Comment le rejet peut nuire à notre bien-être, ainsi qu’à notre santé psychologique et émotionnelle

La douleur, qu’elle soit causée par une blessure physique ou le rejet social, est inévitable au cours d’une vie, et le rejet semble parfois vraiment douloureux physiquement. Or, bien des rejets vécus peuvent générer des dégâts à notre bien-être psychologique ainsi qu’à notre santé psychologique et émotionnelle, qui va bien au-delà de la simple douleur émotionnelle. Commençons donc par examiner pourquoi le rejet fait si mal.

Le Ethan Kross Ph.D. et ses collègues à l’Université du Michigan ont scanné les cerveaux des participants dont les partenaires romantiques avaient récemment rompu avec eux. Les régions du cerveau associées à la douleur physique se sont activées alors que les participants visualisaient des photographies de leurs anciennes flammes (Proceedings of the National Academy of Sciences, 2011). Les effets du rejet se grefferaient sur les voies de la douleur physique dans le cerveau. Des études IRMf montrent que ce sont les mêmes régions du cerveau qui s’activent quand nous éprouvons du rejet et quand nous éprouvons de la douleur physique. C’est pourquoi le rejet fait tellement mal (neurologiquement parlant). En fait, notre cerveau réagit de manière similaire au rejet et à la douleur physique [a]. Ainsi, une certaine accumulation de preuves suggère qu’il y aurait un chevauchement de la douleur physique et de la douleur sociale, empruntant les mêmes circuits neuronaux et les processus sous-jacents [b]. Or, certaines études contredisent ce résultat [c].

L’acétaminophène (Tylenol) réduiriait la douleur émotionnelle que suscite le rejet. Pour tester l’hypothèse que le rejet « imite » la douleur physique, des scientifiques ont donné à quelques personnes de l’acétaminophène avant de leur demander de rappeler une expérience douloureuse de rejet. Les participants qui ont reçu Tylenol ont signalé des douleurs émotionnelles beaucoup moins vives que les sujets ayant reçu un placebo. Les psychologues supposent qu’il y aurait une raison spécifique pour le lien étroit entre le rejet et la douleur physique. L’acétaminophène réduit les réactions comportementales et neuronales associées à la douleur du rejet social, ce qui démontre un chevauchement important entre la douleur physique et sociale [d]. De plus, observer le rejet/l’exclusion active les régions associées à la mentalisation, et les personnes très empathiques ont activé deux régions, celui à la mentalisation, et celui associé à la douleur [e]. Le lien entre la douleur physique et sociale peut paraître surprenant, mais il serait logique biologique. En effet, au lieu de créer un tout nouveau système pour répondre aux événements socialement douloureux, l’évolution a simplement opté pour l’usage système préexistant de la douleur physique. Compte tenu du chevauchement partagé, il s’ensuit que si vous engourdissez à un type de douleur, cela devrait également engourdir la douleur d’un autre type.

Le rejet aurait servi une fonction vitale dans l’évolution humaine. En effet, à l’époque des chasseurs-cueilleurs, l’ostracisme tribal (exil; bannissement du groupe) pouvait s’avérer une véritable sentence de mort, car il y avait très peu de chance de survivre très longtemps seul sans l’aide du groupe. Les psychologues évolutionnistes supposent que le cerveau aurait développé un système d’alerte précoce pour nous informer d’une situation à risque d’ostracisme. Parce qu’il était si important d’attirer notre attention — ceux qui ont vécu le rejet de manière plus douloureuse (parce que le rejet « imite » la douleur physique dans leur cerveau) ont bénéficié d’un avantage évolutif — ils étaient plus susceptibles de corriger leur comportement et, par conséquent, plus susceptibles de ne pas être évincer de la tribu.

Les liens sociaux apportent d’immenses bénéfices pour le bien-être physique, psychologique et mental. Lorsque ces connexions (les liens sociaux) s’effondrent sous l’effet du rejet social, les gens éprouvent une détresse importante et la douleur émotionnelle. Certaines réponses au rejet peuvent être exacerbées ou affaiblies selon la manière dont les gens se représentent mentalement leurs liens avec les autres (leurs liens sociaux). Les gens qui recherchent les possibilités de rapprochement et qui craignent que leurs ouvertures soient rejetées par autrui peuvent avoir des réponses neuronales « accru » au rejet social, alors que les personnes qui ont des inquiétudes au sujet de la proximité avec les autres peuvent désactiver le système d’attachement, ce qui entraîne l’inhibition de réponses neuronales au rejet social, entrainant une réponse faible au rejet. Ainsi, certains résultats suggèrent que le style d’attachement serait impliqué dans la réaction au rejet [f].

Nous pouvons revivre et refaire l’expérience de la douleur sociale plus vivement que de la douleur physique; en d’autres termes, le seul souvenir de la douleur physique ne suscitera pas de douleur physique. Toutefois, tentez de revivre un rejet social qui a été douloureux, et vous serez inondés d’un bon nombre des mêmes sentiments que vous aviez à l’époque (et votre cerveau réagira avec autant d’intensité qu’il l’a fait à l’époque). Notre cerveau « privilégierait » les expériences de rejet parce que nous sommes des animaux sociaux et grégaires et qui aiment vivre en « tribus ».

Or, semble-t-il, nous aurions tous un fondamental besoin d’appartenir à un groupe (une « tribu »). Lorsque nous sommes rejetés, ce besoin « primal » est déstabilisé et la déconnexion du lien social que nous ressentons s’ajoute à notre douleur émotionnelle. Renouer avec ceux que nous aimons ou nous avons aimés, tendre la main aux membres de groupes auxquels nous sentons une forte affinité et qui nous apprécie et qui nous accepte pour ce que nous sommes soulagerait la douleur émotionnelle du rejet.

En 2001, le « Surgeon General of the U.S » a publié un rapport qui a déclaré que le rejet était un plus grand risque de violence chez les adolescents que les médicaments, la pauvreté ou l’appartenance à un gang. De nombreuses études ont démontré que même les rejets les plus bénins conduisent les gens s’en prendre à des spectateurs « innocentes ». Cependant, une grande partie de l’agressivité (et des agressions) comme suite au vécu du rejet est également tournée vers l’intérieur de la personne rejeté.

Le rejet nous catapulte dans une mission pour rechercher et détruire notre estime de soi. S’autoblâmer (autoculpabilisation) et attaquer son estime de soi ne fait qu’aggraver la douleur émotionnelle que nous ressentons et rend la récupération émotionnelle encore plus difficile. Les personnes ayant une faible estime de soi ont réagi plus négativement aux signes de rejet interpersonnel comparativement à ceux qui ont une forte estime de soi. Toutefois, des recherches antérieures ont montré que les différences individuelles dans le contrôle attentionnel peuvent atténuer les réactions négatives au rejet social parmi les personnes vulnérables et à faible estime de soi [g]. Or, certaines études contredisent le fait que le rejet affaiblit l’estime de soi [h].

Or, se rappeler une récente expérience de rejet et revivre l’expérience est suffisant pour que les gens obtiennent des résultats significativement plus faibles sur les tests ultérieurs de QI, tests de mémoire à court terme, et des tests de prise de décision [i,j,k,l]. En effet, lorsque nous sommes sous le choc d’un douloureux rejet, la réflexion ne s’avère clairement pas aussi simple que ça.

On le voit, en plus de la douleur psychologique et émotionnelle, on émet également l’hypothèse que la douleur suscitée par le rejet emprunte non seulement les voies de la douleur psychologique, mais également celle de la douleur physique. Le rejet social se produit essentiellement lorsqu’une personne est délibérément exclue d’une relation sociale ou de l’interaction sociale pour des raisons sociales plutôt que pratiques. Ce thème comprend à la fois le rejet interpersonnel (ou le rejet par les pairs) et le rejet sentimental. En outre, le rejet social peut se manifester lors de harcèlement, d’intimidation, de la marginalisation, de la stigmatisation, de l’étiquetage, d’être porté sur une liste noire, d’activités physiques et morales blessantes et/ou ridicules ou passives, en ignorant une personne ou en lui infligeant un type de « bizutage » silencieux. L’expérience face au rejet peut conduire à un nombre de conséquences psychologiques telles que la solitude, une faible estime de soi, une agressivité et une dépression. Cela peut également entraîner un sentiment d’insécurité et une haute sensibilité morale à de futurs rejets. Le rejet social augmente la colère, l’anxiété, la dépression, la jalousie et la tristesse. Il réduit les performances des tâches intellectuelles difficiles, et peut également contribuer à l’agression et au mauvais contrôle des impulsions (Current Directions in Psychological Science, 2011). Le rejet social incite souvent l’individu à tenter d’être conforme aux attentes (réalistes ou irréalistes) d’un groupe qui l’a précédemment rejeté dans l’objectif d’être accepté par celui-ci. Le rejet social rendrait une personne plus susceptible à la persuasion et aux suggestions et moins encline à s’affirmer et à exprimer ses limites.

De toute évidence, il y a de bonnes raisons de mieux comprendre les effets de l’exclusion. Les humains ont un besoin fondamental d’appartenance, tout comme nous avons besoin de nourriture et d’eau, nous avons aussi des besoins de relations positives et durables. Ce besoin est profondément enraciné dans notre histoire évolutive et a toutes sortes de conséquences sur les processus psychologiques modernes.

Aussi intelligents que les êtres humains soient, nous nous appuyons sur les groupes sociaux pour assurer notre survie individuelle. Nous avons donc évolué à vivre au sein de sociétés « coopératives », et pour la plupart de l’histoire humaine, nous dépendions de ces groupes pour notre vie. Comme la faim ou la soif, notre besoin d’acceptation est apparu comme un mécanisme de survie. « Un être humain solitaire n’aurait pas pu survivre pendant les six millions d’années d’évolution humaine alors que nous vivions dans la savane africaine ». Le rejet social favorise la culpabilisation et une faible estime de soi. Le rejet social rend vulnérable. Enfin, les personnes qui se sentent systématiquement exclues ont moins une bonne qualité de sommeil, et leurs systèmes immunitaires ne fonctionnent pas aussi bien que ceux ayant des liens sociaux forts.

Même de brefs épisodes de rejet, en apparence anodins, peuvent « piquer ». Dans une étude récente, Williams, Eric Wesselmann, PhD et ses collègues, du Purdue University, ont constaté que lorsque des participants croisère un inconnu qui semblait regarder « à travers eux » plutôt que de rencontrer leurs regards, ces derniers ont rapporté un lien social inférieur qu’avec les gens qui ont rencontré leur regard au passage de l’inconnu (Psychological Science, 2012). Heureusement, la plupart des gens se rétablissent presque immédiatement de ces brefs épisodes de rejet. Si un étranger ne parvient pas à vous regarder dans les yeux, vous n’êtes pas susceptible de vous y attarder très longtemps. Cependant, d’autres rejets communs — ne pas être invité à une fête, ou un refus d’une pour un deuxième rendez-vous amoureux — peuvent causer des émotions négatives persistantes.

Cela peut prendre un certain temps pour guérir d’une mauvaise rupture ou lorsque l’on a été congédié, mais la plupart des gens finissent par surmonter la douleur et les sentiments blessés du rejet. Lorsque les personnes sont chroniquement rejetées ou exclues, les conséquences peuvent être bien plus graves.

Il y a plusieurs manières de traiter les blessures psychologiques infliger par le rejet. Il est possible de traiter le rejet de la douleur émotionnelle suscitée et ainsi éviter les retombées cognitives, émotionnelles et psychologiques, relationnels qui se produisent dans son sillage. Pour le faire efficacement, nous devons aborder chacune de nos blessures psychologiques (c.-à-d. : apaiser la douleur émotionnelle, réduire la colère et l’agressivité, protéger l’estime de soi, et stabiliser le besoin d’appartenance.

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SOURCES

Winch, Guy (2013). “Ten Surprising Facts About Rejection”. Psychology Today, July 3 2013, [http://bit.ly/10zJKXA].

Weir, Kirsten (2012). “The pain of social rejection”. Monitor on Psycholog. American Psychological Association , April 2012, Vol 43, No. 4.

RÉFÉRENCES

[a] Eisenberger, N. I., Lieberman, M. D., & Williams, K. D. (2003). Does rejection hurt? An fMRI study of social exclusion. Science, 302(5643), 290-292.

[b] Eisenberger, N. I., & Lieberman, M. D. (2004). Why rejection hurts: a common neural alarm system for physical and social pain. Trends in cognitive sciences, 8(7), 294-300.

[c] Cacioppo, S., Frum, C., Asp, E., Weiss, R. M., Lewis, J. W., & Cacioppo, J. T. (2013). A Quantitative Meta-Analysis of Functional Imaging Studies of Social Rejection. Scientific Reports, 3.

[d] DeWall, C. N., MacDonald, G., Webster, G. D., Masten, C. L., Baumeister, R. F., Powell, C., … & Eisenberger, N. I. (2010). Acetaminophen reduces social pain behavioral and neural evidence. Psychological science, 21(7), 931-937.

[e] Masten, C. L., Morelli, S. A., & Eisenberger, N. I. (2011). An fMRI investigation of empathy for ‘social pain’and subsequent prosocial behavior. Neuroimage, 55(1), 381-388.

[f] DeWall, C. N., Masten, C. L., Powell, C., Combs, D., Schurtz, D. R., & Eisenberger, N. I. (2012). Do neural responses to rejection depend on attachment style? An fMRI study. Social cognitive and affective neuroscience, 7(2), 184-192.

[g] Gyurak, A., Hooker, C. I., Miyakawa, A., Verosky, S., Luerssen, A., & Ayduk, Ö. N. (2012). Individual differences in neural responses to social rejection: the joint effect of self-esteem and attentional control. Social cognitive and affective neuroscience, 7(3), 322-331.

[h] Blackhart, G. C., Nelson, B. C., Knowles, M. L., & Baumeister, R. F. (2009). Rejection elicits emotional reactions but neither causes immediate distress nor lowers self-esteem: A meta-analytic review of 192 studies on social exclusion. Personality and Social Psychology Review, 13(4), 269-309.

[i] Stillman, T. F., & Baumeister, R. F. (2013). Social Rejection Reduces Intelligent Thought and Self-Regulation. The Oxford Handbook of Social Exclusion, 132.

[j] Baumeister, R. F., Twenge, J. M., & Nuss, C. K. (2002). Effects of social exclusion on cognitive processes: anticipated aloneness reduces intelligent thought. Journal of personality and social psychology, 83(4), 817.

[k] Baumeister, R.F., Twenge, J.M., & Nuss, C. (2002). Effects of social exclusion on cognitive processes: Anticipated aloneness reduces intelligent thought. Journal of Personality and Social Psychology, 83, 817-827.

[l] Twenge, J. M., Catanese, K. R., & Baumeister, R. F. (2002). Social exclusion causes self-defeating behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 83, 606-615.

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