Du pouvoir d’achat!

En économie, le pouvoir d’achat d’un revenu (salaire ou rente) est la capacité d’achat en termes de biens et services que permet ce revenu. Or, semble-t-il, il y a une solution pour augmenter le pouvoir d’achat : créer plus d’occasions d’affaires, dynamiser l’économie, susciter plus d’investissements privés et créer plus d’emplois payants[a]. La question de l’évolution du pouvoir d’achat est centrale dans l’analyse des changements sur le marché du travail puisqu’elle renseigne notamment sur la qualité des emplois détenus. Et en ce qui concerne les prix, c’est l’indice des prix à la consommation (IPC), calculé par Statistique Canada, qui est utilisé. «Pour l’établir, ils comparent au fil du temps le coût des 600 à 650 biens et services les plus consommés par les Canadiens (logement, transport, alimentation, etc.). L’évolution du prix de ce “panier de consommation” correspond à l’IPC.

Plus des trois quarts de la population québécoise disposent d’un pouvoir d’achat inférieur au reste du Canada. Les Québécois travaillent aussi moins que dans les autres provinces[1]. Aussi, l’inflation gruge le pouvoir d’achat des Québécois[2]. Aussi, chaque Québécois disposait de l’équivalent de 4740 $ de pouvoir d’achat de moins qu’un Ontarien en 2009[3].

Vis-à-vis des provinces les plus riches, il subsiste donc un important retard de pouvoir d’achat qui pénalise les Québécois. Par rapport à l’Ontario, cet écart a atteint, pour la moyenne des années 2007 à 2009, plus de 7000 dollars par année par personne (selon la normalisation de Statistique Canada)[4] . Aussi, le pouvoir d’achat des futurs retraités risque d’être affecté par la hausse du coût de la vie au fil des années[5].

Ainsi, même si le revenu augmente de 3 $ et que l’augmentation des prix à la consommation augmente de 7 $, le revenu est considéré comme avoir augmenté, mais le pouvoir d’achat aura diminué.

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Fait très intéressant, durant la dernière décennie, le pouvoir d’achat des travailleurs non syndiqués a crû de façon plus notable que celui des travailleurs syndiqués [6,7,8,11]. Cette donnée surprenante ressort de l’Annuaire québécois des statistiques du travail, qui vient d’être rendu public par l’Institut de la statistique du Québec. Habituellement, le salaire horaire des employés syndiqués est plus élevé que celui des employés non syndiqués. C’est encore le cas, puisqu’en 2013, les employés syndiqués recevaient une rémunération de 25,23 $ l’heure, comparativement à 20,75 $ pour les non syndiqués. Toutefois, quand l’Institut de la statistique a analysé la hausse de la rémunération horaire de ces deux types d’employés sur une décennie, soit de 2003 à 2013, il a remarqué que cette rémunération des syndiqués avait crû de 6,4 pour cent, alors qu’elle avait crû de 11,9 pour cent pour les non-syndiqués. Par ailleurs, durant la même décennie, le ratio de la rémunération des femmes par rapport à celle des hommes a augmenté, passant de 84,7 à 87,8 pour cent.

Au Québec [9], le seuil 1% les plus riches, selon des données de Statistique Canada (2010), est de 178 000$ avant impôt, qui englobent les revenus de travail et les gains en capital. Tous les particuliers qui gagnent plus que cette somme font partie des 1% plus riches. Or, ce seuil est significativement plus bas que la moyenne canadienne. Au Canada, le seuil des 1% plus riches est de 213 600$, soit 20% de plus qu’au Québec. Les provinces des Prairies dominent le palmarès, avec un seuil de 254 700$, tandis que les provinces atlantiques finissent en queue de peloton, à 155 200$. On peut conclure que les riches au Québec sont moins riches que la moyenne canadienne, mais on peut aussi dire qu’il y a moins de riches au Québec, toutes proportions gardées. Conséquemment, l’écart de revenus entre les deux groupes s’est fortement accru depuis le début des années 90 au Canada. Le fossé s’est toutefois moins creusé au Québec. 

On a comparé la croissance réelle des revenus du groupe de 1% à celle des autres contribuables (les 99%), mais après impôts et après transferts gouvernementaux (assurance emploi, bien-être social, etc.). Au Canada, le groupe de 1% a vu ses revenus croître de 61% entre 1992 et 2010, comparativement à 18% pour le groupe de 99%. Dit autrement, la croissance des revenus totaux du groupe de 1% a été 3,4 fois plus importante que celle du groupe de 99% au Canada. Ce rapport de croissance entre les deux groupes est encore plus fort en Ontario (4,1) et dans les Prairies (3,9). Pendant ce temps, au Québec, le groupe de 1% a vu ses revenus après impôts progresser de 54%, soit 2,4 fois plus vite que ceux des autres contribuables du Québec. En somme, la croissance des inégalités s’est accrue aussi au Québec, mais de façon moins prononcée.

Le Québec est « pauvre en riches » dans le contexte nord-américain, mais il compte beaucoup plus de riches que des pays développés comme la Suède, le Danemark, le Japon ou l’Italie. 

Enfin, si l’on tient compte du pouvoir d’achat, il fallait gagner au Québec l’équivalent de 137 000$US avant impôt pour faire partie des 1% les plus riches en 2009. Ce seuil n’est que de 84 200$US en Suède et de 114 500$US au Japon. Autrement dit, les riches du Québec sont plus riches ou encore, le Québec compte proportionnellement plus de contribuables qui font 137 000$US que dans ces pays, donc plus de riches.

Les inégalités sont beaucoup plus grandes aux États-Unis que dans les autres pays industrialisés.

Des études qui émanent de l’Université de Sherbrooke et de HEC-Montréal font le portrait d’une économie fragilisée par l’endettement public et le vieillissement de la population plus rapide au Québec qu’ailleurs. Revenus plus faibles, consommation moins grande, épargne insuffisante : la situation financière des Québécois ne semble pas s’améliorer. L’étude de la Banque Nationale affirme que le taux des défaillances (faillites personnelles et proposition aux créanciers) est en hausse au Québec, fait qui n’est constaté que dans deux autres provinces, soit l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse [10].

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Le Québec devra miser davantage sur l’innovation et ses exportations s’il veut combler son retard par rapport au reste du Canada et aux autres pays de l’OCDE. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par le Centre sur la productivité et la prospérité du Québec (CPP) de HEC Montréal, sur les performances économiques du Québec. À parité de pouvoir d’achat, le produit intérieur brut (PIB) par habitant des Québécois était estimé à environ 44 400 $ en 2012. Bien en dessous de la moyenne canadienne de 52 100 $ ou de celle de l’Ontario à 49 940$. La parité de pouvoir d’achat est une méthode que les économistes utilisent pour comparer la capacité de différentes populations à se procurer des biens. Le Québec se trouve ainsi dans le peloton de queue de l’échantillon des 20 pays de l’OCDE considérés par les chercheurs du CPP. Au Canada, les Québécois ne dépassent en richesse que les provinces Maritimes, excluant Terre-Neuve. Sans surprise, les Albertains sont les plus riches au pays avec un PIB qui frôle les 80 500$ par tête [12].

Les chercheurs démontrent que l’écart entre le niveau de vie du Québec et de la moyenne du pays s’est légèrement élargi durant les trente dernières années. Ils précisent cependant, qu’en termes relatifs, le niveau de vie des Canadiens est supérieur de 17% à celui des Québécois, qui équivaut à celui de 1981. Maigre consolation, le PIB du Québec est en train de rattraper celui de l’Ontario, mais très lentement. En 1981, le niveau de vie des Ontariens dépassait celui des Québécois d’environ 17%, comparativement à 12% actuellement. Les chercheurs de HEC Montréal ont pointé les faiblesses de l’innovation et des exportations au Québec parmi les responsables de ses résultats économiques moyens.

Le gouvernement québécois doit définir une politique claire à court et long terme pour redynamiser son économie. « Le Québec doit soutenir ses champions, comme dans l’aéronautique, sans toutefois oublier les autres secteurs de l’économie. Les politiques doivent aussi favoriser l’innovation dans ces autres secteurs pour espérer voir naître à long terme de nouveaux champions », conclut Thierry Warin, professeur au département des affaires internationales de HEC Montréal et vice-président stratégie et économie internationales au CIRANO.

De plus, les autorités ne sont pas insensibles à la question de l’innovation. « De nombreux défis de société sont à nos portes, que ce soit sur le plan démographique, économique, environnemental ou identitaire. Notre capacité à les relever dépendra de notre aptitude à innover, à nous rassembler et à mettre en commun les forces vives de la recherche, quelle que soit l’institution ou l’entreprise dans laquelle elle se réalise », annonçait la première ministre, Pauline Marois, en octobre 2013.

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Ainsi, au Québec, le revenu disponible moyen par habitant, c’est-à-dire l’argent net qui vous reste dans vos poches, augmente. Même qu’il croît en moyenne de 1,1 % par année et a grimpé de 4,3 % entre 2007 et 2011, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique (ISQ). Mais la bonne nouvelle s’arrête là, puisqu’à l’échelle du pays, ce revenu moyen fait piètre figure: il arrive en avant-dernière position des 10 provinces.  La classe moyenne se porterait bien et serait même plus riche qu’avant. Au Québec, la classe moyenne s’en sort bien, vit mieux que la classe moyenne américaine grâce aux politiques fiscales, à la redistribution de la richesse et à la protection des salaires des emplois syndiqués. Or, la classe moyenne, gagne suffisamment pour bien vivre, mais pas assez pour combler tous ses désirs. C’est ce décalage qui cause une frustration.  Résultat: elle s’endette pour se satisfaire. Cependant, d’autres croiten plutôt que la classe moyenne s’appauvrit et que si elle s’endette, ce n’est pas pour consommer à outrance, mais pour maintenir son niveau de vie [13].

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Sources

[1] http://bit.ly/Nhfsl9

[2] http://bit.ly/NIZBKA

[3] http://bit.ly/NIZWwY

[4] http://bit.ly/NJ0jr8

[5] http://bit.ly/NJ0xyE

[6] http://bit.ly/QpONsa

[7] http://bit.ly/1i7q6pX

[8] http://huff.to/1eSluJE

[9] http://bit.ly/1fa1lLt

[10] http://bit.ly/1joyrfi

[11] http://bit.ly/1lsBu8m

[12] http://bit.ly/1lr716f

[13] http://bit.ly/1gMqydZ

Références

[a] Duhamel, P. (2013). “La crise du pouvoir d’achat”, 4 Avril 2013, L’Actualité, http://bit.ly/1lsxKDR

 

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