L’usage des antidépresseurs toujours en hausse dans les pays riches

Selon l’OCDE, le taux d’augmentation des prescriptions ne correspond pas à l’augmentation globale des diagnostics, entrainant ainsi des inquiétudes chez les professionnels de la santé quant à l’utilisation excessive ou la sur-utilisation de médicaments.

L’usage d’antidépresseurs a ainsi bondi à travers le pays riche au cours de la dernière décennie, selon l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OCDE), soulevant des inquiétudes chez les médecins selon laquelle il y aurait une sur-prescription de « pilules ».

Les chiffres montrent que dans certains pays les médecins sont en train d’écrire des ordonnances pour plus d’un adulte sur 10, avec l’Islande, l’Australie, le Canada et les autres pays nordiques européens en tête.

D’autres données, provenant des États-Unis celles-là, montrent que plus de 10 % des adultes américains utilisent le médicament contre la dépression. En Chine, le marché des antidépresseurs a augmenté d’environ 20 % pour chacune des trois dernières années, mais à partir d’une base plus faible.

Toutefois, le taux global de dépression n’a pas augmenté dans la même mesure, même si plus de gens sont diagnostiqués dans certains pays.

Dans son rapport « Health at a glace » (http://bit.ly/19KOcmN ; Panorama de la sante 2013 – http://bit.ly/LCogoJ), l’OCDE a déclaré que la hausse des niveaux de consommation pourrait s’expliquer par l’utilisation des antidépresseurs pour les cas légers de dépression. Toujours selon l’OCDE, la crise financière pourrait avoir été un facteur contribuant à la plus récente augmentation de l’usage, notamment pour l’Espagne et le Portugal, par exemple,ou les prescriptions d’antidépresseurs ont fait un bond de plus de 20 % au cours des cinq dernières années.

La plupart des psychiatres s’accordent à dire que les antidépresseurs fonctionnent mieux pour les personnes atteintes d’une maladie grave, mais ne sont pas censés être comme premier recours pour les personnes souffrant de dépression légère. Nous savons également que les antidépresseurs fonctionnent pour dépression modérée à sévère. La consultation et les thérapies par la parole, comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), sont reconnus comme tout aussi efficace sur le long terme. Mais les psychothérapies sont une « denrée » rare dans de nombreux pays. Ainsi, on pourrait supposer que l’explosion de l’usage d’antidépresseurs que l’on constate actuellement dans la plupart des pays reflète le fait que beaucoup de personnes souffrant de dépression modérée à sévère reçoivent un traitement — et que ce serait une bonne chose.

Cependant, le point négatif, c’est que beaucoup de personnes reçoivent des antidépresseurs alors qu’ils ne devraient pas en obtenir. Les médecins et les fournisseurs de soins de santé doivent être en mesure de reconnaître correctement la dépression afin que ceux qui ont réellement besoin d’antidépresseurs en reçoivent et que les cas bénins ne devraient pas se voir attribuer une prescription. Or, la plupart des experts s’entendent pour dire que les antidépresseurs sont sur-prescrits pour certaines personnes, mais sous-utilisés pour d’autres.

Les antidépresseurs sont largement sur-prescrits pour se débarrasser du chagrin et de la peine. Ces médicaments n’ont pas été conçus pour cet usage. Le chagrin et la peine font partie de la condition humaine. Mais la vraie dépression clinique, elle, répond aux antidépresseurs. Et ne pas prescrire dans ces cas relève à condamner inutilement l’individu à vivre la maladie beaucoup plus longtemps. Certains cliniciens croient que l’augmentation des prescriptions d’antidépresseur est le résultat d’une meilleure reconnaissance de la dépression, et ce, dans de nombreux pays. Or, il est toutefois beaucoup plus probable que cela relève d’un résultat de la commercialisation efficace de l’industrie pharmaceutique.

La flambée de l’utilisation des antidépresseurs relève de la pression croissante à la médicalisation du malheur (du chagrin et de la peine), qui se justifierait par le manque de ressources et de temps ainsi qu’à la faible disponibilité d’autres traitements thérapeutique entrainant ainsi les médecins à faire un sur-usage de prescriptions. Nous médicalisons les situations les plus courantes : conflit, séparation, vicissitudes de l’existence. Ils seraient prescrits trop facilement. Si vous prenez un antidépresseur et que cela ne fonctionne pas, vous ne pensez pas que c’est parce que vous pourriez ne pas être déprimé, mais que vous devez prendre un plus fort.

Dans une étude de la WHO en 2011 (Bromet, 2011), à l’échelle plantaire, les femmes étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir des périodes de dépression que les hommes. De plus, aux États-Unis et en Europe occidentale, le taux de dépression est plus élevé chez les personnes plus jeunes.

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La croissance des dépenses pharmaceutiques s’est ralentie dans de nombreux pays de l’OCDE ces dernières années. Pourtant, le Canada se hisse au troisième rang des pays où l’on consomme le plus d’antidépresseurs, selon les plus récentes statistiques de l’OCDE. Depuis le début du millénaire, parmi les 21 pays recensés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), seules l’Islande et l’Australie devancent le Canada au chapitre de la consommation de médicaments contre la dépression. On note également que la consommation d’antidépresseurs augmente tandis que le nombre de personnes atteintes de dépression reste stable.

L’augmentation de l’utilisation des antidépresseurs peut aussi être partiellement expliquée par le sentiment d’insécurité provoqué de la crise économique (Gili et al., 2012). La crise financière est considérée comme un facteur évident d’augmentation de la consommation d’antidépresseurs. Pourtant, par exemple en France – qui pointe au 13e rang mondial, loin derrière l’Islande, l’Australie et le Canada -, la crise économique persistante n’a toutefois pas d’impact sur l’accroissement de la consommation d’antidépresseurs.

Or, la consommation moyenne d’antidépresseurs dans les 23 pays membres de l’OCDE est ainsi de 56 cachets par… jour pour 1 000 habitants. Avec 86 “pilules du bonheur” –  l’Islande (106) et l’Australie (89) -, le Canada se hisse donc au troisième rang des consommateurs d’antidépresseurs. Mais l’un des bonds les plus importants a été enregistré en… Allemagne (+ 46 % entre 2007 et 2011), un pays pourtant montré en exemple pour sa bonne santé économique.

Toujours selon le rapport,  l’explosion du nombre de travailleurs pauvres, la proportion toujours plus importante de salariés cumulant plusieurs emplois pour boucler leurs fins de mois et la pression accrue sur les lieux de travail expliquent en partie cette “anormalie”. L’OCDE explique aussi la hausse de la consommation de psychotropes relève entre autre de l’accroissement de l’intensité et de la durée des traitements parmi les facteurs qui peuvent expliquer la hausse générale de la consommation d’antidépresseurs (or pourtant, une étude de l’ISQ constate que les québécois se conforme peu à leur traitement médicamenteux). En Angleterre, par exemple, la hausse de la consommation est liée à un allongement du traitement médicamenteux (Moore et al., 2009). La hausse de consommation peut aussi s’expliquer par l’extension des indications de certains antidépresseurs à des formes plus légères de dépression, à l’anxiété généralisée ou à la phobie sociale (Hollingworth et al., 2010 ; Mercier et al., 2011) ; Ces extensions ont fait l’objet de réserves quant à leur pertinence. On cite également à titre de cause possible, une plus grande prise de conscience du phénomène de la dépression, une évolution de l’acceptabilité sociale et la volonté d’obtenir un traitement lors des épisodes de dépression, jouent un rôle dans la hausse de la consommation.

Semble-t-il, les médecins n’hésitent plus en outre à prescrire des médicaments pour des patients souffrant de symptômes légers. Ces derniers, en nombre croissant, se rendent également chez les généralistes pour demander de l’aide quand leur moral retombe un peu, ce qui n’était pas forcément vrai il y a quelques années de cela [et serait également lié par l’extension des indications des médicaments].

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SOURCES

Boseley, S., Editor, H., Chalabi, M., & Rice-Oxley, M. (2013, November 20). “Antidepressant use on the rise in rich countries, OECD finds“, the Guardian. Retrieved November 25, 2013, from http://www.theguardian.com/society/2013/nov/20/antidepressant-use-rise-world-oecd

Rice-Oxley, M., & Fishwick, C. (2013, November 21). “Medicalisation of misery to blame for soaring use of antidepressants, say GPs“, the Guardian. Retrieved November 25, 2013, from http://www.theguardian.com/society/2013/nov/21/prescribing-culture-blame-rise-antidepressants

LePoint.fr (2013). “Les Français ne sont pas si accros que cela aux antidépresseurs“, 22 novembre 2013, http://bit.ly/LPqbHo

OCDE (2013), “Panorama de la santé 2013 : Les indicateurs de l’OCDE“, Éditions OCDE, http://dx.doi.org/10.1787/health_glance-2013-fr

Bromet, Evelyn, et al. “Cross-national epidemiology of DSM-IV major depressive episode.” BMC medicine 9.1 (2011): 90.

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