Médecins de famille : élicitation altruiste de l’humilation et de la honte!

Avez-vous déjà quitté le bureau d’un médecin avec un sentiment de honte ou de culpabilité? Aux États-Unis, il y une chance sur deux qu’une personne ait répondu « oui », selon une cette nouvelle étude de l’Université de Californie, San Diego. Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite? Peut-être cela vous à-t-il motivés à apporter des modifications à un comportement malsain. Ou, peut-être avez-vous tout simplement menti au médecin lors des visites ultérieures? Peut-être l’éviterais vous à l’avenir? Peut-être même mettrez-vous entièrement fin au traitement?

Le sentiment de honte et de culpabilité comme résidu direct de l’interaction avec un médecin s’avèrerait assez fréquente, selon Christine Harris, professeure de psychologie à l’UC de San Diego de la division des sciences sociales, comme le sont également les réactions positives et négatives. Mais, étonnamment peu de recherches ont été faites sur le sujet. Or, aujourd’hui, dans une paire de nouvelles études, Harris et ses collègues examinent les conséquences de ces sentiments que les médecins inspirent. Harris et son équipe explore également la raison pour laquelle certains patients sont stimulés par l’expérience du sentiment de honte ou de culpabilité d’une manière qui favorise la santé tandis que d’autres se tournent vers le mensonge ou l’évitement.

Mieux comprendre les réactions des patients est donc important parce que « plus d’un tiers de tous les décès aux États-Unis sont encore essentiellement évitables et en grande partie dus à un comportement malsain patient ».

Dans les deux études, le poids et le sexe sont les plus fréquemment cités comme élicitant la honte aux sujets. La dentition est une considération le plus citée chez les jeunes (les autres considérations possibles comprennent également, entre autres, le tabagisme, la consommation d’alcool ou de drogue, la non-conformité aux prescriptions de médicaments ou le non-respect aux ordres du médecin, la santé mentale, etc.).

Les interactions avec les médecins de famille, les gynécologues et les dentistes ont été les spécialités les plus souvent citées comme source de honte. C’est probablement parce que, selon Harris, les gens voient généralement ces types de médecins plus que d’autres.

Dans les deux études, les réactions émotionnelles et comportementales à l’expérience de l’humiliation variaient considérablement : entre effectuer un profond changement de mode de vie pour améliorer sa santé, ou inversement, à complètement éviter tous les médecins.

Ce qui importe le plus et ce qui semble faire la plus grande différence, selon Harris, c’est de savoir si le patient « fait une attribution globale, condamnant l’ensemble de soi » ou condamne simplement le comportement. Se concentrer sur le comportement amène et mène le plus souvent à de bons résultats. Les personnes qui signalent une réaction plus positive se concentrent généralement sur l’acte (l’action) et non pas sur le soi (l’être). La capacité à changer médie la réponse. Ceux qui se disent : « Je suis un fumeur » ou « Je suis une personne obèse » peuvent se résigner, alors que pour ceux qui se disent « je fume » ou « je mange trop » semble également penser « je puis arrêter de faire ça ».

Un aspect important de l’expérience négative est celui de la perception du patient de l’intention du médecin. Si vous percevez votre médecin comme voulant intentionnellement vous faire ressentir de la honte ou de la culpabilité, la réaction est exclusivement négative; les chercheurs n’ont d’ailleurs trouvé aucune réaction positive.

Les chercheurs ont aussi constaté certaines différences sexuelles : les femmes ont déclaré avoir subi plus de honte et de culpabilité pendant leurs visites chez les médecins que les hommes. Elles ont également signalé plus des réactions négatives. Mais, curieusement, cela ne semble reposer sur le fait que les femmes font des attributions globales. Elles ne se remettent donc pas nécessairement plus en cause que les hommes. Il se pourrait que les médecins traitent les hommes et les femmes différemment. Ou peut-être que les femmes perçoivent le « signal » plus fortement ou ont des perceptions différentes de l’interaction avec leurs médecins.

En attendant, les médecins devront continuer à se soumettre à la tâche peu enviable de discuter de sujets délicats avec leurs patients et de faire des recommandations sur leurs comportements malsains, et ce qui est clair c’est que : « l’amour féroce (tough love) » et l’humiliation ne fonctionnent pas toujours. En fait, ils s’avèrent souvent contre-productifs.

Pour améliorer les résultats et aboutissements, les médecins doivent essayer de garder la conversation centrée sur le comportement (et non pas la personne) et également éviter, autant que possible, d’être perçus comme une personne tentant intentionnellement d’infliger de la honte ou de la culpabilité pour arriver à ses fins. Cela relève de la manipulation. La maltraitance et de la violence psychologique pour le bien d’autrui sont bien expliquées dans l’ouvrage d’Alice Miller, « C’est pour ton bien »1, et dénotent ses effets néfastes, délétères, et destructeurs.

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Parmi les 750 sujets d’une étude [2] sur les patients difficiles, 133 (17,8 %) ont été perçues comme difficiles par le docteur. Les patients « difficiles » étaient moins susceptibles de totalement faire confiance, ou d’être entièrement satisfaits, de leur médecin, et ils étaient plus susceptibles d’avoir une aggravation des symptômes dans un délai de 2 semaines suivant la rencontre. Les patients participant à des « rencontres difficiles » avaient plus de cinq symptômes, ont approuvé un stress récent et qu’ils entretenaient un trouble dépressif ou anxieux. Les médecins impliqués dans les rencontres difficiles étaient moins expérimentés et avaient des scores d’orientation psychosociale faible. Ainsi, des caractéristiques à la fois des patients et des médecins sont associées à des rencontres « difficiles », et les patients qui participent à ces rencontres ont de moins bons résultats à court terme.

À ce jour, la majorité des études portant sur les patients dits « difficiles » a uniquement mis l’accent sur les caractéristiques des patients. Le travail de Hinchey et Jackson s’appuie sur la recherche existante afin d’obtenir un portrait plus complet et plus global, en tenant compte des facteurs associés au fait de considéré le patient comme « difficile », autant lié aux patients et qu’aux cliniciens , ainsi que de l’impact de cette évaluation sur les résultats et aboutissement de santé des patients.

Un total donc de 750 adultes qui ont fréquenté une clinique de soins primaires sans rendez-vous (primary care walk-in clinic). Avant la consultation, les chercheurs ont évalué les symptômes, les attentes, leurs santés générales, les manières dont ils fonctionnaient physiquement, socialement et émotionnellement ainsi que si ces adultes avaient des troubles mentaux. Immédiatement après leur visite, les participants ont été interrogés sur leur satisfaction par rapport à la rencontre, et des attentes non satisfaites ainsi que leur niveau de confiance dans leur médecin. Deux semaines plus tard, les symptômes ont été contrôlés à nouveau. En outre, les cliniciens ont été invités à évaluer la difficulté de la rencontre après chaque visite.

Les auteurs ont constaté que près de 18 pour cent des patients ont été perçus comme « difficiles ». Les caractéristiques, à la fois des patients et des médecins, ont contribué à des rencontres « difficiles ». En particulier, les patients dits « difficiles » souffraient de plus symptômes, souffrait d’un état fonctionnel déficitaire, utilisent plus fréquemment les cliniques et étaient plus susceptibles d’avoir un trouble psychiatrique sous-jacent que les patients dit « non difficiles ». Les cliniciens ayant un style de communication plus ouvert et ceux qui ont plus d’expérience ont déclaré avoir moins de rencontres difficiles.

En conséquence, les patients issus de rencontres difficiles étaient moins satisfaits, ont eu moins confiance en leur médecin et un plus grand nombre d’attentes non satisfaites. Deux semaines plus tard, ils étaient aussi plus susceptibles de connaître une aggravation de leurs symptômes.

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1 Miller, A. (1984). « C’est pour ton bien: Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, Paris: Aubier.
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