes littéraires dans certaines conditions.

Avec la tablette, il est possible de proposer de nouvelles ambitions intellectuelles pour les élèves en développant l’individualisation, et en renouvelant les modes d’organisation dépassant l’espace-temps de la classe qui facilitent les apprentissages “dans” et “hors les murs” de l’école. La réalité augmentée au travers d’une tablette tactile peut enrichir les documents imprimés d’éléments virtuels. Les enseignanst peuvent utiliser les QR Codes pour enrichir les supports de cours destinés aux élèves avec des documents multimedia. Les enfants peuvent les consulter grâce à une application spécifique installée sur les tablettes en classe. Une occasion d’apporter des aides pour les leçons à mémoriser ou pour rendre les sup¬ports de cours plus ludiques ! Il suffit d’insérer des QR Codes pour géné¬rer du contenu aug¬menté sur les tablettes.

Quels changements pour l’enseignant ? La tablette permet-elle d’abattre les murs de la classe

Les ressources numériques sont au cœur du métier de l’enseignant comme je l’ai souligné lors mon intervention aux journées nationales de l’innovation (6). L’usage de la tablette doit s’inscrire dans une réflexion plus large qui prend en compte le rôle majeur du maître et de sa place pour la médiatisation de son enseignement. Avec les tablettes, des environnements personnels d’apprentissage peuvent être développés pour que l’élève puisse travailler en autonomie, s’exercer .

Pour relever ce défi, différents chantiers en perspective se profilent à l’horizon ;

  • si les enseignants notent des avantages en terme de « flexibilité pédagogique » avec la tablette, on peut noter une augmentation de la charge de travail en amont pour le choix du contenu adapté dans un contexte donné. Un collecteur de ressources et d’applications partageables pourrait être envisagé au niveau d’une académie pour aider les enseignants à mettre en place une pédagogie efficace avec les tablettes.
  • l’enseignant a besoin de créer ou de trouver du contenu adapté pour développer une pédagogie inversée propice aux apprentissages qui lui permet de redéfinir son taux de présence auprès de ses élèves pour les guider et les accompagner.
  • les enseignants qui utilisent les tablettes sont amenés à réfléchir sur leurs pratiques mais comme le précise Laurillard en 2007, la construction et l’utilisation de différents environnements numériques nécessitent des compétences et la connaissance des affordances pédagogiques et techniques. La formation des enseignants autour des tablettes est cruciale.
  • il nous faut assurer la mobilisation de tous les acteurs autour de cette problématique des usages de la tablette et les corps d’inspection, dans leurs missions d’impulsion, d’accompagnement et d’expertise ont un rôle majeur à jouer.
  • les collectivités doivent être associées à la réflexion sur le problème de l’équipement des écoles.

Pour conclure : Panacée ou pas panacée ?

Au-delà des phases de prise en main et des considérations techniques qui sont à présent connues et qui sont chronophages, il s’agit bien désormais d’engager des pratiques pédagogiques innovantes s’appuyant sur le potentiel cognitif des tablettes tactiles. Comme le précise l’UNESCO dans son rapport (2013, p 9), « la technologie mobile n’est pas et ne sera jamais la panacée éducative. Mais elle est un outil puissant et encore trop souvent ignoré, un outil parmi d’autres pour l’éducation ». Les potentialités pédagogiques ne tiennent pas uniquement dans une tablette mais dans la façon dont on s’en sert. La place et le rôle du maître restent essentiels. L’accompagnement des équipes est nécessaire et les inspecteurs jouent un rôle important avec les équipes de formateurs. Les usages de ces outils numériques peuvent se construire collectivement par une communauté d’enseignants qui peuvent partager leurs observations, leurs réussites et comme disait Jean-Pierre Astolfi : « Il faut encourager et capitaliser toutes les tentatives, même modestes, pour accompagner un changement de paradigme didactique qui se cherche encore ». Avec les tablettes ne peut-on pas générer ces « révolutions minuscules » ou ces « petits moments magiques », qui bousculent les certitudes, qui « boostent » la réflexion des élèves, et qui permettent aussi une réflexion des enseignants sur les différentes façons d’apprendre ? Ces moments de manipulation via ces interfaces numériques à haute valeur cognitive ne sont-ils pas une façon de faire vivre concrètement dans l’action, l’expérience de ce qu’un savoir en construction produit comme surprise et inspiration ? Avec tous les apports du numérique, nous pouvons repenser ici à ce que Louis Legrand appelait une « pédagogie de l’étonnement » et Georges Snyders « la joie à l’école » !

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texte reproduit : Le Café Pédagogique, le lundi 04 novembre 2013, http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/11/04112013Article635191344747035425.aspx#.U6LEzLZx4ZI.twitter

De la pensée stratégique

La prise de conscience du public à la santé cognitive (cognitive health) est relativement récente par rapport à la santé physique. De plus en plus de preuves suggèrent que l’entrainement cognitif (cognitive training) semble assez prometteur quant aux possibilités de « l’augmentation » des performances cognitives du cerveau chez les populations normales et cliniques. Le ciblage des fonctions cognitives d’ordre supérieur, comme le raisonnement, en particulier, peut notamment favoriser certains changements cognitifs généralisés nécessaires faire face aux complexités de la vie quotidienne. Par exemple, des chercheurs de L’UCLA[6,7,8,9] ont constaté que les personnes âgées qui ont régulièrement fait usage d’un logiciel de remise en forme du cerveau sur un ordinateur ont démontré une amélioration significative des compétences mnésiques (ou de la mémoire) et du langage. D’autres chercheurs ont précédemment constaté qu’un entrainement pouvait améliorer la mémoire et augmenter l’activité du cerveau souffrant d’une légère déficience cognitive[10,11].

L’entrainement cognitif basé sur la stratégie (strategy-based cognitive training) a le potentiel d’améliorer la performance cognitive et effectivement avoir de réels avantages dans la vie courante selon un article de perspective axée sur les données (data-driven perspective article) par le Center for BrainHealth at The University of Texas at Dallas publiée dans la revue à accès ouvert Frontiers in Systems Neuroscience. La perspective fondée sur la recherche (research-based perspective) met en évidence des changements neuronaux, cognitifs, ainsi que dans la vie courante et ont été mesurés lors d’essais cliniques randomisés (randomized clinical trials) qui ont comparé le « gist-reasoning strategy-training » à l’entrainement de la mémoire chez les populations allant d’adolescents aux adultes plus âgées en bonne santé, aux personnes souffrant de lésions cérébrales, à ceux à risque de la maladie d’Alzheimer.

Notre cerveau est câblé pour être inspiré. L’une des principales différences de nos études[1,2,3,4] par rapport à d’autres recherches interventionnelles (interventional research) visant à améliorer les capacités cognitives, c’est que nous n’avons pas mis l’accent sur les fonctions cognitives spécifiques tels que la vitesse de traitement, la mémoire, ou l’apprentissage de nouvelles compétences isolées (isolated new skills). Au lieu de cela, le programme d’entrainement au « gist reasoning training program » encourage l’usage d’un ensemble commun de stratégies de réflexion multidimensionnelles pour synthétiser de l’information et l’élimination d’habitude toxiques qui nuisent à la l’efficacité des performances du cerveau.

L’entrainement à travers les études a été court, allant de 8 à 12 séances offertes sur un à deux mois en périodes de 45 à 60 minutes. Le protocole a porté sur trois stratégies cognitives — l’attention stratégique (strategic attention), le raisonnement intégré (integrated reasoning) et l’innovation. Ces stratégies sont de nature hiérarchique et peuvent être largement appliquées à la plupart des activités mentales journalières les plus complexes[5].

Au niveau de base, les participants de la recherche ont été encouragés à filtrer l’information concurrente qui n’est pas pertinente et à se concentrer uniquement sur des informations importantes. Aux niveaux plus avancés, les participants ont été invités, par exemple, à produire des interprétations, des thèmes ou des déclarations générales à partir d’informations dont ils avaient besoin ou dont ils désiraient lire. Chaque nouvelle stratégie est construite à partir des stratégies précédentes et les participants de la recherche ont été mis au défi d’intégrer toutes les étapes alors qu’ils abordaient les activités mentales, et ce, à la fois pendant les entrainements, et à l’extérieur des périodes d’entrainements.

On note ainsi certains bénéfices cognitifs qui ont été documentés dans les domaines d’entrainement tels que l’abstraction, le raisonnement et l’innovation. Et les bénéfices ont également débordé dans des domaines qui n’ont pas été entrainés, tels que la mémoire des faits, la planification et la résolution de problèmes. Ce qui est intéressant à propos de cette étude, c’est que lors les essais randomisés comparant le « gist-reasoning strategy-training » à l’entrainement de la mémoire, nous avons constaté que ce n’était pas d’apprendre de nouvelles informations qui engageait les réseaux cérébraux répandus et qui élevait les performances cognitives, mais plutôt le traitement plus profond de l’information et l’usage de ces informations de nouvelles manières qui « augmente » effectivement les performances du cerveau (essentiellement, se dépassé).

Le renforcement de la capacité intellectuelle n’est pas une science-fiction; ce qui semblait improbable est maintenant dans le domaine de la réalité.

Les changements physiques positifs au sein du cerveau et l’amélioration cognitive entre les populations en réponse à l’entraînement mental basé sur la stratégie (strategy-based mental training) démontrent le potentiel de la neuro-regénératif du cerveau.

La capacité à reconnaître, à synthétiser et à créer « l’essence » des idées complexes et des problèmes complexes à résoudres relèvent de compétences fondamentales pour la réussite scolaire, professionnelle et dans la vie courante. La capacité à améliorer la santé de la cognition et des réseaux neuronaux complexes, après une blessure ou un diagnostic d’une condition aura des implications majeures pour la prévention, le diagnostique et le traitement du déclin cognitif et de l’amélioration des performances cognitives chez les jeunes afin de les préparer à un avenir inconnu, et et chez les personnes plus âgées qui veulent rester mentalement robuste.

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sources

  1. Medical Xpress (2014, April 28) “Research shows strategic thinking strengthens intellectual capacity”, http://medicalxpress.com/news/2014-04-strategic-intellectual-capacity.html
  2. Center for BrainHealth. (2014, April 28). “Strategic thinking strengthens intellectual capacity. ScienceDaily“, Retrieved May 1, 2014 from http://www.sciencedaily.com/releases/2014/04/140428094259.htm
  3. Sandra B. Chapman, Raksha A. Mudar. “Enhancement of cognitive and neural functions through complex reasoning training: evidence from normal and clinical populations”, Frontiers in Systems Neuroscience, 2014;8, DOI:10.3389/fnsys.2014.00069
  4. (2014, April 28) “BrainHealth Research Shows Strategic Thinking Strengthens Intellectual Capacity”, The University of Texas at Dallas, Center for Brain Health.

références

  1. Chapman, S. B., Aslan, S., Spence, J. S., Hart, J. J., Bartz, E. K., Didehbani, N., … & Lu, H. (2013). Neural mechanisms of brain plasticity with complex cognitive training in healthy seniors. Cerebral Cortex, bht234, http://cercor.oxfordjournals.org/content/early/2013/08/21/cercor.bht234.full.pdf+html?sid=4dca13a4-3470-4076-bc51-dfdc121de7be.
  2. Champeau, R. (2013, June 25). “Memory improves for older adults using computerized brain-fitness program“, UCLA research alert – Academics & Faculty, UCLA Newsroom, http://newsroom.ucla.edu/releases/memory-improves-for-older-adults-246978
  3. Miller, K. J., Dye, R. V., Kim, J., Jennings, J. L., O’Toole, E., Wong, J., & Siddarth, P. (2013). Effect of a computerized brain exercise program on cognitive performance in older adults. The American journal of geriatric psychiatry: official journal of the American Association for Geriatric Psychiatry, 21(7), 655-663, http://europepmc.org/abstract/MED/23602310 (+ http://www.ajgponline.org/article/S1064-7481%2813%2900117-6/abstract).
  4. Karen J. Miller, Richelin V. Dye, Jeanne Kim, Julia L. Jennings, Elizabeth O’Toole, Julie Wong, Prabha Siddarth. Effect of a Computerized Brain Exercise Program on Cognitive Performance in Older Adults. The American Journal of Geriatric Psychiatry, 2013; 21 (7): 655 DOI: 10.1016/j.jagp.2013.01.077
  5. University of California – Los Angeles Health Sciences. (2013, June 25). Memory improves for older adults using computerized brain-fitness program. ScienceDaily. Retrieved May 1, 2014 from http://www.sciencedaily.com/releases/2013/06/130625172352.htm
  6. Benjamin M. Hampstead, Anthony Y. Stringer, Randall F. Stilla, Michelle Giddens, K. Sathian. Mnemonic strategy training partially restores hippocampal activity in patients with mild cognitive impairment. Hippocampus, 2012; DOI: 10.1002/hipo.22006
  7. Emory University. (2012, March 1). Training can improve memory and increase brain activity in mild cognitive impairment. ScienceDaily. Retrieved May 1, 2014 from http://www.sciencedaily.com/releases/2012/03/120301180950.htm

Près d’un adulte canadien sur trois rapporte avoir vécu de l’abus durant l’enfance

Une nouvelle étude qui donne à réfléchir constate que près d’un tiers des adultes au Canada a vécu de l’abus sous forme de maltraitance et de violence durant l’enfance au sein de leur foyer.

Ainsi, l’abus peut prendre plusieurs formes, notamment les sévices, les sévices sexuels, ou l’exposition à la violence conjugale (parents, beaux-parents, ou tuteurs).

En outre, tel que publié dans le Journal de l’Association médicale canadienne — JAMC (Canadian Medical Association Journal – CMAJ), les enquêteurs ont constaté que la maltraitance des enfants est liée à des troubles mentaux et des idées suicidaires (idéation) ou des tentatives de suicide.

Du point de vue de la santé publique, ces résultats mettent en évidence l’urgent besoin de faire de la prévention de la maltraitance des enfants une priorité au Canada.

Bien que le lien entre la maltraitance des enfants et la santé mentale soit déjà connu, on note cependant qu’au Canada, un déficit d’études et de recherches ressent, fournissant les informations les plus complètes sur la prévalence du phénomène de la maltraitance des enfants et du lien entre les différents types de violence et les troubles mentaux chez les adultes.

Ce présent recensement est la première étude représentative à l’échelle nationale de la maltraitance des enfants et des troubles mentaux au Canada. Les chercheurs ont examiné les données de 23 395 personnes, et ce, provenant de partout au Canada, qui ont participé à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : santé mentale, 2012 (2012 Canadian Community Health Survey: Mental Health)[a,b].

Les participants étaient âgés de 18 ans ou plus et étaient représentatifs de personnes vivant dans les 10 provinces. L’étude a exclu les résidents des trois territoires, les résidents des communautés autochtones, les membres à temps plein des Forces canadiennes et les personnes vivant au sein d’institutions.

Ainsi, selon l’étude, 32 % des adultes canadiens ont connu de la maltraitance, notamment la violence physique qui est la plus courante (26 %), suivie de la violence sexuelle (10 %), et l’exposition à la violence conjugale (8 %).

Les hommes étaient plus susceptibles d’avoir été victimes de violence physique (31 % contre 21 % chez les femmes) et d’avoir un taux d’abus plus élevé (34 % contre 30 %). Les sévices sexuels étaient plus fréquents chez les femmes (14 % contre 6 % des hommes), de même que pour l’exposition à la violence conjugale (9 % contre 7 %) que les enfants.

Les personnes entre 35 et 64 ans étaient plus susceptibles que ceux âgés de 18 à 34 ans de déclarer avoir été maltraitées dans l’enfance.

Tous les trois types de violence envers les enfants ont été associés à tous les types de troubles mentaux diagnostiqués par entrevue, les conditions mentales autodéclarées, les idées suicidaires [pensées de suicide], et les tentatives de suicide dans les modèles d’ajustement pour les variables sociodémographiques » écrivent les auteurs.

L’abus de drogues ou de dépendance, des pensées suicidaires et tentatives de suicide sont restées associées à tous les types de violence envers les enfants, malgré l’usage de modèles les plus adaptés (ou ajusté).

Le type le moins grave de violence physique (les gifles au visage, à la tête ou aux oreilles, les coups ou les fessées avec un objet de dur comme la strappe ou le bâton) a montré une forte association avec toutes les conditions mentales dans les modèles ajustés en fonction des variables sociodémographiques.

L’exposition à plus d’un type de violence augmente les chances d’avoir une condition mentale. Les provinces de l’ouest du Canada ont enregistré les taux de maltraitance des enfants les plus élevés, avec le Manitoba en premier (40 %), suivie de la Colombie-Britannique et de l’Alberta (36 %). Terre-Neuve et le Labrador ont enregistré les taux de violence les plus bas, soit à 21 %. Le Québec se situe autour de 32 % des enfants qui ont vécu une forme ou une autre de maltraitance de l’étude.

Tous les fournisseurs de soins de santé se doivent d’être conscients de la relation entre les types spécifiques de violence envers les enfants et certains troubles mentaux. Les cliniciens qui travaillent dans le domaine de la santé mentale doivent être suffisamment qualifiés pour évaluer les patients exposer à la violence et doivent comprendre les implications pour le traitement.

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Les associations entre la maltraitance des enfants et le déficit de l’attention, les idéations suicidaires et les tentatives de suicide ont montré de plus forts effets chez les femmes que les hommes.

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sources

  1. Nauert, R. (2014). Nearly 1 in 3 Canadian Adults Reports Abuse. Psych Central. Retrieved on April 23, 2014, from http://psychcentral.com/news/2014/04/23/nearly-1-in-3-canadian-adults-reports-abuse/68875.html

  2. Afifi, T. O., et coll. (2014, April 22)”Child abuse and mental disorders in Canada”, Early Access, CMAJ 2014. DOI:10.1503/cmaj.131792, http://www.cmaj.ca/content/early/2014/04/22/cmaj.131792.full.pdf (+ http://bit.ly/1icduEe).

références

  1. Canadian Community Health Survey: Mental Health, 2012 – http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/130918/dq130918a-eng.htm

  2. Canadian Community Health Survey – Mental Health (CCHS), 2012 – http://www23.statcan.gc.ca/imdb/p2SV.pl?Function=getSurvey&SDDS=5015

  3. Leung, M. (2014, April 22), “One in three Canadian adults has experienced child abuse: study”, CTV News Canada, http://www.ctvnews.ca/health/one-in-three-canadian-adults-has-experienced-child-abuse-study-1.1786838

  4. Branswell, H. (2014, April 22). “1 In 3 Canadian Adults Have Suffered Child Abuse, New Study Suggests”, http://www.huffingtonpost.ca/2014/04/22/child-abuse-canada_n_5192339.html

[DRAFT] Une ardoise pas si vierge : Qu’est-ce que les enfants comprennent sur le monde social? Plus que vous ne le pensez!!!

La capacité à évaluer d’autres personnes est essentiel pour naviguer dans le monde social. Les humains doivent être en mesure d’évaluer les actions et les intentions des gens autour d’eux, et de prendre des décisions précises sur qui est ami et qui est ennemi (ou adversaire), et qui est un partenaire social approprié et qui ne l’est pas. En effet, tous les animaux sociaux bénéficient de cette capacité d’identifier les individus congénères qui peuvent aider, et distinguer ces personnes des autres qui peuvent leur nuire.

Les adultes humains évalue rapidement et automatiquement les personnes sur la base de caractéristiques physiques et comportementementales, mais les origines ontogénétique et le développement de cette capacité restent encore mal comprises.

La réussite de l’existence des adultes humains dans le monde social repose sur essentiellement sur la capacité d’évaluer autrui. Nous devons être en mesure de faire la distinction entre les personnes de confiance des personnes peu fiables, et d’identifier qui est susceptible d’être aidant, de qui ne l’est pas – ceux qui pourrait valoir la peine d’être approcher et ceux qu’il vaut mieux éviter. Ces jugements sont informés en partie, par les comportements d’autrui – nous avons tendance à juger positivement ceux dont les actions envers les autres ont un caractère sociable et serviable, et à juger négativement ceux dont les actions sont nuisibles ou antisocial en nature. En supposant [ou en attribuant] que les actions sociales d’autrui sont motivés par des traits de personnalité sous-jacents et durables qui continueront à influencer leur comportement de la personne au fil du temps, nous pouvons alors produire des jugements sur qui sera probablement un bon ou mauvais partenaire social (social partner).

Il est question de l’évaluation et du jugement social.

Les nouveau-nés ont une réputation à défendre : ils sont reconnus pour manger, dormir, et être que de véritables machines à souiller des couches. Souvent considérés, et déconsidérés, comme une « page blanche », les nouveau-nés auraient beaucoup à apprendre. Les gens ont ainsi acquis l’habitude de penser, et de croire que les capacités cognitives des nourrissons étaient sévèrement limitées. Or, les outils et les recherches les plus récentes ont vraiment peint un portrait de la réalité totalement différente.

Pourtant, eux aussi ont beaucoup à nous apprendre. Ainsi, alors même que les scientifiques explorent ce qui se passe dans leurs adorables minuscules têtes, les chercheurs ont remarqué que les bébés présentaient une surprenante richesse quant à la compréhension du monde sociale autour d’eux.

Pour la plus grande partie du 20e siècle, les manuels de psychologie du développement enseignaient qu’il fallait des années pour que les enfants saisissent les concepts « socio-moraux » (social-moral concept) tels que l’équité et l’altruisme. Ces études, cependant, rencontraient de sérieuses limitations : Ils relevaient principalement d’entretiens avec les enfants et ne pouvaient donc ainsi ne rien révéler sur les nourrissons, les poupons ou les tout-petits pré-verbaux avec un lexique limité.

Un tournant s’est produit lors des années 1980, lorsque Renée Baillargeon PhD, et directrice du Cognition Laboratory at the University of Illinois at Urbana-Champaign, et ses collègues, ont développé une méthode pour tester la compréhension des bébés au sujet des objets et des événements de leur environnement autour d’eux. La technique est fondée sur la constatation que les bébés regardent « mesurablement » plus longtemps lors d’événements qui défient leurs attentes.

Cette équipe, et plus tard d’autres ont depuis exploré ce que les nourrissons comprennent des états mentaux d’autrui, un concept connu sous le nom « théorie de l’esprit » (theory of mind). Plus récemment, ce travail a conduit à s’interroger sur le développement social et moral des  nourrissons et des jeunes enfants. Le paysage de la recherche est en constante évolution et la science commence à poser certaines questions qui n’ont pas été auparavant effectivement posées à sujet des jeunes bébés.

Étudier la moralité chez les nourrissons peut s’avérer particulier. La morale est difficile à définir, même chez les adultes. Pourtant, les chercheurs de ce domaine se sont porté sur quelques traits principaux, y compris la serviabilité, l’équité et la bonté. La recherche indique que ces « comportements prosociaux » (prosocial behaviors) peuvent être détectés chez les bébés âgés de quelques mois.

Dans une telle étude, Wynn (http://bit.ly/1fW114X) et ses collègues J. Kiley Hamlin, doctorat, et Paul Bloom, Ph.D., ont présentés aux enfants agés de 3 mois une marionnette avec des yeux gros comme des piastres françaises (Googly eyes or jiggly eyes) qui monte péniblement une colline. Dans un scénario, un triangle utile aide à pousser le cercle vers le haut. Dans un autre, un carré pas si gentil frappe le cercle l’entrainant ainsi vers le bas de la colline. Plus tard, un expérimentateur a montré les deux personnages aux bébés (le triangle ou le carré). Or, les enfants préfèrent regarder (gaze) les personnages qui aident plutôt que ceux qui nuisent. Cette préférence semble exister que dans un contexte social, puisque les bébés ne montrent aucune préférence lorsque les personnages poussent des objets inanimés haut ou en bas de la colline (Developmental Science, 2010). À l’âge de 5 mois, comme suite à une maitrise plus précise de leurs motricités, les bébés tentent activement d’atteindre le personnage gentil déconsidérant le personnage méchant — ce qui suggère que le regard prolongé (extended gaze) des enfants âgés de trois mois s’avère une indication quant à leur préférence. Les résultats suggèrent que les bébés peuvent distinguer entre les gentils et les méchants avant même de pouvoir se rouler sur eux-mêmes.

Au moment où ils atteignent 1 an d’âge, les bébés ont acquis les aptitudes physiques pour commencer à s’engager de leurs propres chefs dans des comportements utiles — et un certain nombre d’études ont montré qu’ils le font avidement, et avec un certain empressement. En fait, ils aident même sans qu’on le leur demande, et ce sans être louangé ou récompensé pour l’effort.

Dans une étude (Sommerville, A., Schmidt, M., 2011, Plos One), on observe que l’altruisme semble se développer de manière précoce chez les enfants et les chercheurs ont démontré que les nourrissons âgés de 15 mois semblent spontanément comprendre les notions de partage et d’équité. Les chercheurs ont testé 47 enfants qui ont regardé une vidéo sur le partage de la nourriture, puis en interaction avec le chercheurs, alors qu’ils étaient assis sur les genoux de leurs mamans, et les résultats montrent que les normes d’équité et d’altruisme sont plus rapidement acquisesent qu’on ene le pensaient ».

Warneken et Michael Tomasello, PhD, du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, en Allemagne, ont donné à des jeunes de 2 ans l’occasion d’aider un adulte qui n’est pas familier à prendre des objets qui ont chuté tels que des marqueurs et des trombones. Les chercheurs ont constaté que les enfants ont contribué de façon égale et fréquente, peut importe si leurs parents ont souligné la problématique, s’ils ont encouragé à aider, s’ils ont donné la consigne de le faire ou s’il se tenaient tout simplement tranquillement à proximité. Le fait que le parent était dans la même salle (ou pièce) que le rejeton n’avait aucune importance. Ces résultats suggèrent donc que les tout-petits ont un désir intrinsèque d’être utiles (Infancy, 2013).

Mais les bébés semblent également capable de comprendre que tout le monde ne mérite d’être aidé. Valerie Kuhlmeier (http://bit.ly/1lFAKJz), Ph.D., chef du Infant Cognition Group at Queen’s University, en Ontario, et Kristen Dunfield (http://bit.ly/1ijQiyx), Ph.D., maintenant à l’Université Concordia, à Montréal, ont présenté deux scénarios aux enfants âgés de 21 mois. Dans l’une, un adulte taquine le bébé avec un jouet sans le partager. Dans l’autre, un deuxième adulte essaie de partager le jouet avec l’enfant, mais était incapable de le remettre à cause de part la manière dont le mobilier avait été disposé dans la chambre. Puis, lorsqu’un expérimentateur laisse tomber le jouet hors de la portée des adultes, les bébés sont plus susceptibles de prendre le jouet et de le remettre à la personne qui avait déjà essayé de le partager (Psychological Science, 2010).

Même à 21 mois, les bébés peuvent faire lecture de l’intention ; c’est la pensée qui compte. Or, le comportement prosocial est coûteux, et il peut être judicieux de s’engager dans ces comportements de manière sélective.

Tout parent qui a entendu le hurlement de l’enfant criant « Ce n’est pas juste! » sait que les enfants sont sensibles et susceptibles à l’iniquité, et l’inégalité. Or, les bébés comprennent la notion d’équité longtemps avant d’avoir des mots pour se plaindre à ce sujet.

Dans une étude de Baillargeon et ses coll., les bébés regardaient plus les biscuits qui avait été divisé inégalement entre deux marionnettes animées girafe, que les biscuits qui avaient été distribués de manière égale et équitable. En fait, les bébés semblaient s’attendre à une situation égalitaire et semblaient avoir été surpris que les marionnettes eussent été flouées. Cependant, cette attente ne concernait que les créatures animées. Lorsque l’expérimentateur avait divisé les biscuits entre des girafes en peluche inanimée, les bébés regardaient aussi longtemps les biscuits qui avaient été répartis de manière uniforme ou non (Psychological Science, 2012).

Dans un deuxième volet de cette étude, les bébés regardaient alors qu’un expérimentateur donne des autocollants à deux femmes. Dans certains cas, ces femmes avaient coopéré ensemble à ranger les jouets. Dans d’autres, seule l’une des deux femmes avait fait tout le travail de ranger les jouets, pendant que l’autre adulte jouait. Baillargeon et ses collègues ont constaté que les enfants de 21 mois avaient été surpris lorsque le fainéant obtenait un autocollant — mais seulement si l’expérimentateur pouvait constater qui avait travaillé et qui avaient, paraissé. Avant même leur deuxième anniversaire, les bébés semblent capables de comprendre que vous devez gagner votre juste part.

Le sens d’équité semble être si fort à l’âge de 3 ans que les enfants sont tout à fait prêts à renoncer à une récompense s’ils pensent qu’ils sont traités injustement. Ainsi, Peter R. Blake, EDD, et Katherine McAuliffe (http://bit.ly/1hx6c7y), PhD, ont conçu un appareil de distribution de bonbons ‘Skittles’ disposés dans des plats face de deux enfants. Lorsqu’il avaient le choix de fournir plus de bonbons à l’autre enfant, ou pas soit, les enfants agés de 4 ans optaient souvent de jeter tous les bonbons à la corbeille (PLoS ONE, 2013). Ainsi, ces enfants préfèrent ne rien obtenir si un autre enfant est en position d’en obtenir plus que lui.

Cependant, ce n’est pas parce que les enfants semblent comprennent l’équité, que cela signifie qu’ils la pratiquent. Dans une paire d’études, Blake et McAuliffe a montré que la plupart des enfants âgées de 4 à 7 ans rejetaient les situations dans lesquelles ils avaient reçu une plus faible part des bonbons ou d’autocollants, mais l’inégalité étaient accueilli s’ils étaient en position d’en obtenir la plus grande partie — même lorsque les enfants ont déclaré que partager était la bonne chose à faire. Les enfants semblent approuver l’égalité, mais ils ne les utilisent pas toujours», dit Warneken. Cette réflexion semble se déplacer autour de 7 ou 8 ans, les chercheurs ont constaté (Cognition, 2011; PLoS ONE, 2013). Ainsi, les enfants semblent approuver l’égalité, mais ils ne l’utilisent pas toujours. Cette réflexion semble se déplacer autour de 7 ou 8 ans (Cognition, 2011; PLoS ONE, 2013).

Avant cela, les enfants semblent effectivement préférer une situation injuste lorsqu’on leur donne la main haute. Wynn et ses collègues ont donné aux enfants âgés de 5 ans une chance de choisir une pile de jetons qu’ils pouvaient échanger contre un prix. Les chercheurs ont trouvé que les enfants ont préféré prendre sept jetons si un autre enfant n’en recevait pas, plutôt que huit jetons pour deux (Cognition, 2014).

Les jeunes enfants s’avèrent en fait extrêmement intéressées (self-interested) et tendent positivement vers une iniquité de base. Combinés aux conclusions sur les enfants, ceci souligne une distinction importante entre ce que les bébés et les enfants veulent que les autres fassent, et ce qu’ils veulent pour eux-mêmes.

D’autres recherches effectuer par Sommerville suggèrent que l’équité et la générosité sont entrelacées dès l’âge de 1 an. Dans une expérience similaire à l’étude de la girafe de Baillargeon, Sommerville a constaté que les enfants âgées de 15 mois qui avaient été le plus surpris par une contingence injuste étaient plus susceptibles de partager leur jouet favorisé (PLoS ONE, 2011).

Parce que d’autres recherches indiquent que la reconnaissance de l’équité émerge entre 9 mois et 12 mois d’âge, Sommerville affirme que les enfants âgées de 15 mois qui sont probablement moins sensibles à l’injustice ne sont pas seulement à la traîne par rapport à leurs pairs sur cette importante étape de développement. Nous pensons  que nous commençons à puiser dans une partie intéressante des différences individuelles qui persistent au fil du temps tout au long de la vie chez la personne.

Les différences individuelles mises de côté, certaines situations sociales peuvent inspirer une personne à agir de manière plus ou moins moralement. Warneken et ses collègues ont démontré cette idée dans une expérience destinée à tester l’équité dans l’action (fairness in action).

Des chercheurs ont truqué un système dans lequel deux enfants ont dû travailler ensemble pour tirer une corde afin de soulever une boîte avec des billes à l’intérieur. À partir d’environ 3 ans, les scientifiques ont constaté que les enfants avaient tendance à partager les billes s’ils avaient travaillé ensemble pour les récupérer. Si un enfant fini avec trois billes, alors que son partenaire n’en obtenait qu’un seul, ils avaient partagé pour que chacun en détienne deux. Toutefois, si les enfants avaient travaillé de manière indépendante chacun de leurs côtés afin d’obtenir les billes, il ne semblait pas préoccuper du fait que chacun pouvait se retrouver avec un nombre différent de billes au terme de l’exercice.

À cet égard, les enfants de trois ans ont un pas d’avance sur nos cousins les primates. Warneken et ses collègues ont produit exactement la même expérience avec des chimpanzés, et ils ont constaté que les singes étaient prêts à s’associer pour récupérer des récompenses alimentaires. Mais si l’un des chimpanzés se retrouvait avec plus de gâteries que son partenaire, ils les gardaient tous joyeusement (Nature, 2012). Un sens précoce de l’équité peut avoir évolué afin d’aider les humains à travailler ensemble pour survivre. Le travail collaboratif est le berceau de l’égalité.

Il apparaît également que les bébés sont capables de comprendre le concept du « nous » par rapport à celui d’« autrui », et ce, à un âge relativement précoce.

Dans un exemple, Wynn, Hamlin et ses collègues ont demandé à des enfants âgées de 9 mois et de 14 mois de choisir un aliment, soit un biscuit Graham ou des haricots verts. Ensuite les bébés regardaient une série de spectacles de marionnettes dans lequel une marionnette qui aime les craquelins alors que l’autre des haricots verts. Les enfants en deux groupes d’âge ont préféré les personnages qui étaient gentils que les marionnettes qui partageaient leurs goûts.

Cela s’accorde donc avec les résultats de recherche antérieurs et ne s’avère pas vraiment inattendu. Mais le constat suivant a surpris les chercheurs : les bébés ont aussi une nette préférence pour les personnages qui étaient méchants à la marionnette dissemblable (Psychological Science, 2013).

Wynn, hésitant à décrire ses conclusions dans le jargon psychologique des expressions « en groupes » (in-groups) et « hors-groupes» (out-group), car il est difficile de savoir si les bébés construisent les groupes sociaux autour de ces préférences alimentaires partagées. Cela semble être fondamentalement une préférence partagée : si vous valorisez les aspects du monde de la même manière que je le fais, donc je vous aime.

D’autres études suggèrent qu’alors que les bébés reconnaissent les groupes sociaux, ils ne s’attendent pas nécessairement à un traitement préjudiciable des gens à l’extérieur du groupe. Baillargeon a dirigé des études dans lesquelles les expérimentateurs s’identifient comme membres de groupes sociaux confectionnés par annonce, par exemple, « Je suis une lumi » ou «Je suis un tarfen ». Baillargeon a trouvé que des bébés de 16 mois sont surpris lorsqu’une personne ne parvient pas à aider un autre membre de son groupe. Cependant, les bébés participants aux études de Baillargeon ne semblent pas avoir des attentes quant à savoir si une personne doit aider un étranger. S’ils ne font pas partie de votre club, vous avez le choix de déterminer si vous vous impliquez ou non.

Alors que les les scientifiques continuent d’étudier le développement social et moral de nourrissons, une importante question demeure sans réponse : Est-ce que les principes sociaux-moral sont acquis (social-moral principles learned), ou les bébés sont nés avec ces systèmes déjà préétablit, déterminer biologiquement, par la genèse développementale de l’être humain (essentiellement, est-ce inné ou acquis)?

D’importants indices pourraient provenir d’études dites interculturelles qui pourraient ainsi aider à éclairer sur la manière et le moment lorsque les bébés de différentes cultures présentent des différences des comportements sociaux. Mais ces études n’ont tout simplement pas encore été produites.

On peut considérer qu’étudier les bébés est pur, en quelque sorte. Elle peut nous renseigner sur la manière dont nos processus sociaux et moraux se développent avant même qu’ils ne soient « embrouillés » par la culture ou la langue ou le raisonnement complexe.

Lorsque vous observez les bébés, c’est magique.

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Les humains possèdent un sens moral inné? Pour explorer cette question, des chercheurs (Hamlin, J.K., Wynn, K., & Bloom, P., 2007) ont présenté des preuves que les nourrissons jugent autrui en fonction de leurs actions sociales — ils préfèrent ceux qui aident les autres et évite ceux qui entravent autres. Certains (Scarf, D., Imuta, K., Columbo, M., & Hayne, H., 2012) soulèvent une autre interprétation du phénomène, en présentant certaines données qu’ils interprètent comme étant la préférence des enfants quant aux scénarios sociaux que les scientifiques ont présentés aux nourrissons qui peut être expliqués par une aversion pour un « événement en collision » (colliding event) et une attirance pour un « événement en rebondissement » (bouncing event). Scarf et coll. suggèrent, plus généralement, que les bébés ne possèdent, ni de boussole morale rudimentaire, ni aucune autre capacité sophistiquée, et que cela repose simplement sur la présence de certains mécanismes associatifs simples et généraux.

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