[DRAFT] Survivre à une économie post-emploi et la création de la richesse

Malgré une décennie marquée par des rendements réels négatifs sur les actions, des marchés d’actions baissiers et l’éclatement de bulles immobilières, le Wealth Report 2013[3] du Credit Suisse constate que la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 billions de dollars US. La croissance économique soutenue et l’évolution démographique dans les nations émergentes sont d’importants moteurs de cette tendance. La richesse moyenne par adulte atteint également un nouveau pic: 51 600 dollars US.

Malgré les difficultés persistantes posées par l’environnement économique, les facteurs sous-jacents se sont révélés largement positifs cette année pour la richesse des ménages à l’échelle mondiale. Selon nos estimations, la richesse personnelle a progressé de 4,9% dans le monde entre mi-2012 et mi-2013 pour s’établir aujourd’hui à 241 billions de dollars US. Depuis son pic d’avant la crise en 2010, la richesse totale a battu chaque année de nouveaux records. A 51 600 dollars US, la richesse moyenne par adulte atteint également un nouveau sommet. C’est la première fois depuis 2007 qu’elle franchit le seuil des 50 000 dollars US.

Selon les estimations du rapport à mi-2013, une fois les dettes soustraites, un adulte ne doit posséder que 4000 dollars US d’actifs pour faire partie des 50% de personnes les plus riches du monde. Il doit toutefois détenir au moins 75 000 dollars US pour appartenir aux 10% de personnes les plus fortunées, et 753 000 dollars US pour compter parmi les 1% les plus riches de la planète. Dans la catégorie la plus basse, la moitié de la population mondiale possède moins de 1% de la richesse totale. Dans la plus haute, les 10% les plus riches détiennent 86% des richesses mondiales, et les 1% les plus fortunés représentent à eux seuls 46% des actifs mondiaux.

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Un avocat, un informaticien, un militaire, un professeur. Qu’ont ces gens en communs? Ce sont des professionnels qui ont suivi des études universitaires et qui ont de la difficulté à occuper un emploi à temps plein. Depuis 2008, ils occupent des emplois précaires — ils travaillent aux contrats annuels, ils font de la consultation, ils se débrouillent pour survivre face à des plans de carrières difficiles à mettre en oeuvre, reléguant ainsi la personne à improviser sont parcours professionnel. Ils ont pourtant dépensé des milliers de dollars en frais de scolarités pour le premier cycle et pour des études supérieures dans le but, justement, d’assurer son avenir et de ne pas subir la précarité, l’instabilité et l’incertitude. Ils s’émancipent à l’aune de leurs rêves et de leurs espoirs et tentent alors de prendre le chemin et le pari plus sûrs pour assurer leurs avenirs, seulement pour découvrir que ce pari supposément plus sûr s’avère alors en fait un cauchemar où le travail sera subordonné (sous les ordres d’une autre et dont le travail ne dépend pas beaucoup de sa propre volonté), superflu, jetable — qui peut être sacrifié.

On explique aux chômeurs diplômés que leur situation est de leur faute ou relève de leur propre turpitude. Ils auraient donc dû choisir une formation plus « pratique », comme la science ou l’ingénierie, la comptabilité ou les finances, et surtout rester à l’écart des sciences humaines, domaine considéré comme plutôt inutile et inconsistant pour la société. La réalité s’avère que dans la « reprise sans emploi » (phénomène économique dans lequel une macroéconomie connaît une croissance tout en maintenant ou en diminuant son niveau taux d’emploi — jobless recovery), presque tous les secteurs de l’économie ont été décimés. Les entreprises se sont tournées vers le travail de contingence (aussi parfois appelé le travail occasionnel — casual work —, est un néologisme qui décrit un type de relation de travail entre un employeur et l’employé — Contingent work), et les positions au bas de l’échelle (entry-level positions) et des stages non rémunérés (unpaid internships).

Or, changer de programme d’études ne changera pas une économie « brisée » (broken economy).

Aux États-Unis, 9 % des diplômés en sciences informatiques sont au chômage, et 14,7 % de ceux qui détiennent des diplômes en systèmes d’information n’ont pas de travail. Les diplômés provenant programmes STEM — sciences, technologie, ingénierie et médecine — sont confrontés à des taux de chômage sans précédent, notamment avec un taux deux fois plus élevé que les niveaux d’avant la récession. Le marché du travail pour les titulaires de diplômes de droit continu de s’effriter, avec seulement 55 % des 2 011 diplômés en droit qui occupe un emploi à temps plein. Même dans l’armée, que géant du budget national, les positions sont éliminées ou devenir contingent en raison de la séquestration

En fait, semble-t-il, ce ne sont pas les compétences ou les diploés qui sont dévalués; ce sont les personnes elles-mêmes.

Les Universitaires sont dès lors confrontés notamment à la dérision de leur choix de carrière. « Vous avez un doctorat — qu’est-ce que vous vous attendez », on leur explique lorsqu’ils notent, que 76 pour cent des professeurs travaillent sans sécurité de l’emploi, en général pour des salaires de misère.

Il est vrai que le marché du travail académique (academic job market) s’est grandement détérioré au cours des dernières décennies. Mais jusqu’en 2008, les PhDs auraient pu s’attendre à plus. Depuis 2009, la plupart des disciplines ont perdu environ 40 pour cent de leurs ????, tandis que le carnet de candidats qualifiés ne cesse de croître. La plupart des PhDs travaillent comme professeur adjoint ou dans les nouveaux secteurs de l’appauvrissement à croissance élevé, dit-on avec euphémisme : compagnons non rémunéré (non-stipendiary fello), assistant professeur spécial (special assistant professor) ou volontaire de développement opportunité (voluntary development opportunity).

Malgré les conditions de travail désastreuses de l’éducation supérieur, les jeunes continuent à s’inscrire dans les écoles d’enseignement supérieures. Les détracteurs lèvent leurs yeux et demande: Pour quelle raison un jeune devrait-il s’astreindre à des années d’études pour finalement obtenir un diplôme d’une valeur douteuse, une sorte de permis de travail? Pourquoi n’allez-vous pas chercher un emploi? Les jeunes de la vingtaine répondent en riant, qu’après avoir obtenu leur diplôme universitaire dans une économie où leurs pairs passent des années en vain à la recherche d’un emploi ne trouvant que des stages non rémunérés ou du travail de contingence à bas salaire souvent tout en vivant à la maison chez ses parents. Un programme de troisième cycle bien financé, avec une assurance maladie, semble une évasion bienvenue.

Or, il n’est pas seulement question du revenus actuels, mais bien du salaires que l’on perd alors que vous dans le programme. A qui les de la trentaires, après avoir passé leur vie adulte dans une économie en stagnation avec des salaires et les opportunités ont été sérieusement érodé, prennent les jeunes de la vingtaine de côté, et leurs explique que c’est en fait une maxime, à qui eux aussi ont été abreuvé, mais dont ils n’ont jamais pu bénéficié. Ils racontent donc aux jeunes de la vingtaines ce qu’ils savent déjà: Il est très difficile de prévoir, ce qui est déjà disparu. La société change à un rythme effréné et la formation de l’étudiant deviens obselète avant même qu’il obtienne son diplome.

Si vous avez 35 ans ou moins — et bien souvent, les personnes plus âgées également —, les conseils convenant à l’ancienne économie ne s’appliquent plus désormais. Nous vivons dans une économie post-emploi (post-employment economy), où les entreprises ont carrément décidé de ne pas payer les gens. Totefois, les bénéfices demeurent encore élevés. L’argent est toujours là. Mais pas pour vous. Vous travaillerez sans augmentation de salaire, sans avantages sociaux, ou sans sécurité d’emploi. La survie, l’état de nature, est maintenant devenue une aspiration louable.

L’éducation supérieure est simplement un symptôme d’une maladie économique plus vaste. Alors que les universités se pavanes de dotations records et dépensent des millions en somptueuses infrastructures, les administrateurs justifient les mauvais entretiens des facultés ou des conférenciers, en notant qu’ils : 1) « choisissent » de travailler pour des salaires de misère, et 2) entreprennent une spécialisation qui leur apportent une la valeur limitée sur le marché — ignorant, bien sûr, que presque personne n’a vraiment de valeurs dans ce marché, sauf ceux qui récoltent ses plus grands bénéfices.

Qu’elle est donc le débat sur le diplôme universitaire – dans lequel la « compétence » est de plus en plus redéfinie comme une contribution spécifique aux entreprises – étendant cette inniquité au niveau du premier cycle, en la définissant comme sans valeur, tant sur le terrain de l’étudiant de l’étude et de l’enseignant. Mais quand l’inutilité est déterminé par les personnes distribuant – ou retenant – la valeur monétaire, nous avons certaines raisons de vouloir réévaluer la situation.

Il est facile de dénoncer un système cassé. Il est toutefois difficile de savoir comment s’adapter à cette situation.

Ce qui doit être clair, c’est que ce n’est pas une crise de choix individuels. C’est un échec systémique — de l’enseignement supérieur et au-delà. C’est une crise de la gestion du maniement des attentes – attentes quant au type de travail « normal », le type de traitement qui doit être toléré, et le niveau raisonnable de sacrifice. Lorsque la survie est présentée comme une aspiration, le sacrifice devient une vertu. Mais un héros n’est pas une personne qui souffre. Une personne en souffrance est une personne qui souffre.

Toutefois, si vous souffrez de la bonne manière — en silence ou avec une fidélité proclamée à des organisations — alors vous êtes un travailleur acharné qui paie sa juste part d’impôts et qui contribue donc à la société. Si vous souffrez de manière à dévoiler votre souffrance, manière qui montre votre douleur, cela brise le « silence », et vous êtes dès lors un chialeux – et on vous explique que c’est par votre propre turpitude que vous en être arrivé là.

Mais aucun travailleur ne mérite de souffrir. Pour aggraver les souffrances des privations matérielles, ont les saoules de rationalisations justificatives, ce qui s’avère non seulement cruel pour l’individu, mais donne aux exploiteurs [et donc aux pervers] une licence morale à la prédation.

Les individus intériorisent ainsi l’échec de l’économie, alors même que les médias fustigent contre eux et sur ce qu’ils auraient du faire différemment. Ils expriment ainsi leur gratitude pour leurs propres iniquités : le travail non rémunéré, la dette de dévotion, et l’investissement dans un avenir qui n’arrive jamais.

Et quand il n’arrive pas, et ils se demandent pourquoi, et on leur dit qu’ils étaient assez stupides d’entretenir de telles attentes. Ils s’arrêtent donc de parler, parce que l’humiliation n’est pas une monnaie d’échange. L’humiliation est un prix qui se paie en silence — et avec silence.

Les gens peuvent toujours faire des choix. Mais les choix des travailleurs d’aujourd’hui s’avèrent de plus en plus limités. La survie n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de mentalité – à ne pas confondre la malchance sociale pour un mauvais caractère, et ne pas confondre les occasions perdues pour les possibilités qui n’ont jamais été vraiment là.

Vous n’êtes pas au travail. Mais vous devenez la manière dont on traite les gens.

Alors, que pouvez-vous faire ? Vous pouvez placer le plus d’efforts possible dans votre travail et faire de votre mieux. Vous pouvez organiser et promouvoir le changement collectif. Vous pouvez survivre, grappiller et prennent des chances.

Mais lorsque vous tombez, sachez que des millions tombent avec, et en même temps que, vous. Sachez que cela s’avère, dans une large mesure, en dehors de vos mains. Et quand vous voyez quelqu’un d’autre chuter, étendez vos bras et mains pour les attraper.

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L’engouement pour les marchés émergents est susceptible aux phénomènes de mode. Ils ont été maltraités lors des crises asiatique et russe vers la fin des années 1990, mais ont ensuite récupéré pour ainsi offrir des rendements annuels à deux chiffres lors de la première décennie du 21e siècle. Depuis 2010, cependant, ils sont revenus à un rendement inférieur de leurs rivaux des pays développés.

Les arguments en faveur d’investissement dans les marchés émergents ont toujours été essentiellement les mêmes — ces pays offrent une croissance plus rapide, en moyenne, que celui du monde riche et ont un poids plus faible au sein des indices boursiers mondiaux (global equity indices) que les produit intérieur brut (PIB ; Gross domestic product – GDP) mondial.

Or, il n’y a pas de lien automatique entre la croissance économique par personne (economic growth per person) et retours boursiers (stockmarket returns)[10,11,12,13]. Ainsi, la corrélation entre les rendements boursiers et la croissance économique par habitant depuis 1900 a été négative, mais entre les rendements boursiers et la croissance globale du PIB est en fait positif. Une population en croissance, en d’autres termes, s’avère mieux pour indices boursiers, qu’une population riche.

Cette relation s’avère, hélas, pas très utile pour les investisseurs. Supposons qu’ils fassent des prévisions de croissance économique par extrapolation à partir des données des cinq années précédentes, et mettent de l’argent dans les marchés boursiers des pays qui ont connu la croissance la plus rapide. Depuis 1972, cette approche aurait généré un rendement de 14,5 % par an en termes de dollars. Mais s’ils avaient investi dans les économies des économies à plus faible croissance, les investisseurs ont gagné un rendement de 24,6 %.

Cela peut être en partie dû à un effet de « valeur » (value effect), similaire à celle observée avec les actions individuelles. Les pays ayant de bons dossiers de croissance sont ainsi favorisés par les investisseurs qui ont en conséquence misé sur les cours des actions (share prices); les futurs rendements des actions sont donc inférieurs. Mais les pays ayant des antécédents de croissance pauvres voient leurs marchés boursiers évités; le prix de leurs actions est donc peu onéreux et offre des rendements ultérieurs plus élevés. Un autre problème s’avère que l’extrapolation de la croissance économique passée ne fonctionne désormais tout simplement pas. Il n’y aurait aucune corrélation depuis 1900 entre la croissance du PIB par personne dans un pays donné en un an et une croissance deux ans plus tard.

De plus, un marché boursier n’est pas une représentation fidèle de l’économie nationale; les entreprises qui réussissent peuvent être de propriété privée et ne figurent pas sur le marché tandis que de nombreuses grandes entreprises (comme en Chine) peuvent être la propriété de l’État. À mesure qu’ils croissent, les entreprises émettent plus d’actions; en conséquence, les actionnaires existants ne bénéficie pas de tous les avantages d’un profits plus élevés.

Sur le long terme, ces effets de dilution signifient que les investisseurs ne reçoivent pas tous les avantages de la croissance du PIB, en ce sens que les dividendes croissent plus lentement que l’économie. Entre 1900 et 2013, les dividendes réels ont légèrement diminué (0,1 % par an) au sein des 21 pays analysés, tandis que la croissance du PIB a été de 2,8 % par an. Même en Amérique, pour l’économie qui a le plus réussi lors de cette période, les dividendes réels ont augmenté de 1,6 % tandis que la croissance du PIB a été de 3,4 %.

Or, on croit pourtant qu’une connaissance préalable de la croissance du PIB serait vraiment utile. Si les investisseurs avaient eu de parfaites prévisions quant aux économies qui afficheraient les croissances les plus rapides au cours des cinq années suivantes, et avaient investi en conséquence, ils auraient pu gagner 28,8 % par an. Là encore, si le destin avait accordé aux investisseurs une parfaite prévision, il serait plus simple pour eux d’être de connaitre qu’elles sont les économies les plus performantes, et non pas les meilleures économies.

En l’absence de ces pouvoirs de prédiction, les marchés émergents affichent encore un certain attrait. Les universitaires reconstruire un univers des marchés émergents remontant à 1900 en utilisant une définition basée sur le PIB par tête; en commençant par un groupe de sept (Chine, la Finlande, le Japon, le Portugal, la Russie, l’Afrique du Sud et l’Espagne). Au cours de la période, les marchés émergents ont sous-performé, revenant de 7,4 % contre 8,3 % pour les pays développés.

À l’aide d’un modèle économique, l’on a reconstruit l’univers des marchés émergents, et ce, à partir de 1900, en utilisant le PIB par personne, et ce, pour un groupe de 7 pays (Chine, Finlande, Japon, Portugal, Russie, l’Afrique du Sud, et l’Espagne). Au cours de cette même période étendue, les marchés émergents ont sous-performé, revenant à des taux de 7,4 % contre 8,3 % pour les pays développés.

Cependant, la plus grande période de sous-performance était lors des années 1940, lorsque les actions japonaises ont perdu 98 % de leur valeur en dollars et lorsque le marché chinois avait été englouti dans la révolution. Depuis 1950, les marchés émergents affichent un retour de 12,5 % par an contre 10,8 % pour les marchés développés. Ces résultats s’avèrent corrects, en théorie: les marchés émergents sont plus risqués (dans le sens d’être plus volatile) et les investisseurs devraient exiger un rendement plus élevé.

La bonne nouvelle relève que la volatilité a diminuée au fil du temps, à la fois en termes absolus et par rapport aux marchés développés. La mauvaise nouvelle est que, au cours des cinq ans avant 2013, la corrélation entre les marchés émergents et leurs frères développés était deux fois plus forte qu’elle l’était au début des années 1990. La mondialisation a intégré le développement des marchés boursiers en développement ainsi que leurs économies.

Après le ralentissement de l’année dernière – qui n’a en rien fait qui puisse enrayer l’évolution structurelle haussière des économies émergentes, les marchés émergents repartent de l’avant. Lors d’une table ronde organisée par la Credit Suisse Research Institute lors du Forum économique mondial, les décideurs économiques du Forum économique mondial étaient d’accord sur le fait que les économies émergentes offrent un grand potentiel alors que la richesse et la consommation sont en hausse, et qu’ils ne pouvaient qu’évoluer que dans une direction à long terme: vers le haut. Oubliez ce qui s’est passé l’année dernière, constatent-ils, une perspective à plus long terme est selon eux essentielle pour qui envisage d’investir ou de faire des affaires dans les pays émergents. La part de la fortune mondiale que représentent les marchés émergents est partie pour doubler d’ici à 2018, constituant ainsi une base d’épargne et une plate-forme de consommation de belle envergure.

Les investisseurs privés et les entreprises peuvent cueillir les fruits de la fortune en forte croissance des consommateurs émergents. On souligne également que la compréhension des différents niveaux de revenus et d’âge ainsi que de la localisation des consommateurs était cruciale pour les investisseurs désireux de profiter de cette opportunité – non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi au sein de ces marchés. Certains prévisionnistes estiment que la croissance de la classe moyenne mondiale pourrait atteindre 2 milliards de personnes entre 2010 et 2030.

Les nouveaux venus au sein d’une classe moyenne en croissance demanderont d’accéder à des biens et à des services, transformant ainsi les opportunités qui émergent et générant de la demande pour les entreprises, car on ne peut avoir de classe moyenne sans les fonctions essentielles de base telles que l’électricité, la santé et les transports. Ainsi, la pression pesant sur ces gouvernements est aujourd’hui plus forte que jamais – et entièrement liée au cycle électoral. Par conséquent, leur capacité à réaliser des investissements intelligents à long terme est quelque peu problématique.

Toutefois, on avertit qu’appliquer le modèle occidental aux pays émergents ne fonctionnait pas forcément, et que de nombreuses entreprises devaient sérieusement repenser leur modèle commercial face à la transformation du monde émergent, et obtenir une meilleure compréhension des consommateurs locaux.

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Mon commentaire, c’est que les étudiants, mais dans un monde mondialisé, ont non seulement besoin d’apprendre l’anglais, mais également les cultures des consommateurs des marchés émergents. Cela nécessite donc une certaine éducation, et une certaine culture, afin d’être capable de transiger dans un contexte multiculturelle et interculturelle.

Du pouvoir d’achat!

En économie, le pouvoir d’achat d’un revenu (salaire ou rente) est la capacité d’achat en termes de biens et services que permet ce revenu. Or, semble-t-il, il y a une solution pour augmenter le pouvoir d’achat : créer plus d’occasions d’affaires, dynamiser l’économie, susciter plus d’investissements privés et créer plus d’emplois payants[a]. La question de l’évolution du pouvoir d’achat est centrale dans l’analyse des changements sur le marché du travail puisqu’elle renseigne notamment sur la qualité des emplois détenus. Et en ce qui concerne les prix, c’est l’indice des prix à la consommation (IPC), calculé par Statistique Canada, qui est utilisé. «Pour l’établir, ils comparent au fil du temps le coût des 600 à 650 biens et services les plus consommés par les Canadiens (logement, transport, alimentation, etc.). L’évolution du prix de ce “panier de consommation” correspond à l’IPC.

Plus des trois quarts de la population québécoise disposent d’un pouvoir d’achat inférieur au reste du Canada. Les Québécois travaillent aussi moins que dans les autres provinces[1]. Aussi, l’inflation gruge le pouvoir d’achat des Québécois[2]. Aussi, chaque Québécois disposait de l’équivalent de 4740 $ de pouvoir d’achat de moins qu’un Ontarien en 2009[3].

Vis-à-vis des provinces les plus riches, il subsiste donc un important retard de pouvoir d’achat qui pénalise les Québécois. Par rapport à l’Ontario, cet écart a atteint, pour la moyenne des années 2007 à 2009, plus de 7000 dollars par année par personne (selon la normalisation de Statistique Canada)[4] . Aussi, le pouvoir d’achat des futurs retraités risque d’être affecté par la hausse du coût de la vie au fil des années[5].

Ainsi, même si le revenu augmente de 3 $ et que l’augmentation des prix à la consommation augmente de 7 $, le revenu est considéré comme avoir augmenté, mais le pouvoir d’achat aura diminué.

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Fait très intéressant, durant la dernière décennie, le pouvoir d’achat des travailleurs non syndiqués a crû de façon plus notable que celui des travailleurs syndiqués [6,7,8,11]. Cette donnée surprenante ressort de l’Annuaire québécois des statistiques du travail, qui vient d’être rendu public par l’Institut de la statistique du Québec. Habituellement, le salaire horaire des employés syndiqués est plus élevé que celui des employés non syndiqués. C’est encore le cas, puisqu’en 2013, les employés syndiqués recevaient une rémunération de 25,23 $ l’heure, comparativement à 20,75 $ pour les non syndiqués. Toutefois, quand l’Institut de la statistique a analysé la hausse de la rémunération horaire de ces deux types d’employés sur une décennie, soit de 2003 à 2013, il a remarqué que cette rémunération des syndiqués avait crû de 6,4 pour cent, alors qu’elle avait crû de 11,9 pour cent pour les non-syndiqués. Par ailleurs, durant la même décennie, le ratio de la rémunération des femmes par rapport à celle des hommes a augmenté, passant de 84,7 à 87,8 pour cent.

Au Québec [9], le seuil 1% les plus riches, selon des données de Statistique Canada (2010), est de 178 000$ avant impôt, qui englobent les revenus de travail et les gains en capital. Tous les particuliers qui gagnent plus que cette somme font partie des 1% plus riches. Or, ce seuil est significativement plus bas que la moyenne canadienne. Au Canada, le seuil des 1% plus riches est de 213 600$, soit 20% de plus qu’au Québec. Les provinces des Prairies dominent le palmarès, avec un seuil de 254 700$, tandis que les provinces atlantiques finissent en queue de peloton, à 155 200$. On peut conclure que les riches au Québec sont moins riches que la moyenne canadienne, mais on peut aussi dire qu’il y a moins de riches au Québec, toutes proportions gardées. Conséquemment, l’écart de revenus entre les deux groupes s’est fortement accru depuis le début des années 90 au Canada. Le fossé s’est toutefois moins creusé au Québec. 

On a comparé la croissance réelle des revenus du groupe de 1% à celle des autres contribuables (les 99%), mais après impôts et après transferts gouvernementaux (assurance emploi, bien-être social, etc.). Au Canada, le groupe de 1% a vu ses revenus croître de 61% entre 1992 et 2010, comparativement à 18% pour le groupe de 99%. Dit autrement, la croissance des revenus totaux du groupe de 1% a été 3,4 fois plus importante que celle du groupe de 99% au Canada. Ce rapport de croissance entre les deux groupes est encore plus fort en Ontario (4,1) et dans les Prairies (3,9). Pendant ce temps, au Québec, le groupe de 1% a vu ses revenus après impôts progresser de 54%, soit 2,4 fois plus vite que ceux des autres contribuables du Québec. En somme, la croissance des inégalités s’est accrue aussi au Québec, mais de façon moins prononcée.

Le Québec est « pauvre en riches » dans le contexte nord-américain, mais il compte beaucoup plus de riches que des pays développés comme la Suède, le Danemark, le Japon ou l’Italie. 

Enfin, si l’on tient compte du pouvoir d’achat, il fallait gagner au Québec l’équivalent de 137 000$US avant impôt pour faire partie des 1% les plus riches en 2009. Ce seuil n’est que de 84 200$US en Suède et de 114 500$US au Japon. Autrement dit, les riches du Québec sont plus riches ou encore, le Québec compte proportionnellement plus de contribuables qui font 137 000$US que dans ces pays, donc plus de riches.

Les inégalités sont beaucoup plus grandes aux États-Unis que dans les autres pays industrialisés.

Des études qui émanent de l’Université de Sherbrooke et de HEC-Montréal font le portrait d’une économie fragilisée par l’endettement public et le vieillissement de la population plus rapide au Québec qu’ailleurs. Revenus plus faibles, consommation moins grande, épargne insuffisante : la situation financière des Québécois ne semble pas s’améliorer. L’étude de la Banque Nationale affirme que le taux des défaillances (faillites personnelles et proposition aux créanciers) est en hausse au Québec, fait qui n’est constaté que dans deux autres provinces, soit l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse [10].

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Le Québec devra miser davantage sur l’innovation et ses exportations s’il veut combler son retard par rapport au reste du Canada et aux autres pays de l’OCDE. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par le Centre sur la productivité et la prospérité du Québec (CPP) de HEC Montréal, sur les performances économiques du Québec. À parité de pouvoir d’achat, le produit intérieur brut (PIB) par habitant des Québécois était estimé à environ 44 400 $ en 2012. Bien en dessous de la moyenne canadienne de 52 100 $ ou de celle de l’Ontario à 49 940$. La parité de pouvoir d’achat est une méthode que les économistes utilisent pour comparer la capacité de différentes populations à se procurer des biens. Le Québec se trouve ainsi dans le peloton de queue de l’échantillon des 20 pays de l’OCDE considérés par les chercheurs du CPP. Au Canada, les Québécois ne dépassent en richesse que les provinces Maritimes, excluant Terre-Neuve. Sans surprise, les Albertains sont les plus riches au pays avec un PIB qui frôle les 80 500$ par tête [12].

Les chercheurs démontrent que l’écart entre le niveau de vie du Québec et de la moyenne du pays s’est légèrement élargi durant les trente dernières années. Ils précisent cependant, qu’en termes relatifs, le niveau de vie des Canadiens est supérieur de 17% à celui des Québécois, qui équivaut à celui de 1981. Maigre consolation, le PIB du Québec est en train de rattraper celui de l’Ontario, mais très lentement. En 1981, le niveau de vie des Ontariens dépassait celui des Québécois d’environ 17%, comparativement à 12% actuellement. Les chercheurs de HEC Montréal ont pointé les faiblesses de l’innovation et des exportations au Québec parmi les responsables de ses résultats économiques moyens.

Le gouvernement québécois doit définir une politique claire à court et long terme pour redynamiser son économie. « Le Québec doit soutenir ses champions, comme dans l’aéronautique, sans toutefois oublier les autres secteurs de l’économie. Les politiques doivent aussi favoriser l’innovation dans ces autres secteurs pour espérer voir naître à long terme de nouveaux champions », conclut Thierry Warin, professeur au département des affaires internationales de HEC Montréal et vice-président stratégie et économie internationales au CIRANO.

De plus, les autorités ne sont pas insensibles à la question de l’innovation. « De nombreux défis de société sont à nos portes, que ce soit sur le plan démographique, économique, environnemental ou identitaire. Notre capacité à les relever dépendra de notre aptitude à innover, à nous rassembler et à mettre en commun les forces vives de la recherche, quelle que soit l’institution ou l’entreprise dans laquelle elle se réalise », annonçait la première ministre, Pauline Marois, en octobre 2013.

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Ainsi, au Québec, le revenu disponible moyen par habitant, c’est-à-dire l’argent net qui vous reste dans vos poches, augmente. Même qu’il croît en moyenne de 1,1 % par année et a grimpé de 4,3 % entre 2007 et 2011, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique (ISQ). Mais la bonne nouvelle s’arrête là, puisqu’à l’échelle du pays, ce revenu moyen fait piètre figure: il arrive en avant-dernière position des 10 provinces.  La classe moyenne se porterait bien et serait même plus riche qu’avant. Au Québec, la classe moyenne s’en sort bien, vit mieux que la classe moyenne américaine grâce aux politiques fiscales, à la redistribution de la richesse et à la protection des salaires des emplois syndiqués. Or, la classe moyenne, gagne suffisamment pour bien vivre, mais pas assez pour combler tous ses désirs. C’est ce décalage qui cause une frustration.  Résultat: elle s’endette pour se satisfaire. Cependant, d’autres croiten plutôt que la classe moyenne s’appauvrit et que si elle s’endette, ce n’est pas pour consommer à outrance, mais pour maintenir son niveau de vie [13].

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Sources

[1] http://bit.ly/Nhfsl9

[2] http://bit.ly/NIZBKA

[3] http://bit.ly/NIZWwY

[4] http://bit.ly/NJ0jr8

[5] http://bit.ly/NJ0xyE

[6] http://bit.ly/QpONsa

[7] http://bit.ly/1i7q6pX

[8] http://huff.to/1eSluJE

[9] http://bit.ly/1fa1lLt

[10] http://bit.ly/1joyrfi

[11] http://bit.ly/1lsBu8m

[12] http://bit.ly/1lr716f

[13] http://bit.ly/1gMqydZ

Références

[a] Duhamel, P. (2013). “La crise du pouvoir d’achat”, 4 Avril 2013, L’Actualité, http://bit.ly/1lsxKDR